Vendredi 28 février 2020 | Dernière mise à jour 10:43

Franc fort «Les acteurs étrangers exploitent notre pouvoir d’achat»

Un site Internet permet de mieux voir les différences de prix. Le secrétaire général de la FRC Mathieu Fleury souhaite combattre les comportements détestables et nuisibles.

Mathieu Fleury: «H&M est 37% plus cher en Suisse que dans les pays qui nous entourent. Esprit, c’est 33%. Ou encore Zara qui est à 28%. On ne peut pas justifier des différences pareilles.»

Mathieu Fleury: «H&M est 37% plus cher en Suisse que dans les pays qui nous entourent. Esprit, c’est 33%. Ou encore Zara qui est à 28%. On ne peut pas justifier des différences pareilles.» Image: Christian Bonzon

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Le site barometredesprix.ch permet de comparer en ligne les prix en Suisse et dans les pays voisins. Il a été élaboré par l’alliance des organisations de consommateurs et le soutien du Bureau fédéral de la consommation (BFC) dans le but de lutter contre les effets du franc fort. Les organisations de consommateurs veulent la transparence et attendent des mesures. Interview de Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC).

Le Matin: - L’objectif de votre site est clairement de faire pression?

Mathieu Fleury : Oui, faire pression sur les prix et amener plus de transparence. On savait que les prix helvétiques étaient plus élevés que dans les pays voisins, aujourd’hui nous l’avons établi de manière scientifique, de manière détaillée, et de manière sûre. Aujourd’hui nous avons une base de discussion et avec l’économie et avec le politique.

Votre message à l’économie et au politique?

Nous demandons à l’économie d’être plus raisonnable sur les prix. Nous leur demandons de baisser les prix pour maintenir les consommateurs suisses dans notre pays. Et à la politique, nous demandons de créer les conditions-cadres qui permettent de lutter contre des comportements qui sont détestables et nuisibles à toute l’économie suisse.

Que peut faire précisément la politique?

Un des outils essentiels dans ce combat, c’est la loi sur les cartels. Donc favoriser la concurrence. Un des points les plus importants qui ressort de notre site est que des acteurs étrangers ont choisi de cloisonner notre pays, de l’isoler, pour pouvoir pratiquer des prix surfaits dans notre pays dans le but d’exploiter notre pouvoir d’achat. Ce comportement-là nous souhaitons pouvoir le combattre efficacement.

La loi sur les cartes est donc insuffisante?

Aujourd’hui la loi sur les cartels le permet dans une certaine mesure. Mais elle a ses limites. Et il y a une discussion à venir au parlement sur un durcissement de la loi sur les cartels. Nous aurons ainsi les outils pour se battre contre cette exploitation dont nous faisons l’objet.

On constate que la plus importante différence pour l’alimentation (produits transformés) se situe entre la Suisse et l’Allemagne. L’expliquez-vous?

Le modèle allemand est en train de s’implanter aussi en Suisse. Les hards discounters allemands (ndlr : Aldi et Lidl, par exemple) ont mis du dynamisme dans les marchés allemands d’abord et désormais en Suisse. On remarque que lorsque la concurrence fonctionne, les prix ont tendance à baisser. On voit aussi que les grands distributeurs suisses ont réagi en développant des gammes Budget et autres. Donc le prix du panier est plus bas en Allemagne parce que la concurrence y est plus vivace. C’est ce que nous souhaitons aussi en Suisse.

Du côté des vêtements, il y a aussi de grosses différences de prix!

On ne peut pas comparer les chaînes entre elles, puisque chacune a sa gamme de produits. Mais la différence globale d’un pays à l’autre au niveau des habits est tout de même de 29%. Et il y a des chaînes qui pratiquent des prix majorés pour la Suisse au-delà de 30%. Alors que les vêtements sont strictement identiques: nous y avons veillé.

Des exemples?

H&M est 37% plus cher en Suisse que dans les pays qui nous entourent. Esprit, c’est 33%. Ou encore Zara qui est à 28%. On ne peut pas justifier des différences pareilles. Nous payons des prix surfaits.

N’y a-t-il pas un risque que ce comparateur motive le tourisme d’achat?

Si, c’est un problème extrêmement délicat. Je crois que dans un projet soutenu par la Confédération nous ne pouvons que faire un projet patriotique. Qui doit soutenir le marché suisse. D’une certaine manière, cette plate-forme a pour vocation de peser sur les prix suisses, de les rendre plus normaux pour que le tourisme d’achat devienne moins intéressant. Ou alors, ces prix sont justifiés: le consommateur suisse est patriote, il est prêt à payer un prix suisse si ce celui-ci est raisonnable, et que le surplus s’explique et bénéficie directement des acteurs suisses. Que ce soit la vendeuse ou le producteur.

Le tourisme d’achat se monterait à 4 ou 5 milliards de francs. Des chiffres que vous confirmez?

C’est très difficile à estimer. Mais le tourisme d’achat concerne beaucoup les produits agricoles non transformés (ndlr: la viande, par exemple). Nous avons choisi de ne pas comparer ces prix, car nous estimons que les consommateurs, lorsqu’ils sont citoyens, ont choisi de soutenir l’agriculture suisse. Donc nous ne voulions pas, par notre comparateur, remettre en cause ce choix politique.

Créé: 30.10.2012, 12h55

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