Mercredi 16 octobre 2019 | Dernière mise à jour 21:04

Santé Va-t-il falloir payer avant de se faire soigner?

Une initiative parlementaire veut que les Suisses paient une taxe de 50 francs pour se faire traiter aux urgences des hôpitaux. Elle a de bonnes chances de passer.

Il faudra peut-être débourser 50 francs pour se faire traiter aux urgence si l'on est un cas bénin.

Il faudra peut-être débourser 50 francs pour se faire traiter aux urgence si l'on est un cas bénin. Image: Keystone

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Les patients vont peut-être devoir passer à la caisse avant d'être traités. En effet, la commission de la santé du National a approuvé récemment deux initiatives parlementaires allant dans ce sens. But: réduire évidemment les coûts de la santé en Suisse, souligne la Neue Zürcher Zeitung mercredi.

La première initiative émane de Thomas Weibel (PLR/ZH). Il propose d'introduire une taxe de 50 francs à payer sur place lors de l'arrivée aux urgences de l'hôpital. Son objectif? Briser la tendance qui veut que de plus en plus de patients souffrant de maux bénins vont d'abord à l'hôpital, très coûteux, au lieu de se rendre chez un généraliste, bien meilleur marché.

Consultation à l'hôpital deux fois plus chère

«L'habitude de se rendre de plus en plus fréquemment aux urgences surcharge l'organisation de ces services à l'hôpital», écrit-il dans son texte. «Les raisons de cette évolution sont diverses, mais de nombreux cas s'avèrent bénins. Or, une consultation dans le domaine ambulatoire des hôpitaux coûtait, en 2015, en moyenne 427 francs, soit plus de deux fois le coût moyen d'une consultation dans un cabinet médical», compare-t-il. «Instaurer une taxe pour se rendre aux urgences des hôpitaux sensibiliserait davantage les usagers aux différents éléments du système suisse de santé.»

Selon son projet, les enfants, les adolescents, ainsi que tous les patients envoyés aux urgences par un médecin seraient exemptés de cette taxe. En outre, si le patient est hospitalisé par la suite, la taxe lui sera remboursée.

Plus loin encore

Le conseiller national Thomas Burgherr (UDC/AG) va lui encore plus loin. Il exige dans une autre initiative parlementaire qu'une part «symbolique» du prix de revient soit payée en espèces pour chaque nouveau cas de traitement, que ce soit à l'hôpital ou chez le médecin. «Introduire l'obligation de régler directement une part de la participation aux coûts dans le domaine ambulatoire est l'une des mesures nécessaires pour réduire le nombre de cas où les gens se rendent inutilement chez le médecin ou aux urgences et donc faire baisser les coûts», argumente-t-il.

Les caisses saluent

Si la commission du Conseil des Etats approuve elle aussi ces propositions, la commission de la santé du National va pouvoir plancher sur un projet de modification de la loi. Une chose est sûre: ces deux initiatives sont saluées par les caisses qui estiment qu'il s'agit d'un signal positif de Berne. «C'est une bonne chose que le Parlement ne fasse pas seulement appel à la responsabilité des assurés, mais qu'il veuille les motiver de manière active», approuve Paul Rhyn, porte-parole de l'organisation faîtière Santésuisse. «Il sera ainsi possible de s'assurer que les patients se rendent d'abord chez le médecin de famille avant d'aller à l'hôpital».

Même son de cloche chez Curafutura qui rappelle que les visites inutiles chez le médecin ou dans les hôpitaux ont des coûts considérables, sans parler qu'elles bloquent les capacités pour traiter les urgences réelles.

Hôpitaux et médecins pas d'accord

En revanche, l'association des hôpitaux H+ rejette les deux propositions. «Ce sont les malades et les blessés qui doivent décider par eux-mêmes s'ils doivent faire appel à une pharmacie, un médecin de famille ou une urgence à l'hôpital», déclare Conrad Engler, membre du conseil d'administration de H+. Il nie en outre que le traitement des cas bénins à l'hôpital entraînent des surcoûts importants: «Les hôpitaux ne traitent pratiquement pas de cas triviaux dans les salles d'urgence». En outre, il estime qu' une telle taxe impliquerait une bureaucratie supplémentaire et serait difficile à mettre en œuvre, vu les exceptions et les cas de rigueur mentionnés dans les deux initiatives.

Du côté des médecins, on n'est pas favorable non plus à une participation en espèces des patients au cabinet. «Cette mesure touche particulièrement les malades chroniques qui dépendent de visites régulières chez le médecin», explique Jürg Schlup, président de la FMH. En revanche, la faîtière des médecins soutient l'initiative du conseiller national Thomas Weibel, car elle se concentre sur les cas d'urgence et prévoit des exceptions. «Mais il faut parallèlement renforcer les soins ambulatoires car de nombreuses personnes vont aux urgences en raison du manque de médecins généralistes et de pédiatres», exige-t-il.

Bonnes chances politiques

L'initiative de Thomas Weibel a de bonnes chances de passer, souligne la NZZ car elle a obtenu 17 voix favorables contre 7 avis négatifs auprès de la commission de la santé. En outre, elle recueillerait de nombreux avis positifs à droite comme à gauche. Mais jusqu'ici le ministre de la santé Alain Berset s'est toujours refusé à introduire une telle taxe, estimant qu'il était difficile de faire la distinction entre urgences réelles et fausses. Il craint en outre un effort administratif disproportionné pour les caisses. Il devra peut-être plier sous la pression du Parlement.

Créé: 18.07.2018, 10h35


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