Dimanche 21 juillet 2019 | Dernière mise à jour 18:49

états-Unis Samedi, trois Suisses seront oscarisés!

Thabo Beeler, l’un des lauréats helvétiques d’un Oscar technique pour ses recherches chez Disney Research, laboratoire établi depuis dix ans à l’EPFZ, nous parle de son travail.

Thanos, le supervilain d’«Avengers: Infinity War» sur lequel Thabo Beeler a travaillé.

Thanos, le supervilain d’«Avengers: Infinity War» sur lequel Thabo Beeler a travaillé.

Jos Stam, Suisse dans l’âme

Parmi les 27 personnalités qui seront récompensées samedi par l’Académie des Oscars, dont les Suisses Thabo Beeler, Bernd Bickel et Markus Gross, figure en tout cas un autre scientifique entretenant d’étroites relation avec notre pays. Canadien, Jos Stam, passe en effet toute sa jeunesse à Genève, quittant la Suisse à 24 ans pour poursuivre des études doctorales en infographie à l’Université de Toronto. Chercheur spécialisé dans la surface de subdivision et les algorithmes de rendu, il sera honoré – pour la troisième fois – cette fois pour son travail sur un système d’exploitation pour les graphiques 3D et les effets spéciaux, utilisés notamment pour la trilogie du «Seigneur des anneaux».

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Voilà déjà plus de 10 ans que la firme aux grandes oreilles s’est installée sur le site de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) avec un laboratoire, le Disney Research, chargé d’explorer de nouvelles technologies. Robotique, intelligence artificielle, drones et «machine learning» y constituent ses principaux domaines d’investigation afin de développer de nouveaux procédés parfois utilisés au cinéma ou dans les jeux vidéo.

C’est d’ailleurs à ce titre que les Suisses Thabo Beeler, Bernd Bickel et Markus Gross, ainsi que le Canadien Derek Bradley, recevront samedi 9 février un Oscar à Hollywood lors de la cérémonie de remise des prix scientifiques et techniques de l’Académie (les Oscar «artistiques» seront, eux, remis le 25 février prochain dès deux heures du matin). Il y a quelques années, ils ont développé le Medusa Performance Capture System, un système de numérisation faciale haute résolution ayant notamment permis de donner vie à l’étonnant Thanos, le supervilain d’«Avengers: Infinity War», en capturant les différentes expressions de l’acteur Josh Brolin avant de les appliquer au personnage en images de synthèse.

A l’origine? Un mémoire de maîtrise

«L’excitation monte gentiment, nous explique Thabo Beeler, attrapé avant de s’envoler pour Hollywood. J’ai hâte d’être à la cérémonie, de voir la façon dont elle va se dérouler et quelle star nous accueillera durant la remise des prix». Né en 1978 au Lesotho, en Afrique, le scientifique y a vécu quelques années – son père, médecin suisse, y travaillait dans un hôpital – avant de revenir à Zurich. Ado, il commence à se passionner pour l’informatique quand il réalise les prouesses qu’on peut y réaliser. «Il suffisait de taper quelques lignes de calcul pour concrétiser ce que j’imaginais, continue-t-il. Je suis quelqu’un de très visuel et j'ai toujours eu le désir d’œuvrer dans le graphisme. Je me suis d’abord dirigé vers les jeux vidéo, puis, au fil du temps, vers l’animation 3D pour le cinéma». Lorsqu’il intègre Disney Research à l’EPFZ en 2009, Markus Gross (directeur du centre de recherche) et Bernd Bickel lui confient alors la tâche, comme mémoire de maîtrise, de construire un scanner du visage pour les techniques de capture de mouvement alors en plein développement.

