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Dopage «Mike a acheté sa mort sur internet»

Une maman jurassienne pleure son fils mort d’une crise cardiaque après avoir absorbé des anabolisants achetés sur le Web.

Myriam Schaller, la maman de Mike, montre un portrait de son fils au pied de l’érable où il est enterré, à Courfaivre (JU).

Myriam Schaller, la maman de Mike, montre un portrait de son fils au pied de l’érable où il est enterré, à Courfaivre (JU). Image: Sébastien Anex

Deux substances retrouvées près du corps

Deux substances retrouvées près du corps
Mike a consommé de la testostérone. Cette hormone huileuse qui gonfle le muscle s’injecte avec une grosse aiguille qui fait mal, mais le produit est bon marché. Le jeune Jurassien en absorbait aussi en pilules. «Le fitness, c’est la santé avec un bon entraînement et une nourriture saine, sans anabolisants», plaide Claude Ammann, président de la Fédération suisse des centres fitness et de santé. L’autre produit retrouvé près du corps du défunt, c’est du Mastabol , un stéroïde qui assèche la musculation. Sans vertu thérapeutique, il n’est pas disponible en pharmacie. «Quiconque commande sur Internet et consomme des médicaments ou des principes actifs d’origine inconnue s’expose à des risques majeurs, tant sanitaires que financiers», indique Lukas Jaggi, porte-parole de Swissmedic. L’an dernier, 400 colis d’anabolisants ont été saisis par les douanes, une marchandise clandestine détruite aux frais de l’importateur.

«Il était tellement fier de ses muscles! Il me demandait de mesurer.»

Myriam Schaller,
maman de Mike (Image: DR)

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Avec son fils comme cuistot, Myriam Schaller vivait heureuse au Colibri, un restaurant de Glovelier (JU). Elle n’y retournera plus, jamais: le dernier jeudi du mois de mai, Mike est mort d’une crise cardiaque. Il avait 23 ans. Dans son appartement d’Undervelier, la police retrouvera des anabolisants: la testostérone et le Mastabol qu’il s’injectait.

Ces stéroïdes, Mike se les procurait à distance. «Il a acheté sa mort sur Internet», résume sa maman. Pour donner un sens au décès de son fils, Myriam Schaller veut sauver d’autres vies: «N’achetez pas d’anabolisants ou de médicaments sur des sites de vente en ligne!» implore-t-elle.

Pas pour la frime

Si Mike musclait son corps, ce n’était pas pour la frime. Tombé dans la cocaïne et le cannabis, il en était sorti, même s’il manquait de repères dans une société sans limites. Cet esprit sain dans un corps sain, «il voulait l’exhiber de manière démonstrative, pour inspirer le respect», relate la maman. Sorti d’une dépendance négative, Mike est tombé dans une addiction positive, le sport. Mais avec excès.

Ce corps qui se muscle moyennant quatre séances hebdomadaires de fitness, Myriam Schaller l’a remarqué sans trop broncher. Pour elle, Mike était le plus beau, sans artifices. Elle le lui a dit, mais sans oser s’opposer fermement à sa dérive: la prise d’anabolisants. Sous l’influence d’un copain de fitness, selon la maman, Mike utilisait la carte de crédit du restaurant, pour lui et son copain. Sur les décomptes, la maman a relevé le nom d’une banque et d’une société chypriote, NutriSupps. Elle a mis son fils en garde, en connaissance de cause: «Ne prends pas ça: quand j’en consommais à 18 ans, j’avais des tremblements et des palpitations.»

L’inquiétude a grandi quand Mike s’est plaint de douleurs aux reins et à la vessie. Mais, quand le jeune homme est ressorti de chez sa maman après une séance d’home-trainer dans sa maison de Courfaivre, le mercredi 28 mai, personne ne s’est inquiété. Ni sa maman ni ses sœurs de 20 et 12 ans.

Proches inquiets

Mike est mort le lendemain, dans sa chambre à coucher, d’un arrêt cardiaque. Son silence a fini par alerter ses proches, qui attendaient à un rendez-vous pour la Danse sur la Doux, une manifestation prévue le samedi à Delémont. Devant sa porte restée fermée alors que sa voiture et la lumière de son écran d’ordinateur témoignaient de sa présence, son papa et sa sœur aînée ont appelé la police.

Le médecin légiste a conclu à une mort naturelle. Des stéroïdes ont certes été retrouvés dans son appartement mais, sur un plan formel, la relation de cause à effet ne peut pas être prouvée. Aucune trace de drogue, la présence d’un tiers écartée, pas d’autopsie demandée: pour la police jurassienne, l’affaire est close. Après sa fin tragique, Myriam a appris que le pharmacien avait demandé à Mike de faire attention, après avoir mesuré une tension artérielle de 160. «Selon Mike, le pharmacien lui avait dit de ne pas s’inquiéter… Il était tellement fier de ses muscles! Il me demandait de mesurer, mais ses modèles qu’il me montrait en photos, je les trouvais affreux.»

De son fils, Myriam Schaller veut garder le souvenir du champion de judo qui ramenait des médailles. Quant à son restaurant, elle l’a déjà transmis à une autre, tellement l’image de Mike y est présente: «Quand j’y suis, j’ai trop envie qu’il revienne», soupire-t-elle. (Le Matin)

Créé: 30.06.2014, 15h12

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