Lundi 25 juin 2018 | Dernière mise à jour 02:38

Livre L'ancien «Roi-Soleil de la Poste» déballe tout!

En 2009, Claude Béglé avait tenu dix mois à la tête de La Poste. Le Vaudois raconte la bataille féroce qu’avait provoqué sa nomination.

Claude Béglé livre sa version des événements, dans laquelle on peut sentir la très forte culture d’entreprise du géant jaune.

Claude Béglé livre sa version des événements, dans laquelle on peut sentir la très forte culture d’entreprise du géant jaune. Image: Laurent Crottet

Claude Béglé «Un colis piégé. Choc de cultures à la Poste. Editions Favre. Lausanne.192 p. (Image: DR)

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Il avait travaillé dans les Postes française, néerlandaise et allemande, Claude Béglé avait été approché par des chasseurs de têtes en 2008 pour prendre la présidence du conseil d’administration de La Poste, pour succéder à Anton Menth.

Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger cherchait à l’époque à parachuter quelqu’un à la tête de cette grande maison, pour contrer l’influence de son patron incontesté, Ulrich Gygi. Mal lui en prit. Après dix mois de présidence, Claude Béglé devait démissionner, harcelé par les caciques de La Poste et la presse alémanique.

«État dans l’État»

Aujourd’hui, dans un livre, il livre sa version des événements de cette époque, dans laquelle on peut sentir la très forte culture d’entreprise du géant jaune, qu’il qualifie «d’État dans l’État»: «À mon avis, les erreurs que l’on déplore aujourd’hui à CarPostal sont le fruit de cette culture, le creuset dans lequel les malversations sont possibles. Les gens ne sont pas forcément malintentionnés, mais c’est le résultat d’un fonctionnement collectif: tant qu’on pense tous la même chose, on a raison.»

Claude Béglé se retrouve face à la direction de l’époque où dominent la personnalité d’Ulrich Gygi et ses inféodés. Dès l’annonce de sa nomination, à l’été 2008, il se fait attaquer dans la presse alémanique. «J’ai clairement mis les pieds dans une chasse gardée, constate-t-il, où on me fait sentir par tous les moyens possibles que je ne suis pas du tout le bienvenu.»

Une fois à la présidence du conseil, le 1er avril 2009, il se retrouve «dans une logique de clans et de confrontation», opposé au directeur général Michel Kunz. L’enjeu est notamment l’accélération de la fermeture des petits offices de poste. Mais, à la suite de nouvelles nominations au conseil, le Vaudois parvient à trouver une majorité et à prendre le lead. Cette situation lui vaut de nouvelles attaques dans la presse bernoise. La polémique entre les deux hommes enfle jusqu’à ce que Michel Kunz donne une interview dans un journal bâlois, le 5 décembre 2009. Il évoque l’introduction d’une taxe pour la livraison du courrier dans les boîtes aux lettres… Ce faux scoop fait l’effet d’une bombe, mais causera sa perte.

Le 14 décembre, Michel Kunz est poussé hors de La Poste. Mais ses amis vont réagir et Claude Béglé devient l’homme à abattre. Qualifié de «Nouveau Roi-Soleil de La Poste», le Vaudois se fait lyncher. «Blick» écrit: «Le pouvoir de Béglé augmente et, avec lui, le risque.» On l’accuse d’avoir des plans secrets à l’internationale. Dorénavant, début janvier 2010, il y a une affaire Béglé qui s’alimente chaque jour en Suisse alémanique. Tandis que «Le Matin» titre «Vive Béglé!»

Une ultime attaque du magazine «Bilanz» aura raison de lui. Le 19 janvier 2010, il démissionne, dix mois à peine après son accession à la présidence. «J’ai écrit cette histoire lorsqu’elle s’est passée, précise-t-il. Je ne l’ai pas publiée à l’époque pour ne pas donner l’impression de régler des comptes.»

Préserver l’ordre établi

Il reconnaît aussi avoir commis des erreurs par méconnaissance des usages de la Berne fédérale et ses réseaux: «Je ne voulais pas être réduit à un rôle purement passif comme l’aurait souhaité la vieille garde de La Poste.» Il reconnaît aussi qu’il s’est heurté à une culture monolithique: «Penser Poste, disait-on… Toute tentative était immédiatement étouffée par une politique de langue de bois visant à maintenir l’ordre établi.» Au-delà de ses tribulations personnelles, son livre se lit aussi comme une bonne introduction au fonctionnement de la Berne fédérale, où les luttes d’influences sont très fortes, mais sortent rarement au grand jour. (Le Matin)

Créé: 14.06.2018, 08h49

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