Mercredi 11 décembre 2019 | Dernière mise à jour 10:12

Moutier (BE) Leurs quatre enfants ne vont pas à l'école

Un couple d'avant-garde avance en dehors des clous: leurs enfants de 7 à 14 ans ne sont pas scolarisés.

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Quatre enfants d’une même famille qui ne vont pas à l’école? L’autorité scolaire s’est trouvé confrontée à une situation inédite, à Perreffite, à côté de Moutier (BE). Non seulement Barbara (43 ans) et Jean-Charles (45 ans) Liechti ne scolarisent pas leurs enfants, mais ils refusent également d’appliquer à domicile le plan d’études romand.

Refuser les standards pédagogiques ne s’est pas fait sans mal, après le retrait de deux garçons scolarisés dans un premier temps au village. Le refus d’un premier dossier intitulé «La famille humaniste» a été suivi de factures perçues comme des amendes. «Sans être opposés à l’école, nous désirons proposer une alternative à nos enfants», ont expliqué les parents, convoqués par les services sociaux. «Notre réflexion englobait tout un vécu, mais sur le plan éducatif, on s’est heurté aux lois», résument les parents. Leur démarche apolitique s’est construite, disent-ils, «naturellement», à partir d’une éducation traditionnelle. Leur cheminement, ce couple formé à l’adolescence l’a tissé gentiment, indifférent au qu’en dira-t-on.

Tous égaux

La hiérarchie ne faisait pas leur bonheur, ni à la maison, ni au travail. Au sein de son entreprise de construction métallique, Jean-Charles Liechti a dirigé une petite révolution, une connotation qu'il réfute et qui lui a valu une baisse du chiffre d'affaires. Chez MetXmat, le directeur et ses employés sont tous égaux, à l’atelier comme au bureau.

Un employé qui renonce à une augmentation de salaire au profit d’autres collègues jugés plus méritants? C’est arrivé plutôt deux fois qu’une chez MetXmat, entreprise «libérée» où un serrurier peut négocier un contrat avec un client, tandis que le patron change le papier aux toilettes. «Je dirigeais mes dix employés comme mon épouse éduquait nos quatre enfants, en plaçant des objectifs, en édictant des directives et… en donnant des ordres», expliquait Jean-Charles Liechti au «Matin» ce printemps. L’autre jour, Kenzo (14 ans), Timeo (12), Koreane (9), Tyfaine (7) ont montré le visage d’enfants très épanouis et socialisés: «L’école, je l’ai voulue, mais je n’en veux plus», assène Kenzo.

Comment apprendre les chiffres et les lettres en dehors du cursus scolaire? «En comptant des escargots dans la nature plutôt que dans un livre», répond la maman. Quand il s'est agi d’acheter de nouveaux vélos, les enfants ont chacun dans leur compétence dessiné et imprimé un logo sur un t-shirt écolo vendu à 60 exemplaires, avec à la clef l’acquisition d’un sponsor. Implication pour les enfants, au détour de ce projet: l’établissement d’un budget.

Maintenant que l’inspecteur scolaire a admis leur démarche, Barbara et Jean-Charles Liechti ne ressassent pas toutes les brimades subies, comme lors de cette convocation au service de la protection de l’enfance: «Quand je me suis présenté avec mes enfants, on m’a répondu qu’ils n’étaient pas les bienvenus», se souvient Jean-Charles Liechti. Sans l’école, c’en est fait du rythme effréné imposé par les horaires, «des heures de devoirs sans en comprendre le sens», comme le résume la maman.

Le déclic et devenu un objectif: être heureux à son travail. «On définit l’objectif, pas le moyen d’y parvenir», résume Jean-Charles Liechti. L’école est-t-elle un parking à enfants? Les Liechti ne sont pas loin de le penser. Ils étaient bien disposés vis-à-vis d’une nouvelle enseignante qui a supprimé les notes dans l’école du village. Mais alors qu’elle était présidente de la commission scolaire, Barbara Liechti a très mal vécu la suspicion qui, auprès de certains, faisait d’elle une manipulatrice.

Un «projet de vie»

Chez les Liechti, il n’y a ni adultes, ni enfants. Il n’y a que des individus qui confrontent leurs expériences. Pas besoin chez eux de jouets servant à imiter les adultes: on aide à la cuisine si l’envie est là. Hors de l’école, la famille s’est épanouie. Il suffit d’une visite de deux heures pour saisir l’implication de chacun, entre Timeo qui répare son vélo avec l’aide de son père, et Tyfaine qui s’initie au trampoline sou le regard de son frère. «Pourquoi les enfants devraient-ils évoluer avec des camarades du même âge?», interroge la maman, qui ne fait pas de la performance un objectif.

En 2019 ou en 2020, l’inspecteur scolaire viendra évaluer l’éducation reçue par Kenzo, Timeo, Koreane, Tyfaine. Sauf que l’aîné Kenzo sera peut-être déjà parti vers d’autres horizons, lui qui s’est déjà mis en tête de construire des skates. «Notre projet de vie rencontre des succès et des échecs», admettent les parents. Les enfants n’ont pas de récréation, ni même de chemin d’école. Mais la danse, le cirque et surtout le vélo les maintiennent au contact d’une société à laquelle la famille Liechti veut participer à sa manière, sans vouloir la changer.

Leur expérience fera-t-elle... école? Si oui, tant mieux. Si non, tant pis...

Créé: 29.07.2018, 14h11


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