Vendredi 15 novembre 2019 | Dernière mise à jour 02:56

Le Locle Wagon historique incendié: collectionneurs exaspérés

La destruction par des vandales mineurs d'un vestige ferroviaire inestimable met en colère ceux qui restaurent ce matériel.

Filmé par la télévision ukrainienne

Le matériel conservé à la Douanière du Locle est si rare que pendant le week-end précédant l'incendie, une équipe de la télévision ukrainienne a filmé les locomotives électriques choyées par Caroline et Cristophe Bachmann, en particulier le Régional des Brenets.

Leur drone a survolé le wagon double incendié quatre jours plus tard en prévision d'un reportage de 45 minutes consacré aux itinéraires emblématiques à voie étroite. Reportage destiné en 2019 aux festivals de Nyon et de Berlin, avec une diffusion télévisuelle par la RTS, pourquoi pas dans le cadre de l'émission «Temps Présent».

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Un double wagon postal calciné témoigne d'un incendie survenu la semaine dernière, au grand dam de Christophe Bachmann (49 ans), président de l'association de sauvegarde du patrimoine ferroviaire des Montagnes nechâteloises (ASPFMN). Un crève-cœur d'autant plus grand que le sinistre survenu mercredi soir au Locle (NE) était criminel: trois mineurs de 14 ans sont suspectés.

Wagon en feu au dépôt ferroviaire du Locle. Le sinistre, survenu le mercredi 21 novembre 2018, n'est pas accidentel.

Débranché quand aucun véhicule ne doit être déplacé, le caténaire soumis à une forte chaleur sera contrôlé. Pour l'incendiaire, la note sera d’autant plus salée que les CFF ont coupé les lignes de contact pendant l'intervention de 27 pompiers. Des trains ont été remplacés par des bus sur les lignes menant à La Chaux-de-Fonds et à Morteau (F).

Par un soufflet

Lundi matin au dépôt ferroviaire de la Douanière, Christophe Bachmann et son épouse Caroline sont restés prostrés devant le double fourgon anéanti, l'un des derniers de Suisse relié par un soufflet: «Notre désarroi est grand, mais pas autant que notre ras-le-bol!».

Comme toutes les pièces exposées à la Douanière, les deux wagons incendiés étaient des pièces de collection inestimables. Ils servaient de wagon marchandises, mais comble de malchance, les collectionneurs l'avaient rempli jusqu'au plafond de pièces de rechange. «Regardez cette magnifique moquette: elle servait à l'Orient Express», soupire caroline Bachmann, devant les gravats évacués par les pompiers.

14 vitre latérales

Les locomotives sont sous clef, mais depuis 2004, les voitures laissées à l'air libre sont régulièrement saccagées. Un peu plus loin sur la même ligne, 14 vitres latérales d'un wagon de 1940 ont volé en éclats, le 17 octobre. Sur les sièges lacérés, les vandales ont laissé des bougies de réchaud.

À côté d'un wagon de l'Orient Express recoloré par des tagueurs, des squatteurs ont transformé une voiture en discothèque improvisée. Ici, le du matériel de bureau a été saccagé, là des compartiments ont été disloqués.

Découper sur place

Pour les sept retraités actifs au sein d'une association de 50 membres, la restauration des wagons saccagés s'annonce rude. Mais celui qui a été incendié est perdu: «Les essieux étant détruits, il s'agira de le découper sur place», remarque Christophe Bachmann.

Après un tour du propriétaire en compagnie du matin.ch, le président de l'ASPFMN est très remonté: «Ce n'est pas encore le Far West, mais faudra-t-il se faire justice soi-même pour palier à une justice trop clémente envers les mineurs?», s'interroge ce comptable.

En mode «Lucky Luke»

Il est arrivé à ce couple de passionnés de dormir sur le site, dans sa voiture, dans le but de surprendre les vandales. Serge Bachmann passe alors en mode «Lucky Luke»: «Pour faire venir la police, j'ai menacé de passer sur ces vauriens en locomotive», fulmine le comptable de St-Imier (BE), qui a passé il y a huit ans un diplôme de mécanicien, histoire de pouvoir déplacer les véhicules sur les voies de raccordement.

En désaccord avec la justice des mineurs, Serge Bachmann raconte volontiers ses expériences, comme la proposition reçue à propos d'une mineure condamnée pour un bris de vitre: «Le juge qui lui a infligé deux demi-jours de travail d'intérêt général a qualifiée cette peine de «pénible». Il a évoqué un remboursement échelonné des dégâts évalués à 3200 francs, proposition que j'ai prestement refusée».

Portes cadenassées

Les portes des wagons sont cadenassées autant que possible, sa tâche, désormais, consiste à sécuriser un site accessible depuis la halte du Chalet, sur la ligne Le Locle-Les Brenets. Mission pas impossible, mais difficile: «Faut-il commencer par ériger une barrière ou par installer des caméras?», s'interroge-t-il.

Là encore, un sentiment d'abandon resurgit: «Quand j'ai demandé une mise à ban, elle m'a été refusée», dit-il.

Pancartes arrachées

Sans barrière, les jeunes vandales savent-ils distinguer un vieux wagons bon pour la casse d'une voiture destinées au musée? «Ils ne font pas la différence, certes, mais notre association est mentionnée sur un panneau et sur des pancartes qu'ils ont eux-mêmes arrachés», répond Christophe Bachmann.

Dans le hangar principal, à l'ouest d'un terrain qui appartient à l'association, le couple apparaît passionné: «Cette locomotive Crocodile de 1922, je l'ai offerte à mon mari pour ses 40 ans», glisse Caroline Bachmann. Leur parole commune s'adresse aux vandales: «Chenapans! On ne va jamais se décourager!».

Créé: 27.11.2018, 07h21

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