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Berne Affaire de la main d'or: «On m'appelle pilleur de tombe»

Poursuivi par le service archéologique à qui il remis une main d’or exceptionnel, Massimo Beck a la moutarde qui lui monte au nez.

Le soutien de l'avocat Freddy Rumo

«M. Beck se montre particulièrement modéré compte tenu de l’injustice et de l’attitude hautaine du service d’archéologie bernois. M. Beck s’est comporté de façon exemplaire, ce qui n’est pas le cas du service d’archéologie qui, après avoir été immédiatement informé de l’objet et du lieu de la découverte, n’a rien fait pour protéger les lieux pendant de nombreux mois, alors que M. Beck avait pris la peine de communiquer les coordonnées exactes du lieu en question. Il n’est pas interdit non plus de se demander si cette attitude n’est pas destinée à soustraire l’Etat à l’obligation de récompense prévue par la loi dans un tel cas».

La réponse de l’archéologue cantonal bernois Adriano Boschetti.

-La deuxième perquisition témoigne-t-elle d’un acharnement?

«Cette perquisition n’a pas été portée à ma connaissance: c’est en toute indépendance que le Ministère public mène son enquête, à son antenne de Moutier. Il appartient à la justice d’établir qui a pillé le site de Prêles».

-Massimo Beck est appelé «pilleur de tombes», à qui la faute?

«Dans sa communication, le service archéologique n’a jamais mentionné son identité, ni celle de son acolyte. Il n’a jamais été question de donner une mauvaise image de lui: c’est Massimo Beck qui est allé au-devant du public».

-La poursuite pénale n’encourage-t-elle pas les chercheurs à conserver leur découverte?

«C’est un signal problématique, j’en conviens. Mais la plainte découle de la loi: jamais nous n’avons dénoncé un détectoriste qui nous apporte un objet trouvé même sans autorisation. Le problème ici n’est pas celui de M. Beck, mais celui du site de Prêles, pillé après la découverte de la main, comme en témoignent les trous relevés sur la parcelle».

-Êtes-vous en guerre contre les détectoristes?

«Pas du tout. Nous collaborons avec une cinquantaine d’amateurs, des bénévoles à qui des autorisations temporaires sont délivrées pour la fouille de parcelles bien délimitées, à des conditions bien précises. Un détectoriste peut représenter une menace pour la culture, mais aussi une chance! Il s’agit de travailler en bonne collaboration avec notre service».

-Massimo Beck assure ne pas chercher d’objets archéologiques!

«On risque détruire un site archéologique, quand on fait la détection. Le problème survient lorsqu’on creuse un trou pour retirer un objet. M. Beck est présumé innocent jusqu'à preuve du contraire».

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La découverte d’une sculpture exceptionnelle par deux détectoristes amateurs tourne au vinaigre pour celui qui publie des vidéos de ses recherches: Massimo Beck (47 ans) est visé par une enquête pénale, au contraire de son compagnon de détection. L’automne 2017, ces deux chercheurs avaient pourtant remis spontanément au service archéologique bernois la désormais célèbre main d’or de Prêles (BE).

«Notre découverte réécrit l’Histoire, puisque la main de bronze ornée d’or est vieille de 3500 ans, alors que les historiens ne remontaient que de 2’500 pour cette technique», s’enthousiasme Massimo Beck. Un enthousiasme douché par la plainte dirigée contre lui: lundi dernier, ce représentant a subi une deuxième perquisition à son domicile: «Trois policiers sont visiblement venus récupérer des vidéos égarées par la justice», conclut-il.

Aucun trésor

«Les enquêteurs pensent que je suis retourné creuser le champ, mais ils n'ont trouvé aucun trésor chez moi», résume Massimo Beck. La parcelle a bel et bien été fouillée après la découverte initiale, mais le détectoriste de Courtelary nie toute implication. Il relève que la région est constamment ratissée par des détectoristes à la recherche de météorites, une particularité confirmée publiquement par le maire de Prêles.

Le service archéologique bernois reproche à Massimo Beck de procéder à des fouilles sans autorisation. «Je n’effectue pas de fouille archéologique, mais de la détection de loisirs dans des champs agricoles», dit-il. La différence réside dans la profondeur: 50 à 150 cm pour la couche archéologique, 20 à 30 cm pour la couche agraire,

De la ferraille

«Mon hobby me rapporte... de la ferraille: les agriculteurs sont ravis d’en être débarrassés. Et quand je trouve une pièce de cent sous, je la glisse dans la tirelire de la gamine», raconte le détectoriste de Courtelary.

«Si on n’avait pas découvert la main, la charrue d’un paysan aurait fini par la détruire. Elle aurait aussi pu être trouvée par des personnes moins scrupuleuses», relève Massimo Beck. Qu’a-t-il fait faux? «Rien, pas même de l’avoir sortie de terre. Comme la partie dégagée de la main ressemblait à une canette déchirée, il fallait bien l’extraire du sol pour en avoir le coeur net!».

Sans surveillance

Après la perquisition de lundi à son domicile par trois policiers, Massimo Beck contre-attaque: «Si un pillage a été commis, c’est parce que pendant huit mois, le site a été laissé sans surveillance», assène le détectoriste que le procureur n’a pas encore entendu.

Après le passage d’un ou plusieurs pillards, les archéologues ont encore découvert d’autres objets, comme une spire à cheveux , des fragments d’or et des ossements dans une terre visiblement remuée par le passage répété d’anciennes charrues.

Activité légale

«Je pratique une activité légale avec le matériel adéquat. Où est le problème, sinon que les détectoristes donnent du travail aux archéologues?», s’interroge Massimo Beck. Dénoncé par le service archéologique bernois, Massimo Beck vit des situations qu’il juge «désagréables», voire «dommageables»: «On m’appelle le pilleur de tombe. C’est arrivé chez un client, non sans humour, mais ça fait mal», dit-il.

Pour lui et sa famille, la plainte n’assombrit pas totalement la joie d’avoir trouvé la sculpture qui passe pour la plus ancienne d’Europe. «Quel bonheur de la voir au musée!», témoigne sa conjointe Sandra Chiha en montrant des selfies réalisés au «Nouveau musée biennois». Massimo Beck fait sienne la citation d’Indiana Jones: «Sa place est dans un musée»...

Invitation thurgovienne

Autre sujet de satisfaction: l’invitation que lui a adressé la commune de Wilen bei Wil (TG) par son historienne, sous la supervision du service archéologique thurgovien: «Alors que Berne veut empêcher mon activité, Thurgovie l’encourage», constate le détectoriste de loisirs, en relevant les disparités cantonales. «Dans certains cantons, mon activité est associée à de la diablerie», dit-il.

«D’autres que moi auraient pu vendre une main qui vaut des millions. Mais moi, je sais que bien mal acquis ne profite jamais! Cette découverte appartient au patrimoine commun», assure Massimo Beck. Son sentiment: «Derrière la plainte dirigée contre moi se cache peut-être la volonté de soustraire à une récompense».

Mauvais réputation

Le souhait de Massimo Beck? Sa réponse est laconique: «Que ça se termine bien!.». Mais vu la mauvaise réputation qui lui est faite, une contre-plainte contre le chef du service archéologique bernois n’est pas exclue.

«On m’a traité comme un délinquant, on m’a sermonné comme un enfant», déplore Massimo Beck, reçu avec ce qu’il appelle de la «suffisance» quand il a remis la main d’or à qui de droit.

Créé: 17.10.2018, 10h08

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