Vendredi 16 novembre 2018 | Dernière mise à jour 10:50

Environnement «Les Alpes sont devenues une immense place de jeux»

Après un hiver rigoureux, la faune alpestre est très affaiblie. Mais pas de quoi déranger la Patrouille des Glaciers…

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En superposant le tracé de la Patrouille des Glaciers et la carte des zones de protection de la faune alpestre, on ne peut s’empêcher de constater qu’une partie importante du tracé traverse le district franc fédéral de la Dixence et effleure celui du Mauvoisin. Ces endroits sont pourtant considérés comme des sanctuaires pour la faune alpine. De mémoire de bouquetin, l’hiver 2017-2018 a sans doute été le plus rude depuis longtemps.

Rappel par communiqué

Cette situation exceptionnelle n’a pas échappé au Service valaisan de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF). Il y a quelques semaines, il a publié un communiqué rappelant aux usagers de la montagne la nécessité de laisser les animaux en paix, invitant «au respect de cette tranquillité lors de toutes activités extérieures». Sont visés en particulier les «promeneurs qui se déplacent en raquettes ou à skis de randonnée dans des zones d’hivernage des animaux». Sont menacés les chevreuils, cerfs, chamois, bouquetins, tétras-lyres et lagopèdes. Il met en lien une carte du Valais où l’on trouve les zones de protection.

Pourtant, depuis des semaines, entre Zermatt en Verbier, sur le parcours de la Patrouille des Glaciers, la montagne est un vaste chantier mêlant hélicoptères, mineurs d’avalanches et patrouilleurs à l’entraînement. Ce déploiement militaire n’est-il pas de nature à déranger la faune?

«Il n’y a pas de contradiction»

Au nom du SCPF, le biologiste Yvon Crettenand conteste: «Le parcours de la Patrouille des Glaciers ne traverse pas de zones problématiques pour le gibier en hiver, car la plus grande partie du tracé se situe à des altitudes élevées recouvertes de neige. Pour les secteurs à plus basse altitude, ce sont des parcours très utilisés qui suivent des routes ou des pistes de ski. Il n’y a pas de contradiction entre le respect demandé au public dans des zones où les conflits existent et sont bien réels, avec l’organisation de la PdG canalisée sur un tracé précis.»

Le professeur de biologie de la conservation de l’Université de Berne, Raphaël Arlettaz, reconnaît que les animaux sont plus bas, mais certaines espèces restent en altitude: «L’impact sur la faune sauvage des minages pour se prémunir des avalanches n’est pas connu. Deux espèces actuellement en déclin pourraient en pâtir: le lièvre variable et le lagopède alpin. Mais aucune étude ne s’est jamais penchée sur cette problématique.»

Et pourtant, l’Administration fédérale justifie le maintien des districts francs pour ces animaux-là: «Le grand tétras, le tétras-lyre et le lagopède profitent aujourd’hui des dispositions spéciales de protection», note-t-elle.

Tracé contradictoire

La secrétaire du WWF, Marie-Thérèse Sangra, reconnaît que la PdG fait du mieux qu’elle peut pour s’en tenir à son tracé: «Mais il est tout à fait contradictoire qu’il traverse les districts francs. Par ailleurs, il y a des effets induits. Durant les semaines précédentes, des centaines de coureurs envahissent la montagne de tous côtés.» Un constat partagé par Maren Kern, présidente de l’association Mountain Wilderness: «Les nuisances sont dues aux nombreux vols de transport et explosions, très importants en termes d’émissions sonores.» Pour elle, c’est le «gigantisme» de la manifestation qui est à revoir.

Raphaël Arlettaz estime que le problème est plus profond: «Randonnée à raquettes, peau de phoque, snowboard… Les Alpes sont devenues une immense place de jeux et de loisirs de plein air. La PdG est un épiphénomène. On a bien créé des zones de refuge hivernales pour la faune, mais, faute de contrôles et de verbalisation, celles-ci sont finalement peu respectées.» (Le Matin)

Créé: 18.04.2018, 10h53

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