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Suisse Affaire CarPostal: des mesures «à la hauteur du scandale»

La directrice, Suzanne Ruoff, la direction et la révision des comptes ont été débarqués. Réactions sous la Coupole après le coup de balai.

La réaction au scandale des subventions s'est soldée par un gros coup de balai.

La réaction au scandale des subventions s'est soldée par un gros coup de balai. Image: Lukas Lehmann/Keystone

L'édito: Cet argent qu'on vole est le nôtre

La Poste a donné un gros coup de balai. Éclaboussée par le scandale CarPostal, la directrice du géant jaune, Susanne Ruoff, a donné sa démission. Dans la foulée, la direction in corpore de la filiale incriminée a été remerciée. La première n’avait rien vu et tenté de minimiser l’affaire. La seconde a laissé faire durant des années. Des années au cours desquelles CarPostal a manipulé ses comptes pour cacher des bénéfices et toucher de ce fait des subventions. La sanction est à la hauteur de la faute. Impardonnable.

Ce coup de semonce pour une gestion loyale et transparente
de l’argent du contribuable doit résonner loin à la ronde. Dans toutes les administrations, de la Confédération jusqu’aux communes, dans toutes les entreprises du service public, dans les institutions qui touchent des subventions. Mesdames et messieurs, vous travaillez avec de l’argent que vous n’avez pas gagné. Il vient de l’impôt. On ne triche pas avec cet argent. On ne joue pas avec cet argent. On le dépense et le gère avec une probité absolue.

Pas question de défendre la logique du «qui paie commande».
Notre société ne tournerait pas si elle fonctionnait sur un mode «à la carte», où chacun dirait ce qu’il souhaite financer. Non, c’est tout simplement de la base du contrat social dont il s’agit. De la confiance du citoyen dans ses autorités et les tâches qui lui incombent directement ou indirectement. L’ébranler c’est pourrir le système, alimenter une défiance qui au final ne profite à personne. L’argent, fût-il public, n’a pas d’odeur. En revanche, il a un propriétaire: la collectivité.

Simon Koch, rédacteur en chef adjoint

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Le président du conseil d’administration de La Poste, Urs Schwaller, s’est dit «abasourdi» hier des résultats de l’enquête concernant l’entité CarPostal. Le rapport qu’il a présenté confirme la systématique du détournement de subventions dénoncé en février par l’Office fédéral des transports. Et ce durant près de dix années.

La manipulation des comptes obéissait à une logique assez simple. En comptabilisant les bénéfices dans une rubrique intitulée «Autres», des sommes importantes étaient dissimulées pour obtenir davantage de subventions. Durant les années 2007 à 2015, cela a permis à CarPostal de percevoir indûment environ 80 millions de francs. Le rapport évoque quelque 200 000 documents qui attestent de cette pratique: «Ces enregistrements comptables ont été réalisés de manière systématique pour chaque exercice.»

Suzanne Ruoff, directrice générale de La Poste depuis 2012, avait déjà annoncé sa démission dimanche soir. La direction de CarPostal (huit personnes) a été mise à pied sur-le-champ ainsi que la personne chargée de la révision des comptes. Le directeur Daniel Landolf avait déjà été remercié en février avec le directeur des finances. Dans le même temps, Urs Schwaller a annoncé l’abandon d’une structure de holding introduite en 2016 qui devait servir à préserver des bénéfices réalisés par le biais de prix de transfert au sein de filiales de CarPostal. Enfin l’entreprise doit mettre fin à son expansion en France voisine. Peu après, la conseillère fédérale Doris Leuthard a salué ces mesures, mais en ajoutant que le Conseil fédéral «ne donnera pas pleine décharge au conseil d’administration de La Poste pour l’exercice 2017» lors de l’assemblée générale du 26 juin. Elle a précisé aussi que l’organe de révision KPMG perdra son mandat à fin 2018.

Un problème systémique

Sous la Coupole fédérale, les parlementaires ont réagi positivement à ces mesures aussi inédites que spectaculaires dans une entreprise aux mains de la Confédération. Olivier Feller (PLR/VD), qui a été à la pointe des critiques, marque un temps de satisfaction: «Ces mesures sont à la hauteur du scandale. La pression du Parlement et des médias a joué son rôle. Mais il y a des éléments sur lesquels j’attends encore des réponses. En 2016 et en 2017, ce sont quelque 30 millions qui ont été encore détournés alors que M. Urs Schaller était déjà président du conseil d’administration. J’ai l’impression que ce conseil se considère comme un organe externe, or il semble que les administrateurs ont aussi été les destinataires des documents analysés. Que savait-il vraiment?»

Jean-Pierre Grin (UDC/VD) salue la réaction: «On aurait pu réagir plus tôt. On constate que ces problèmes n’étaient pas de simples oublis. Il faut rétablir la confiance. CarPostal est un acteur important des transports publics de ce pays. Sur les marchés publics il doit suivre les règles du jeu.»

Pour Daniel Brélaz (Les Verts/VD): «Il y avait un système qui était en place, un comportement de groupe. Ce n’est pas un hasard si l’extension en France est abandonnée aussi, car à mon avis ces faits sont liés. Il fallait dégager des bénéfices en Suisse pour ce développement.»

Enfin, ancien président de La Poste, Claude Béglé (PDC/VD) n’est pas étonné: «Pour une fois on a soulevé le coin du tapis, et la poussière qu’on avait mise dessous est apparue au grand jour. Mais je trouve dommage pour Mme Ruoff, une femme intègre et compétente. Le problème n’a pas commencé avec elle et ne se terminera pas avec son départ. Il y a un problème systémique à La Poste, révélateur d’une culture très forte. On est en train de découvrir qu’elle doit fonctionner selon des règles juridiques et morales qui s’appliquent à toutes les autres entreprises.»

Une opinion partagée par Mathias Reynard (PS/VS): «À La Poste, il y a une culture d’entreprise qui doit changer. Il faudra remplacer Mme Ruoff non pas par un pseudo-manager, mais quelqu’un qui défend une vraie culture de service public.»

Créé: 12.06.2018, 08h11

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