Jeudi 17 janvier 2019 | Dernière mise à jour 07:19

Suisse Pas besoin d'études pour entrer au Conseil fédéral

Plusieurs ministres n'ont pas de cursus universitaire classique. Ils pourraient devenir majoritaires pour la première fois dès janvier prochain.

Trois ministres n'ont pas de diplôme universaires.

Trois ministres n'ont pas de diplôme universaires. Image: Keystone

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De nombreux Suisses sont persuadés que nos sept conseillers fédéraux ont accompli de longues études compliquées pour en arriver là où ils sont aujourd'hui. En réalité, c'est loin d'être le cas. Plusieurs d'entre eux n'ont pas de diplôme universitaire en poche. Et les candidats qui briguent la succession de Doris Leuthard et Johann Schneider-Ammann ne font pas exception.

Le gouvernement pourrait même se retrouver pour la première fois dès le 1er janvier avec une majorité de ministres sans formation académique classique., relève le Tages-Anzeiger jeudi.

Maurer, Parmelin et Sommaruga

Trois conseillers fédéraux sont actuellement dans cette situation. A commencer par Ueli Maurer, le grand argentier de la Confédération. Le Zurichois a effectué un apprentissage d'employé de commerce et a été directeur d'une coopérative agricole pendant 20 ans avant de se lancer en politique. L'autre UDC du gouvernement, le Vaudois Guy Parmelin, a lui effectué une maturité gymnasiale avant de faire un apprentissage d'agriculteur et d'obtenir en 1985 une maîtrise agricole avec viticulture.

Simonetta Sommaruga elle non plus n'a pas de titre académique. La socialiste bernoise a obtenu une maturité avant de suivre une formation de pianiste de concert au Conservatoire de Lucerne, mais aussi en Californie et à Rome. Si elle a effectué plusieurs semestres à l'Uni de Fribourg pour y étudier l'anglistique et la romanistique, ils sont restés sans diplôme.

KKS est interprète

Et si Karin Keller-Sutter est élue, ils seront quatre ministres à n'avoir pas de cursus académique classique. En effet, la sénatrice st-galloise n'a pas de maturité à son actif, mais un diplôme de commerce à Neuchâtel. Elle a ensuite une formation de traductrice et d'interprète de conférence à la Dolmetscherschule Zürich. Elle a également suivi des études de science politique à Londres et à Montréal. Enfin., elle est au bénéfice d'un diplôme de 3e cycle en pédagogie à l'Université de Fribourg.

Les autres candidats en lice au Conseil fédéral ont plutôt un parcours classique. La haut-valaisanne Viola Amherd et l'Uranaise Heidi Z'graggen sont respectivement notaire et politologue avec un doctorat. Quant à Hans Wicki, il a étudié à l'Uni de Zurich et a obtenu une licence en économie.

Quant aux autres ministres en place, Ignazio Cassis est médecin, Alain Berset est docteur en économie et Doris Leuthard est avocate. Johann Schneider-Ammann a étudié le génie électrique à l'EPFZ et obtenu un MBA à l'Institut européen d'administration des affaires.

Trop peu de ministres sans titre académique

Pour la première fois donc de son histoire, le Conseil fédéral pourrait se retrouver avec une majorité de membres sans diplôme universitaire. «Il y a trop peu de ministres sans titre universitaire ou sans maturité au gouvernement», estime Andreas Glaser, professeur de droit à l'Uni de Zurich et directeur du Centre pour la démocratie à Aarau. Le fait que des Ueli Maurer ou peut-être Karin Keller-Sutter en fassent également partie est une bonne chose au titre de la diversité démocratique, souligne-t-il. «Ils pourront faire valoir leurs propres points de vue et contrecarrer le développement de pseudo-élites».

Andreas Glaser estime très important que la formation académique ne devienne pas le premier critère de sélection pour les postes à haute responsabilité. «Cela pourrait accentuer le désenchantement face à la politique ainsi que le populisme», précise-t-il.

L'expérience de l’exécutif prime

Pour le professeur émérite d'histoire et rédacteur en chef du Dictionnaire biographique du Conseil fédéral, Urs Altermatt, l'expérience politique acquise dans des exécutifs communaux ou cantonaux est bien plus décisive que toute autre formation pour accéder au Conseil fédéral.

Pourtant, relève le Tagi, les universitaires ont toujours été majoritaires depuis 1848 au Conseil fédéral. «Au début de l'Etat fédéral, il fallait absolument des gens bien formés et les conseillers fédéraux écrivaient eux-mêmes les lois», souligne Urs Altermatt. Ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est que les juristes sont en recul au gouvernement. «Leur domination diminue depuis environ 25 ans», explique-t-il.

Actuellement, Doris Leuthard est la seule avocate du panel. Et avec son départ, il se pourrait qu'il ne reste personne issue du droit. Ce qui n'est pas forcément une bonne chose pour le Conseil fédéral, menacé de «perdre totalement sa conscience juridique».

Néanmoins, pour Urs Altermatt, il est logique que la diversité professionnelle augmente au sein du Conseil fédéral. «Cela correspond à la société : dans le passé, les gens faisaient soit des études de prêtre, de médecin ou d'avocat», relève-t-il. Aujourd'hui, les sujets sont si nombreux qu'ils doivent se refléter dans les membres du collège. (nxp)

Créé: 22.11.2018, 11h06

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