Mardi 7 avril 2020 | Dernière mise à jour 16:47

Suisse 2019, l'année des manifs pour le climat en Suisse

Jamais autant que cette année les Suisses n'auront manifesté. Le climat a le plus mobilisé, surtout chez les jeunes. Rétrospective.

Record à Berne

L'année 2019 va probablement entrer dans les annales de l'histoire comme étant celle du record du nombre de manifestations dans la capitale suisse. A fin novembre, Berne a compté 251 rassemblements sur la Place fédérale et dans ses rues. C'est 17% de plus que l'an dernier et sans compter les manifestations non autorisées.

Selon les autorités de la ville, la moyenne des rassemblements à Berne est de 230 par année, y compris ceux non autorisés. Même si les chiffres 2019 des manifestations non autorisées ne sont pas disponibles pour l'instant, le record sera très certainement atteint cette année, selon la police bernoise.

Les 251 manifestations autorisées de cette année, sur les onze premiers mois, représentent déjà le nombre le plus élevé depuis cinq ans. Ce chiffre élevé s'explique par trois thèmes rassembleurs dans leur polarisation et contestation: le climat, les guerres dans le monde et l'année électorale.

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Les manifestations pour le climat n'ont jamais été aussi nombreuses en Suisse que cette année. Comme lors de la grève des femmes, les jeunes ont été le fer de lance de cette mobilisation citoyenne. En tout, la capitale Berne a accueilli pas moins de 251 manifs sur la Place fédérale, du jamais vu (voir ci-contre). Les partis traditionnels sont restés hors jeu.

Selon un décompte de la télévision SRF, il y a eu 170 grèves du climat dans 60 localités du pays depuis le début de l'année, du jamais vu en Suisse depuis les manifs anti-atome des années 1970-80. «Les jeunes ont littéralement pris la rue», remarque Marco Giugni, professeur de sciences politiques à l'Université de Genève.

Sous l'effet «Greta Thunberg» et invoquant l'urgence climatique, ils ont réussi à donner à l'écologie une résonance maximum, alors même que cette cause n'avait jamais vraiment mobilisé les foules jusque-là.

Grève des femmes le 14 juin

La grève des femmes a également rassemblé quelque 500'000 personnes le 14 juin. Comme d'autres mouvements contemporains, ces deux manifestations ont pour point commun l'idée d'une action citoyenne là où la politique a échoué, poursuit le chercheur. La «grève», reprise par les activistes du climat, a dans la foulée perdu son sens d'origine lié au monde du travail pour devenir synonyme de résistance citoyenne et de mobilisation populaire.

Ces deux mouvements ont vraisemblablement contribué au succès vert et femmes aux élections du 20 octobre. Pourtant, les jeunes militants comptent bien rester en dehors du jeu politique. «La grève du climat ne soutient aucun parti et ne veut pas être cataloguée sur le spectre gauche-droite de la politique institutionnelle», indique Lena Bühler, gymnasienne à Berne et activiste de la première heure.

Le mouvement, qui a agendé une nouvelle grève nationale au 15 mai, a de fait décidé de ne contacter aucun parti pour cette échéance. En revanche, ils se sont tournés vers les syndicats, les organisations paysannes, les ONG pour les inclure dans la mobilisation. «Nous voulons élargir la base de notre mouvement, car le climat concerne tout le monde, jeunes, seniors, travailleurs ...», ajoute l'étudiante.

La société civile d'abord

L'USS a répondu présent à l'appel des jeunes. Les syndicats de la faîtière réfléchissent actuellement à la forme de contribution qu'ils apporteront, indique Dore Heim, secrétaire centrale à l'Union syndicale suisse (USS).

Mais l'USS se garde bien de parler de «grève», préférant l'expression légèrement plus édulcorée de «journée d'action». «Nous choisissons un chemin plutôt parallèle à celui des jeunes, sachant que ces derniers représentent une grande variété politique plus ou moins proche des syndicats». Il s'agit aussi de rester cohérent avec l'action syndicale, note Dore Heim.

Les partis sont quant à eux sur la touche. Ils sont bien sûr libres de se joindre ou non à la manifestation, mais les jeunes comptent d'abord sur la société civile.

Marco Giugni y voit une certaine défiance envers les institutions. Une posture quelque peu surprenante en Suisse, au pays de la démocratie semi-directe, comparé à d'autres pays comme l'Italie ou l'Espagne où la critique à l'égard des castes dirigeantes est très forte.

«Le paradoxe suisse»

«C'est le paradoxe suisse», selon le chercheur genevois. Les jeunes ne veulent plus des instruments comme le référendum ou l'initiative. Le vote est considéré comme trop réglementé, trop procédural, trop réducteur; ils lui préfèrent la démocratie participative et délibérative, et de plus en plus, à titre individuel, une implication personnelle au quotidien comme la consommation responsable.

Dans son ouvrage «La Suisse dans la rue», publié cet automne, Marco Giugni ne veut pas pour autant opposer la politique de la rue et la politique des urnes. «Il s'agit plutôt d'un élargissement de l'expression démocratique», analyse-t-il. Une partie des jeunes en âge de voter exercent d'ailleurs leurs droits.

Reconnecter le citoyen

Pour le politologue Nenad Stojanovic, il y a d'autres formes de démocratie participative. Il en a fait l'expérience récemment à Sion. Un panel de 20 personnes tirées au sort a étudié les différents aspects politiques, sociaux et économiques de l'initiative pour des logements abordables sur laquelle les Suisses voteront en février.

Le groupe, aidé par deux modérateurs neutres, a réuni dans un court rapport vulgarisé les principaux enjeux et arguments pour et contre qui sera envoyé à la population sans recommandation de vote. «Plusieurs participants se sont réjouis de cette nouvelle approche, y voyant une façon de se reconnecter à la politique», relate Nenad Stojanovic. Pour lui, l'idée pourrait avoir vocation à devenir une «école de la démocratie». (ats/nxp)

Créé: 26.12.2019, 11h08

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