Dimanche 16 juin 2019 | Dernière mise à jour 09:05

Trafic Rouge? Pas pour les cyclistes

A Bâle, les vélos ont l’autorisation de griller des feux rouges pour tourner à droite. Génial ou dangereux? Le débat est lancé.

Est-ce dangereux d’autoriser les vélos à griller les feux?

PROJETS PILOTES

Trois idées pour les cyclistes

Le «tourne à droite» n’est pas la seule nouveauté évaluée en ce moment, explique Virginie Kauffmann, membre de l’équipe de recherche de l’étude nationale SVI (Association suisse des ingénieurs et experts en transports). Exemples d’idées pour favoriser les piétons et les cyclistes.

L’ONDE VERTE LENTE Le système est connu des automobilistes: synchroniser les feux pour qu’ils soient tous au vert sur un parcours donné. Sauf que l’onde est cette fois calculée selon la vitesse des vélos: 20 km/h. Le cycliste n’a plus à s’arrêter et redémarrer constamment. Et l’automobiliste? Il serait gagnant aux heures de pointe: une vitesse plus lente limiterait les engorgements et favoriserait la fluidité, prétendent les tenants de cette mesure. Qui existe déjà à Copenhague, à Amsterdam ou à San Francisco.

LE «VERT PARTOUT» Dans un carrefour, tous les feux pour piétons passent au vert en même temps. Le piéton peut donc aller partout, y compris en diagonale. Et les cyclistes peuvent passer, eux aussi, où bon leur semble. Avec un risque de collision avec les marcheurs? «Sans règle de priorité donnée, les usagers s’accordent par un regard ou une parole et adaptent leur vitesse aux conditions», prétend Pro Vélo dans son journal de février. Cette solution est testée à Bâle.

FEUX CYCLISTES L’idée est de rajouter des petits feux uniquement pour les vélos. Ils passeraient au vert quelques secondes avant ceux pour les autres usagers. Le cycliste n’aurait ainsi pas l’inconfort de devoir démarrer à côté d’une file de voitures. Ce dispositif est testé à Zurich.●

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des cyclistes grillant des feux rouges en toute légalité. C’est aujourd’hui une réalité à Bâle, ce le sera peut-être demain un peu partout en Suisse. Résultat, les défenseurs des vélos applaudissent tandis que d’autres parlent d’inconscience et craignent les accidents.

A l’origine de ce débat, des panneaux inconnus dans le pays qui ont fleuri en août sur quatre carrefours bâlois. Sur fond noir, on y voit une flèche jaune indiquant la droite ainsi qu’un vélo, jaune également. Ce sont des «tourne à droite». Ils indiquent au cycliste qu’il a le droit d’aller à droite même si le feu est au rouge. Mais il doit se montrer prudent car il n’a pas la priorité. Par rapport aux piétons. Comme par rapport aux véhicules qui peuvent venir de la gauche.

L’Europe est déjà conquise

Pour l’instant, il s’agit de carrefours tests. Comme d’autres mesures destinées à favoriser les vélos ou piétons (voir encadré), ces nouvelles signalisations sont actuellement évaluées dans le cadre d’un programme national. Si le bilan s’avère positif, le «tourne à droite» pourrait demain avoir droit de cité dans tout le pays. En Europe, ces panneaux commencent à pulluler. Après une phase d’essai, Bruxelles vient d’en installer dans 70 carrefours. En France, ils ont été légalisés et il en existe des centaines, à Strasbourg, Bordeaux, Lille ou Paris. Ils font aussi partie des meubles en Allemagne ou aux Pays-Bas. Mais en Suisse, l’heure reste à la méfiance. Lors de l’installation à Bâle, le TCS local a dénoncé «une chose dangereuse». Et l’association des piétons a fait part de son scepticisme.

Risque de collision dénoncé

Que reprochent-ils à cette idée? Toutes les critiques ont en fait été résumées par le Conseil fédéral début 2011, suite à une interpellation du conseiller national Antonio Hodgers. Avec le «tourne à droite», «le nombre de situations potentiellement conflictuelles pourrait augmenter, et la sécurité routière se dégraderait», soulignait alors le gouvernement, fustigeant un risque plus élevé «de collisions entre les cycles tournant à droite et les véhicules arrivant depuis la gauche». Ainsi que la «mise en danger» de piétons. Bref, cette nouveauté serait synonyme de danger et d’accidents.

«Les mentalités ont depuis un peu évolué et ce système a fait ses preuves à l’étranger. D’ailleurs c’est l’Office fédéral des routes qui finance aujourd’hui le projet pilote bâlois», sourit Antonio Hodgers. Le Vert genevois se dit convaincu que ce système pensé pour les cyclistes trouvera demain sa place en Suisse. «La sécurité de tous les usagers reste l’objectif No 1. Et elle n’est pas menacée car le «tourne à droite» n’est en somme qu’une sorte de céder le passage pour les vélos. C’est un principe simple qui permettrait de fluidifier le trafic. Il est d’ailleurs appliqué de manière illégale au quotidien par beaucoup de cyclistes…»

A installer au cas par cas

Du côté de Pro Vélo, on ne tarit également pas d’éloges sur cette solution. «Elle permet aussi d’économiser de l’énergie pour les adeptes du vélo, qui ne doivent pas continuellement s’arrêter et redémarrer. Ou encore d’éviter la situation désagréable voire dangereuse pour le cycliste de devoir démarrer en même temps qu’une file de voiture», note Manon Giger, coordinatrice romande de l’association. Qui précise que le but n’est pas d’aboutir à une règle générale autorisant les cyclistes à griller tous les feux. «Le «tourne à droite» ne peut être installé qu’au cas par cas. Par exemple dans des carrefours qui offrent une bonne visibilité au cycliste. Mais pas dans ceux qui suivent une descente: le vélo pourrait alors aller trop vite.»

Les conclusions du test bâlois ne tomberont pas avant l’automne 2014. Il n’y a donc pour l’instant aucun résultat sérieux et chiffré. Mais à en croire l’administration rhénane, les premières semaines d’installation sont prometteuses. «Nous n’avons jusqu’à présent enregistré ni accidents ni perturbations. Et cette nouvelle manière de circuler est largement utilisée», note Clemens Huber, du département de la Mobilité de Bâle-Ville. Quant au TCS national, il se montre plus mesuré que sa section bâloise. «La possibilité pour les cyclistes de tourner à droite à un feu est une mesure de fluidification a priori intéressante pour le trafic urbain», réagit Moreno Volpi, responsable de communication. Qui a déjà une autre idée en tête: «Mais il est légitime de se demander pourquoi les motos et les scooters ne pourraient pas aussi profiter de cette mesure.» (Le Matin)

Créé: 21.09.2013, 08h27

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.