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Rémunérations abusives «On m’a ordonné de lâcher prise sur l’initiative Minder»

Le secrétaire du PDC Vaud François Meylan réclame plus de transparence de la part de la direction nationale du PDC dans la campagne sur l’initiative contre les rémunérations abusives. «No comment» de Christophe Darbellay

François Meylan se montre très critique: «Avant même que les débats aient eu lieu au PDC, nos élus fédéraux – les Darbellay, Schwaller, Buttet, Bischof – s’affichaient déjà sur le flyer anti-initiative Minder.»

François Meylan se montre très critique: «Avant même que les débats aient eu lieu au PDC, nos élus fédéraux – les Darbellay, Schwaller, Buttet, Bischof – s’affichaient déjà sur le flyer anti-initiative Minder.» Image: Odile Meylan

L’argent des banques!

En Suisse, le financement des partis reste une question tabou et largement opaque. Elle est pratiquement le seul pays européen à ne pas connaître de règles sur le financement des partis.

En 2012, les trois premières grandes banques suisses ont néanmoins décidé d’apporter de la transparence à leurs usages en la matière.

La Raiffeisen, d’abord, a décidé de soutenir tous les partis représentés sous la Coupole fédérale selon un système de répartition proportionnel à leur nombre d’élu. Les dons de la banque coopérative aux partis s'élèvent à 246 000 francs par an.

Le Credit Suisse, ensuite, se propose de verser des subsides à tous les partis, de gauche comme de droite. Il dispose d'un budget annuel d'un million de francs et répartira cette somme en fonction de la force des groupes parlementaires des partis sous la Coupole fédérale et du nombre d'élus dans les législatifs cantonaux.

UBS, enfin, a décidé d’allouer dès 2012 un million de francs aux partis politiques suisses «qui s'engagent clairement pour la concurrence et l'économie de marché». Pour toucher l'argent, les partis devront être représentés aux Chambres fédérales ou dans au moins un exécutif cantonal. Mais le conditionnement du don à un positionnement idéologique a suscité une vive controverse.

Les partis politiques suisses ont accueilli différemment ces promesses de don. A gauche notamment, PS et Verts en ouvert le débat au sein de leurs sections. Finalement, les deux partis ont décidé de refuser l’argent des grandes banques.

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«Deux fois, on m’a intimé l’ordre de lâcher prise avec l’initiative contre les rémunérations abusives. Christophe Darbellay en décembre déjà. Et ce week-end encore à Olten, la direction du PDC Suisse m’a fait passer clairement le message par la voix de Béatrice Wertli, notre nouvelle secrétaire générale.» François Meylan a conscience qu’il jette un pavé dans la mare, mais pour le secrétaire du PDC Vaud, «il est temps d’exiger que les partis fassent toute la lumière sur leur financement. Et j’inclus le PDC dans ma requête.»

Conseiller financier et cadre important de l’appareil du PDC Vaud, François Meylan s’est engagé avec force dans la campagne du «Oui à Minder». Membre du comité d’initiative national, il assure aussi la liaison entre Thomas Minder et le comité hors parti en faveur de l’initiative «contre les rémunérations abusives».

Bouillant politicien vaudois, François Meylan a ainsi multiplié les chroniques pro-Minder dans son blog personnel, dans les colonnes de 24heures, du Temps ou encore de l’AGEFI. De quoi lui valoir quelques soucis? «Rien n’a changé depuis la crise. Le lobby financier met la pression sur les parlementaires. Avant même que les débats aient eu lieu au sein du PDC, nos élus fédéraux – les Darbellay, Schwaller, Buttet, Bischof – s’affichaient déjà sur le flyer anti-initiative Minder», constate François Meylan.

Le financement par les banques encore tabou

«Je ne peux prouver que le lobby de l’économie essaie d’acheter la démocratie, mais il utilise l’effet de levier des partis nationaux et des parlementaires fédéraux pour tenter de bloquer le texte de Minder qui dérange», analyse le secrétaire du PDC Vaud.

Pressions sur sa personne à cause de son engagement. Allusion au rôle des banques. François Meylan est-il parti en guerre contre la direction de son parti? «Absolument pas. Mais je ne supporte pas la malhonnêteté intellectuelle. Et je ne comprends pas comment un parti qui défend la famille et les classes moyennes soutient un texte qui va diamétralement dans l’autre direction. Et je pose la question: pour quelles raisons le fait-il? J’ai des indices qui me disent que ce fameux million proposé en avril 2012 par UBS aux partis politiques joue un rôle. Quelle part de ce million reviendra au PDC?» s’interroge François Meylan.

Fossé entre la base et la directions

Des affirmations fortes qui vont susciter des remous à l’interne… François Meylan en est conscient: «Je me bats pour le PDC. Pour tous ces militants de base qui sont sur le terrain tous les week-ends, pour tous ces porteurs d’eau qui travaillent bénévolement pour le parti car ils croient à certaines valeurs. Je vous rappelle que les sondages sont formels: plus de 60% des militants du PDC sont en faveur de l’initiative Minder. J’en appelle donc à la transparence et à la correction vis-à-vis de nos militants», conclut François Meylan.

Ce fossé dans les partis bourgeois qui se creuse entre les cadres nationaux et les militants de base est effectivement une des caractéristiques de cette campagne émotionnelle. Le PDC Vaud a décidé de soutenir le texte de Minder à 80% de ses voix lors de son assemblée début janvier. Tandis que les délégués du parti ont dit «non» par 207 voix contre 30.

Le PDC Suisse ne commente pas

C'est d'ailleurs ce résultat de l'assemblée des délégués qu'évoque Christophe Darbellay. Le président du PDC s'en tient à «No comment!» sur les propos du secrétaire du PDC Vaud. Le débat a eu lieu le week-end dernier, les délégués ont voté, et les parlementaires fédéraux ne font que défendre le texte sur lequel ils ont travaillé: le contre-projet du parlement, rappelle en substance Christophe Darbellay.

Ce gap au sein du PDC se retrouve également à l’UDC. Ainsi la puissante section de l’UDC Zurich, comme les sections de Glaris ou du Valais romand, a décidé de soutenir le texte de Thomas Minder contre l’avis de sa figure tutélaire Christoph Blocher. C’est samedi prochain, dans le canton de Soleure, que l’UDC Suisse prendra position.

(nxp)

Créé: 23.01.2013, 10h39

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