Mardi 20 août 2019 | Dernière mise à jour 01:20

DÉCEPTION Les réseaux ne font pas les élus

Les plus connectés du Parlement ont connu bien des déboires électoraux. Etre superprésent sur les réseaux sociaux ne suffit pas encore pour être élu.

Il n’y a pas eu de vote de la peur

Un drôle de consensus s’est fait jour parmi les analystes, sitôt connus hier les résultats des élections. Ainsi donc, les Suisses auraient voté par peur. Une peur unique, celle des étrangers. C’est un peu court.

Pourquoi la crise migratoire n’aurait-elle profité qu’à la droite? Chaque parti a eu l’opportunité d’exposer ses solutions, de dire qui il voulait accueillir, et quelle place il comptait réserver aux migrants et aux réfugiés. Même le PS a pu glaner des voix sur cette thématique avec son discours d’ouverture et de générosité. En stigmatisant l’asile comme du «pain bénit pour l’UDC», les perdants du 18 octobre donnent l’impression de ne pas croire en leur politique.

Postuler que les Suisses ont voté par peur des réfugiés, c’est mentir par omission. Tous les partis puisent dans les thèmes anxiogènes: peur du dumping salarial, peur du nucléaire, peur d’une retraite à 69?ans, peur d’un effondrement de l’économie.

Et pourtant, les électeurs
ne votent pas par peur. Ils disent dans quelle société ils désirent vivre. Ils font des choix. Les perdants préfèrent blâmer toute une frange de la population, plutôt que de se demander pourquoi leur programme n’a pas séduit. Elle est là, la peur.

Simon Koch, rédacteur en chef adjoint

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Ce week-end, les «superconnectés» du Parlement ont été largués dans les urnes. Au début de la campagne, les sortants Aline Trede (Les Verts/BE), Balthasar Glättli (Les Verts/ZH), Jean Christophe Schwaab (PS/VD) et Beat Flach (Vert’libéraux/AG) squattaient pourtant les quatre premières places d’un classement très pointu de Blick. Le journal alémanique avait noté tout le Parlement en fonction de l’activité de ses membres sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, Google +, Linkedln).

Dimanche, il a fallu déchanter. Aline Trede n’a pas été réélue dans le canton de Berne, où les Verts ont perdu un siège. Balthasar Glättli a été réélu à Zurich, mais son score a été faible, alors qu’il était considéré comme un des «geeks» à Berne aux côtés de Jean Christophe Schwaab. Celui-ci, comme Adèle Thorens (Les Verts/VD), est en ballottage en attendant le second tour du Conseil des Etats dans le canton de Vaud. Le quatrième a sauvé de justesse le siège des Vert’libéraux en Argovie, où il arrive dernier élu. Et, pour la petite histoire, Christoph Mörgeli (UDC/ZH), excellent onzième de ce ranking, a perdu son siège.

«Maintenir le lien»

Adèle Thorens, elle, pointait fièrement à la septième place de Blick. Aujourd’hui, elle est prise d’un grand doute: «Après les résultats de dimanche, je me suis vraiment fait la réflexion: quel est l’impact des réseaux sociaux? Peut-on faire changer d’avis des personnes? Ils permettent certainement de maintenir le lien avec les sympathisants, c’est le côté positif, mais comme instrument électoral, il nous faut sérieusement revoir la question.»

Campagne «surestimée»

Fathi Derder (PLR/VD) était aussi bien classé dans Blick. Avec 5000 amis sur Facebook et 3300 followers (suiveurs) sur Twitter, il est aussi un des grands perdants de ce 18 octobre: «On surestime largement la campagne sur les réseaux sociaux, observe-t-il. Vous n’allez convaincre personne parce que vous êtes sur Facebook. Personnellement, je n’ai pas fait campagne sur ce réseau, que j’utilise pour ouvrir des débats et vos «amis» ne sont pas forcément d’accord avec vous. En ce qui concerne Twitter, c’est totalement surévalué. C’est un moyen utilisé par les décideurs, les politiciens et les journalistes, qui n’atteint pas le grand public. Les réseaux sociaux sont finalement un complément, mais de loin pas déterminant.»

A utiliser à bon escient

Pour Martin Grandjean, chercheur en humanités numériques à l’Université de Lausanne, «il y a une corrélation entre ces personnes très actives sur les réseaux sociaux et le fait qu’elles aient été en difficulté ce week-end. On peut d’abord se demander si ce ranking se base aussi sur des éléments suffisamment pertinents. Les réseaux sociaux sont des instruments et cela dépend si on les utilise à bon escient. Je suis surpris tout de même par le résultat de Jean Christophe Schwaab, qui avait été élu en 2011 grâce à son blog qui avait été un excellent instrument de campagne.»

Si leur excellence sur les réseaux n’a pas avantagé les candidats sortants précités, d’autres ont su tirer leur épingle du jeu: «Si l’on considère la campagne de Philippe Nantermod (PLR/VS), note Martin Grandjean, c’est un exemple de réussite. Il n’est pas simplement présent sur les réseaux, mais il les utilise comme moyen d’action, comme outil pour alerter les médias qui jouent alors les relayeurs auprès de l’électorat en parlant de lui, en l’invitant.»

Montée en puissance

Selon Lukas Golder, politologue à l’institut Gfs.bern, les réseaux sociaux ont joué tout de même un rôle important dans cette élection: «Deux apparaissent en force: Facebook et YouTube. Le classement des parlementaires de Blick fait état du réseau des personnes, mais, pour gagner de nouveaux électeurs, il faut des événements plus émotionnels. D’après certains indicateurs, l’UDC a mobilisé 50% de l’engagement politique sur Facebook, ce qui est très significatif par rapport au résultat global des élections. Enfin, la vidéo de campagne de l’UDC sur YouTube – «Welcome to SVP» – a été vue 774 000 fois! C’est énorme comparé avec tous les autres engagements sur les réseaux sociaux.»

Il estime que dans les prochaines campagnes, les réseaux sociaux joueront un rôle encore plus important. Il cite aussi WhatsApp qui séduit les jeunes davantage que Facebook. A voir dans quatre ans peut-être.

«Pas une évidence»

Pour l’instant, la campagne de proximité semble avoir encore de beaux jours. Durant la campagne, la RTS avait opposé Jean Christophe Schwaab, le «superconnecté», au nouvel élu neuchâtelois, Denis de la Reussille (POP/NE), absent des réseaux sociaux. Ce dernier déclarait: «Après 30 ans de militantisme à utiliser des moyens traditionnels de campagne, comme la distribution de tracts dans la rue ou les manifestations, ce n’est pas une évidence pour moi de m’inscrire sur des réseaux sociaux.» Cela ne l’a pas empêché de cartonner dans les cafés des Montagnes neuchâteloises.

Créé: 20.10.2015, 12h49

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