Thabo Beeler (DR)

Mais en élaborant le Medusa Performance Capture System, notamment avec Derek Bradley, qui rejoint le projet quelques mois plus tard, le jeune doctorant va dépasser leurs espérances. En 2014, à une époque où les scanners peinaient à identifier les coiffures des comédiens et reproduisaient leurs cheveux de manière très approximative, Medusa apporte une révolution en permettant de réaliser de véritables sculptures du visage, reproduisant à travers ses scans jusqu’au moindre poil. Aujourd’hui, la plateforme regroupant caméras et projecteurs, couplés à un logiciel propre, est même capable de reconstituer avec précision les mouvements de visage des acteurs sans faire appel au maillage des points de capture utilisés par les techniques traditionnelles. Plus de 130 comédiens et comédiennes sont ainsi passés sous son faisceau laser, parmi lesquels Andy Serkis dans «Star Wars: Les derniers Jedi», pour incarner le Suprême Leader Snoke. Et on attend de voir les progrès effectués sur Thanos, dont on attend le retour sur les écrans à partir du 24 avril dans «Avengers: Endgame».

Les yeux sous le scan, puis les dents!

«Chaque année, l’Académie forme un comité composé de près de 60 experts des technologies du cinéma chargés d’examiner les outils utilisés par les artistes pour créer des films, explique Doug Roble, président du comité des prix scientifiques et techniques, sur le site des Oscars. Cette année, le comité reconnaît neuf technologies du monde entier contribuant de manière extraordinaire à la science du cinéma et qui ont élevé notre art à de nouveaux sommets ». Parmi elles, donc, celle développée par nos scientifiques du Disney Research. «Cette année, c’est au tour de la capture faciale d’être mise en avant, continue le Zurichois. Un timing parfait après 5 années durant lesquelles notre technologie a largement fait ses preuves». Medusa est d’ailleurs amélioré en permanence car si les personnages recréés en images de synthèse sont de plus en plus réalistes sur grand écran, certaines parties du corps humain ne se laissent pas toujours reproduire facilement. Des exemples? «Les travaux de Pascal Bérard, enchaîne Thabo Beeler. Il est parvenu à créer des yeux numériques extrêmement crédibles en capture de mouvement avec une technique notamment utilisée dans «Dr. Strange». Mais nous avons aussi travaillé sur un logiciel capable de reconstituer des dentitions complètes, cette fois pour «Rogue One: A Star Wars Story». Et beaucoup d'autres sont encore à venir».

L’EPFZ, une place de choix

Disney Research n’en est d’ailleurs pas à sa première percée technologique dans le domaine du cinéma avec les travaux de Thabo Beeler et ses collègues. Le centre a ainsi également développé un logiciel nourri à l’intelligence artificielle et au «machine learning» capable de réaliser des rendus au réalisme accru pour les films d’animation en images de synthèse. Dans ce genre de longs métrages, générer des séquences spectaculaires, surtout si elles font appel à de nombreux flux de lumière, s’avère souvent extrêmement fastidieux et des séquences peuvent facilement prendre des jours entiers de calcul. Une des solutions consiste alors à réduire le nombre de ces flux, mais avec pour inconvénient de provoquer toutes sortes de parasites à l’image, atténuant la qualité de celle-ci. Ce nouveau logiciel est justement capable d’éliminer ce bruit et d’offrir ainsi un rendu éclatant, riche en détails, tout en accélérant les méthodes de calcul. La technique avait d’abord été expérimentée sur «Le monde de Dory» en 2016, puis peaufinée sur «Coco» et «Cars 3» l’année suivante.

Reste que si Disney a choisi l’EPFZ pour y implanter son centre de recherche, le seul en activité en dehors des Etats-Unis, ce n’est pas un hasard. La renommée mondiale de l’école polytechnique y est pour beaucoup. Le plus grand groupe de divertissement au monde peut ainsi recruter à la source de jeunes talents pour développer ses nombreux projets, garder un contact direct avec un large spectre d’experts tout en profitant de l’émulsion des différentes technologies qui se développent autour du campus.

Créé: 08.02.2019, 13h05

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