Lundi 27 mai 2019 | Dernière mise à jour 11:37

Initiatives alimentaires Les médias pointent le Röstigraben

Après le rejet des deux initiatives alimentaires, les médias romands soulignent le Röstigraben entre les Romands et le reste de la Suisse.


Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La presse romande pointait lundi à l'unanimité le Röstigraben entre les Romands et le reste de la Suisse après le sec rejet des deux initiatives alimentaires, soumises au peuple dimanche. Mais le débat sur l'agriculture ne fait que commencer, préviennent-ils.

«Le verdict est sans appel», constate «Le Courrier». Avec 61,3% de «non» à l'initiative des Verts pour des aliments équitables et 68,4% de rejet pour celle du syndicat Uniterre pour la souveraineté agricole, «l'avis des Romands a été écrasé par la majorité alémanique», renchérit «Le Quotidien Jurassien» (QJ).

Une question d'accent

«Le Nouvelliste» note avec ironie la présence littérale du Röstigraben, car «outre leur accent, c'est certainement sur leurs habitudes alimentaires que les deux communautés linguistiques se distinguent le plus aisément.»

Cette barrière de rösti, indique «La Liberté», s'explique par le fait que «les Alémaniques refusent que quiconque leur dicte leur menu». Ils ont préféré une liberté de choix à «une intervention accrue de l'Etat dans l'agriculture».

A l'instar d'autres quotidiens, le journal fribourgeois relève également une sensibilité différente de la Suisse romande face à l'agriculture. «La majorité des appellations d'origine protégée proviennent d'ailleurs du terroir romand», note le QJ.

Argument d'une hausse des prix

L'argument d'une hausse des prix en cas d'acceptation des initiatives, répété par les opposants, a été décisif, estiment tous les journaux. «Les Suisses, Alémaniques en tête, ont voté comme ils font leurs courses: en regardant le prix plutôt que la qualité de l'aliment», poursuit le journal jurassien.

«C'est comme au marché, devant l'étal du petit producteur 'bio' qui vend ses tomates deux francs plus cher au kilogramme que l'importateur d'à côté. Silencieusement, on soutient le premier, mais on fait ses achats chez le second», précise «ArcInfo».

«Le Temps» y voit l'«ébauche d'un Röstigraben» entre consommateurs, «les uns (étant, ndlr) motivés par le prix, les autres par la recherche de qualité». Évoquant aussi l'argument du rejet d'une nouvelle intervention de l'État, il estime encore que «les Suisses n'ont pas voulu ajouter à la complexe machine de la politique agricole et à ses 4000 pages de prescriptions un surcroît de contraintes».

20 milliards de francs

Face à la peur d'une hausse des prix, «le rapport d'Avenir Suisse tombé comme par hasard il y a quelques jours et chiffrant à 20 milliards de francs le coût annuel de l'agriculture, a définitivement sonné le glas de ces deux textes», juge «Le Journal du Jura.»

Le quotidien rappelle que l'initiative pour les aliments équitables recueillait encore 78% d'intentions de votes à la fin août et celle intitulée «pour la souveraineté alimentaire» 75%. «La désillusion est douloureuse», note-t-il.

Pour le «Nouvelliste», ces premiers sondages très favorables indiquent une préoccupation de la population. Mais les consommateurs se sentent perdus dans la sélection des produits de qualité. «C'est ce champ de la transparence que le monde politique doit investir aujourd'hui.»

«Que des perdants»

Mais, relèvent la «Tribune de Genève» et «24 Heures», ce Röstigraben «reste sur l'estomac». «Ce scrutin ne fait que des perdants», car la branche se trouve à la croisée des chemins. «Il n'est pas question de statu quo, mais de choix d'avenir». «En votant non, le consommateur décide de ne rien décider», expliquent les journaux lémaniques.

Ce vote est aussi une «division qui gangrène le monde agricole entre l'Union suisse des paysans, plutôt de centre droit, et le syndicat Uniterre, plutôt écologiste de gauche», selon les deux journaux lémaniques. Or, le second est «présent surtout dans la partie francophone de la Suisse», région qui a dit «oui» aux deux objets, remarque «Le Courrier».

«Ce n'est que partie remise»

Si les citoyens ont opté pour une liberté de choix, le résultat des votations n'est pas non plus «un soutien massif à l'ouverture des marchés et au démantèlement des protections douanières visées par la droite économique», constate à l'instar du reste de la presse «Le Temps». La «Tribune de Genève» et 24 Heures préviennent d'ailleurs le ministre de l'économie, Johann Schneider-Ammann, de se garder «de toute euphorie» dans la conclusion d'accords de libre-échange.

«Ce n'est que partie remise», souligne «Le Courrier». «La question d'une agriculture durable et moins industrielle reviendra inéluctablement sur le tapis», précise-t-il. «L'agriculture passionne les citoyens», ajoute «ArcInfo». «Les consciences s'éveillent et bien d'autres votations se pencheront sur le contenu de notre assiette». L'immobilisme menace notre santé. «Plus on attend, plus l'addition sera salée». (ats/nxp)

Créé: 24.09.2018, 05h57

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.