Lundi 20 août 2018 | Dernière mise à jour 10:54

Enseignement Les filles discriminées à l'école?

Trois députées vaudoises demandent une meilleure formation des profs, qu’elles accusent d’interagir de façon «inégalitaire» avec les élèves.

Membre du Bureau de l’égalité de l’Université de Lausanne, la députée socialiste Carine Carvalho déposera demain un postulat qu’elle cosigne avec deux élues féministes.

Membre du Bureau de l’égalité de l’Université de Lausanne, la députée socialiste Carine Carvalho déposera demain un postulat qu’elle cosigne avec deux élues féministes. Image: iStock

(Image: Laurent Crottet/LMS)

«Le sexisme se renouvelle constamment: il est grand temps que ça change!»

Carine Carvalho, députée socialiste au Grand Conseil vaudois

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«Les enseignants, quel que soit leur sexe, ont plus d’interactions avec les garçons qu’avec les filles. Les premiers ont, en moyenne, deux fois plus la parole.» Des propos chocs, extraits d’un postulat qui sera débattu demain au Grand Conseil vaudois. À l’origine de ce texte demandant au Conseil d’État de «renforcer l’approche de genre» dans les enseignements dispensés par la Haute École pédagogique du canton, trois députées, dont la socialiste Carine Carvalho.

«Passivité» des filles valorisée

Membre du Bureau de l’égalité de l’Université de Lausanne, la trentenaire interpellait déjà le gouvernement il y a six semaines en demandant un rapport sur la dimension potentiellement sexiste des manuels scolaires. Une récente recherche scientifique menée à l’échelle nationale démontre en tout cas que les écolières continuent à choisir des métiers traditionnellement féminins, et inversement, afin de «s’accorder au mieux aux stéréotypes de genre». Des stéréotypes qui seraient notamment véhiculés par l’enseignement obligatoire.

Pour son deuxième postulat, essentiellement soutenu par des élu(e)s du PS, la Brésilienne binationale s’est associée à deux collègues féministes, l’agricultrice Vert’libérale Martine Meldem, éducatrice de la petite enfance à la retraite, et la jeune juriste écologiste Rebecca Joly.

On y apprend que les enseignants, hommes et femmes, tendraient à faire l’éloge de la «propreté et discipline» des filles, là où les garçons seraient encouragés pour «leur inventivité et la richesse de leurs idées». Ou encore: le «besoin de bouger» des seconds serait reconnu, et la «passivité» des écolières, «valorisée».

Seulement voilà: les députées ne se basent sur aucune étude qui aurait été menée de manière empirique dans les écoles du pays. «Je pense qu’il s’agit d’une réalité un peu partout», assure Carine Carvalho. «Ce sont en tout cas des constats assez répandus dans la recherche en sciences et en sociologie de l’éducation. Ils existent depuis que l’école est mixte, et le sexisme se renouvelle constamment, mais il est grand temps que ça change!»

À en croire l’universitaire, c’est inconsciemment que les enseignant(e)s discrimineraient les élèves de sexe féminin. «Je pense que cette hiérarchie des genres a été intégrée au fil de l’histoire de notre société, et est reproduite encore aujourd’hui mais de manière passive. L’un des exemples donnés par les chercheurs est la tendance à asseoir une fille à côté d’un garçon turbulent pour qu’elle l’apaise. Les écolières sont clairement utilisées dans un rôle de soutien pour tranquilliser les classes.»

Président du Syndicat des enseignants romands, Samuel Rohrbach, se dit «étonné» par les «généralités» assénées par les féministes vaudoises, qui ne correspondraient pas à la réalité du terrain: «Nous faisons déjà du mieux que nous pouvons: chaque élève est par exemple censé être interrogé le même nombre de fois.» Pour le Jurassien, il est par ailleurs hasardeux de prétendre que les maîtres donnent «deux fois plus la parole» aux garçons: «C’est difficilement quantifiable, il doit s’agir tout au plus de ressentis.»

La thématique intéresse la CIIP

«Les choses se passent pourtant encore ainsi», réagit la conseillère d’État neuchâteloise Monika Maire-Hefti, actuelle présidente de la Conférence intercantonale de l’Instruction publique (CIIP). «Certains enseignants ne sont toujours pas sensibilisés à cette approche, et ont un fonctionnement traditionnel qui favorise l’inégalité», dénonce la ministre socialiste, qui dit «souscrire complètement à ce postulat extrêmement intéressant».

Et «se réjouir» de thématiser la problématique prochainement au sein de la CIIP, dans le cadre de l’élaboration et du choix des moyens pédagogiques car la formation des enseignants dans les hautes écoles est du ressort des cantons. «Ils jouent un rôle-clé pour tendre vers un changement de société», conclut la militante Carvalho. «Il y aura toujours des enfants plus timides, là où d’autres prendront plus facilement la parole. Et des chouchous…» lâche pour sa part le syndicaliste Rohrbach. (Le Matin)

Créé: 16.04.2018, 07h28

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