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Suisse Affaire Pitteloud: les deux Kényans font recours

Dans l'affaire de l'ancien ambassadeur suisse Jacques Pitteloud, les deux frères kenyans ont décidé de recourir au Tribunal pénal fédéral.

C'est la deuxième fois que le MPC renonce à ouvrir une enquête sur Jacques Pitteloud.

C'est la deuxième fois que le MPC renonce à ouvrir une enquête sur Jacques Pitteloud. Image: Keystone

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L'affaire Pitteloud, du nom de l'ancien ambassadeur de Suisse au Kenya Jacques Pitteloud, n'est pas terminée. La partie plaignante - deux frères kenyans - fait recours au Tribunal pénal fédéral (TPF) contre la récente décision de classer le dossier, a indiqué mardi leur avocat.

Le procureur extraordinaire du Ministère public de la Confédération (MPC) Eric Cottier avait annoncé il y a une semaine avoir classé la procédure. Jacques Pitteloud, actuellement directeur des ressources humaines au sein du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), est soupçonné de tentative de contrainte dans le cadre d'une médiation avec deux ressortissants kenyans.

Poursuivis en Suisse pour blanchiment, ces deux frères affirment avoir été l'objet de pressions de la part du diplomate suisse lorsqu'il était ambassadeur à Nairobi. Il leur aurait proposé d'abandonner les poursuites en Suisse en échange de 50 millions de francs.

Actes licites

Eric Cottier, nommé procureur extraordinaire par l'Autorité de surveillance du MPC, devait examiner le bien-fondé de ces accusations. Après 16 mois d'instruction, il a abouti à la conclusion que les actes de Jacques Pitteloud étaient licites. Ils ne «réalisent pas les éléments constitutifs de l'infraction envisagée».

Le procureur extraordinaire a en conséquence ordonné le classement de la procédure, dont les frais sont laissés à la charge de la Caisse fédérale. Mais la partie plaignante et son avocat ne partagent pas cet avis: ils estiment que les actes de M. Pitteloud n'étaient pas licites et ont donc décidé de faire recours auprès du TPF.

Menace «grave et sérieuse»

«Après avoir admis que mes clients ont fait l'objet d'une menace grave et sérieuse, le procureur a simplement estimé qu'ils ne s'étaient pas sentis menacés, parce qu'ils n'ont pas réagi immédiatement. Cette conclusion est incompréhensible», a indiqué l'avocat des plaignants, Gérald Page, à l'ats.

Et d'ajouter que «lorsqu'un ambassadeur suisse, ancien des services de renseignements, abusant de son titre officiel, se rend au domicile d'hommes d'affaires honnêtes, jamais condamnés, pour les menacer de bloquer tous leurs avoirs et toutes leurs activités dans le monde entier par des procédures pénales, n'importe qui se sentirait illégalement menacé».

Jacques Pitteloud n'a pas été capable, dans la procédure, de citer un seul fait qui aurait justifié le paiement du montant exorbitant de 55 millions de dollars qu'il exigeait, poursuit l'avocat. «Il a prétendu faussement et sans aucune preuve qu'il agissait non pas comme représentant de la Suisse mais pour le compte de diverses autorités du Kenya».

Certains représentants du DFAE semblent penser que lorsque la procédure judiciaire n'aboutit pas, il faut employer d'autres méthodes, critique Me Page.

Agi «légalement et sur instruction»

Jacques Pitteloud, qui accuse certains médias de l'avoir traîné dans la boue, s'est défendu dans l'émission «Forum», sur les ondes de la RTS: «J'ai agi légalement et sur instruction, en collaboration avec le MPC». Il a aussi rappelé que la justice a rendu deux fois une verdict d'innocence et que le conseiller fédéral Didier Burkhalter l'avait aussi défendu.

C'est en effet la deuxième fois que le MPC renonce à ouvrir une enquête sur Jacques Pitteloud. Il avait déjà refusé en mars 2016 d'entrer en matière sur une plainte des deux Kenyans. Mais la Cour des plaintes du TPF avait accepté leur recours et demandé en juin au Parquet fédéral d'éclaircir la question de la tentative de contrainte.

Le MPC avait refusé, pour éviter tout risque de partialité, de se prononcer sur les accusations portées contre l'ambassadeur et demandé la nomination d'un procureur extraordinaire.

Dans son arrêt, le TPF avait évoqué un échange de SMS qui avait eu lieu en mai 2014 entre le Valaisan et les deux Kenyans après que l'ambassadeur avait présenté son «offre». «J'attends toujours, l'horloge tourne, j'en ai peur», avait écrit le diplomate. Dans la presse kenyane, Jacques Pitteloud avait expliqué avoir agi à titre personnel. Il a ensuite précisé avoir suivi des instructions du MPC. Mais ce dernier a affirmé, oralement et par écrit, n'avoir donné aucun mandat, ni aucune instruction à l'ambassadeur.

Carrière militaire et DFAE

L'ancien agent secret Jacques Pitteloud est un personnage haut en couleurs. A l'issue de sa carrière militaire, le Valaisan, alors âgé de 38 ans, était devenu, en 2000, le premier coordinateur des services de renseignement de la Confédération.

Après plusieurs pannes de coordination et d'information, les services de renseignements ont été réorganisés et soumis à un état-major de crise. Après avoir quitté son poste, M. Pitteloud avait rejoint le DFAE en 2006. (ats/nxp)

Créé: 24.04.2018, 11h48

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