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Santé et politique «Nous sommes tous candidats à l’infarctus»

Faut-il maintenir un parlement de milice en Suisse? La question se pose après la crise cardiaque du président des Vert’libéraux Martin Bäumle et la charge toujours plus grande des élus à Berne.

Santé et politique: un mariage difficile

Martin Bäumle est le dernier politicien en date à être victime d’un gros pépin de santé. Il y a quelques jours, c’est le conseiller d’Etat neuchâtelois Yvan Perrin qui annonçait un séjour en clinique pour soigner nouveau burn-out. Il avait déjà souffert d’un épuisement professionnel en 2010, alors qu’il était au National, et avait en outre été hospitalisé fin 2012 pour des crises d’angoisse lui faisant craindre une rechute.

A l’automne 2012, c’est la conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH) qui se mettait à l’arrêt, également pour burn-out. «Jamais je n’aurais pu imaginer que ça puisse m’arriver», avait-elle confessé alors.

En 2009, la conseillère communale Valérie Garbani jetait l’éponge à Neuchâtel, après avoir quitté déjà en 2008 la présidence de la ville pour raisons de santé, ceci suite à une série de problèmes d’alcool, de dépression, d’insultes et de violences domestiques.

En 2004, Rolf Schweiger quittait la présidence du Parti radical après 6 petits mois à sa tête, ceci pour raisons de burn-out. Enfin, en 2003, c’est le conseiller d’Etat vaudois Philippe Biéler qui démissionnait également pour surcroît de fatigue. «Je suis crevé», avait-il déclaré.

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L’annonce de la crise cardiaque du président des Vert’libéraux Martin Bäumle, 49 ans, lors de la séance du Conseil national a jeté un froid jeudi 13 mars au sein des parlementaires. «On a ressenti un gros malaise», résume Yannick Buttet (PDC/VS). «C’est un homme encore jeune et dynamique. On ne s’y attendait pas».

Pour la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’lib/VD), c’est clair: l’accident cardiaque de Martin Bäumle est la conséquence directe de la pression politique et médiatique que subissent les élus à Berne. « On attend de vous que vous soyez tout le temps présent, à disposition, non seulement pour les médias mais aussi pour votre parti, les électeurs et tous ceux avec qui vous travaillez», souligne-t-elle.

Le parlement de milice peut-il encore exister?

Cela remet-il en cause le parlement de milice qui veut que les élus aient un travail à côté? La Vaudoise le pense en tout cas: «comment travailler à côté en plus de la montagne de dossiers à maîtriser, les sessions et le travail en commission», s’interroge-t-elle.

Une position entièrement partagée par la conseillère aux Etats Liliane Maury-Pasquier (PS/GE) : «s’il est peut-être encore possible d’avoir un travail à côté au National, c’est impossible aux Etats », explique-t-elle en rappelant qu’elle pouvait encore exercer son métier de sage-femme du temps où elle siégeait au National. «J’ai dû l’abandonner en arrivant à la Chambre des cantons, c’était impossible à concilier sinon».

Du coup, la Genevoise plaide pour un parlement professionnel. « Il faut arrêter de se voiler la face. Aujourd’hui, la plupart des politiciens sont déjà dans les faits des professionnels, ou avec des métiers qui les servent dans leur vie de parlementaires». La sénatrice lance: «il faudrait un vrai statut de politicien professionnel qui permettrait de cotiser au 2e pilier, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisqu’on ne cotise que pour l’AVS et le chômage».

Garder un ancrage dans la réalité

Autre son de cloche du côté des libéraux-radicaux: «Cette crise cardiaque nous rappelle que nous sommes fragiles, qu’il faut faire attention, en prenant soin d’avoir une bonne hygiène de vie à côté», note le conseiller national Hugues Hilpold (PLR/GE). «Car il est vrai qu’en tant que parlementaires, nous sommes très exposés au surmenage.»

Néanmoins, pas question de passer à un Parlement professionnel, selon lui. «Il est important que les élus puissent exercer une profession à côté pour qu’ils gardent un ancrage avec la réalité. Mais il est vrai qu’aujourd’hui, on atteint les limites du système», reconnaît-il.

Du côté du PDC, on est du même avis. «Cela pose des questions sur l’engagement politique. Le rythme est toujours plus soutenu dans la vie en général et encore plus pour les élus. On exige toujours plus de nous et il faut être sur tous les fronts. En ce sens, nous sommes tous candidats à l’infarctus», constate Yannick Buttet, président, en plus de son mandat national, de la commune de Collombey-Muraz (VS). «On a les prédispositions ou pas pour gérer ce stress», note-t-il en soulignant l’importance de l’entourage.

Toujours moins de métiers à Berne

Lui non plus ne souhaite pas abandonner un parlement de milice. «Mais je crois que la question doit être posée, d’autant que de moins en moins de métiers sont représentés à Berne», note-t-il. « Quel patron accepte de laisser un employé s’absenter 4 fois 3 semaines pour les sessions, sans parler du travail en commission?», met-t-il en avant, rejoignant ainsi le constat de la socialiste Liliane Maury-Pasquier.

Jean-Pierre Grin (UDC/VD) constate lui aussi qu’il y a toujours plus de dossiers à maîtriser et que tout va toujours plus vite. «La quantité de travail est énorme et on voit que notre système de milice commence à montrer ses limites.» Mais pour lui, il n’y a pas franchement de solutions. « Il faut aller à Berne en connaissance de cause et en se fixant des priorités, soit sa carrière professionnelle, soit sa carrière politique».

Néanmoins, Jean-Pierre Grin et Isabelle Chevalley pointent tous deux le manque d’argent pour s’octroyer des assistants parlementaires. «Il faudrait peut-être en mettre davantage à disposition des partis, surtout les plus petits», note le conseiller national vaudois. Sa collègue renchérit: «les grands partis peuvent mieux se répartir le travail de commission. Pour notre parti, qui est petit, nous devons gérer davantage de commissions par personne et on a 2 à 3 fois plus de travail que les autres. »

Créé: 14.03.2014, 06h44

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