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Franches-Montagnes (JU) Une affiche détournée crée la polémique

En détournant une œuvre emblématique de l’esprit jurassien, l’artiste Philippe Queloz provoque une vive controverse.

Pour illustrer son combat contre les éoliennes, Philippe Queloz en a dessiné plusieurs dans le paysage de Coghuf.

Pour illustrer son combat contre les éoliennes, Philippe Queloz en a dessiné plusieurs dans le paysage de Coghuf. Image: Laurent Crottet

L'original (Coghuf) (Image: DR)

La reprise (Philippe Queloz) (Image: DR)

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Des potences dans un paysage dévasté: l’œuvre originale et engagée de Coghuf, de son vrai nom Ernst Stocker, est une icône aux Franches-Montagnes. Symbole de la lutte contre l’armée qui voulait implanter une place d’armes sur ce haut plateau, cette affiche de 1963 incarne un esprit rebelle et tenace, un souffle de résistance et de liberté.

«Un esprit qui s’essouffle», regrette l’artiste Philippe Queloz. Farouchement opposé aux éoliennes, ce dernier en a disposé plusieurs dans le paysage de Coghuf pour illustrer une annonce destinée à la presse jurassienne. Une initiative qui a fortement déplu au fils du peintre bâlois, mort en 1976: «Comment est-il possible d’utiliser cette affiche (…) pour une tout autre cause?» s’est indigné Alain Stocker dans une lettre ouverte publiée samedi dernier.

«Mépris» dénoncé

«Avoir été contre la place d’armes ou être contre les éoliennes, dix fois plus monstrueuses, c’est une cause commune en faveur du paysage», réplique Jean-Daniel Tschan, président de l’association Librevent, qui dit avoir grandi «dans le culte de Coghuf». Aux Bois, où il réside, Alain Stocker dénonce un «mépris» et un «manque de loyauté» qui iraient «à l’encontre du caractère des gens d’ici». Mais, à Saint-Brais, Philippe Queloz persiste et signe: «L’éolien, après l’armée, c’est une nouvelle forme de colonisation, motivée par la spéculation et l’industrialisation.»

Selon Alain Stocker, l’œuvre paternelle est «balafrée» et «usurpée». Juridiquement, son opinion est défendable, une œuvre étant protégée 70 ans après la mort de son créateur. Spécialiste du copyright, l’avocat genevois Christian Pirker est catégorique: «On ne peut pas rallier à sa cause le pouvoir d’un emblème et son potentiel de ralliement.» La liberté de parodie peut difficilement être invoquée, selon ce juriste.

Politiquement, c’est une autre histoire: «L’affiche de Coghuf, maintes fois utilisée pour d’autres causes, y compris par son fils, c’est notre patrimoine», revendique Philippe Queloz. Son raisonnement: «Nous ne nous l’approprions pas, c’est Coghuf, dans sa générosité, qui nous en a fait don.» À ses yeux, l’association Librevent est animée par l’esprit qui a fait reculer l’armée, comme «un mouvement de lutte qui fait écho au combat contre la place d’armes». Son argument, puisé dans l’affiche de Coghuf, quarante ans après la restitution des terrains promis à l’armée: «Les éoliennes ajoutées sur l’affiche de Coghuf font écho à celles que promoteurs, spéculateurs et politiciens veulent ajouter à nos paysages.»

Créé: 27.01.2017, 06h41

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