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Suisse Les apprentis agriculteurs n'en peuvent plus

Certains jeunes renoncent à leur formation en raison de la pénibilité de la profession. Des exceptions, conteste l'Union suisse des paysans.

Ce sont surtout les exploitations où il y a du bétail que le travail est le plus dur.

Ce sont surtout les exploitations où il y a du bétail que le travail est le plus dur. Image: Keystone

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Pour de nombreux jeunes, le métier d'agriculteur, en contact permanent avec la nature et les animaux, représente une profession de rêve. Pourtant, ceux qui se lancent dans une formation déchantent souvent. En cause: plus de 55 heures de travail par semaine, parfois sans un jour de congé la semaine, même pas le dimanche. Du coup, ils seraient nombreux à stopper leur formation en cours de route, souligne le Blick lundi.

«Je devais souvent travailler aux champs jusqu'à 22 heures. J'étais totalement épuisé. Parfois j'étais même trop fatigué pour manger le soir», explique au journal Benno, 17 ans, qui devait en outre enchaîner 12 jours de travail de suite et parfois travailler avant d'aller aux cours. Le jeune homme, qui estimait n'avoir plus de temps pour ses loisirs et sa famille, n'a pas supporté le rythme. Il a mis un terme à son apprentissage après trois mois et changé d'orientation professionnelle.

55 heures par semaine

Alors que le nombre d'heures de travail est limité à 45 heures par semaine pour tous les autres apprentissages (maximum 9 heures par jour) et que le travail dominical est interdit, il en va tout autrement dans un contrat suisse de travail pour apprenti agriculteur qui prévoit 55 heures de travail par semaine et 1,5 jour de congé minimum.

Le salaire pose aussi des problèmes, explique le Blick. Un apprenti dans l'agriculture touche une belle rémunération, avec un minimum de 1160 francs par mois la première année. Sauf qu'il doit ristourner à son employeur jusqu'à 990 francs pour payer son gîte et le couvert. «Je travaillais comme un employé qualifié, mais je recevais un salaire de misère», critique ainsi Luca, un autre jeune qui a lui aussi mis un terme à son apprentissage.

Rien de nouveau, selon l'USP

Du côté de l'Union suisse des paysans, on reste calme. Pour son directeur, le conseiller national fribourgeois Jacques Bourgeois, ce que vivent les apprentis représente surtout «une situation que nous vivons tous au sein de l'agriculture», estime-t-il. «Du moment que vous avez du bétail et une production laitière, il faut travailler 7 jours sur 7 et ne pas compter ses heures», déclare-t-il en rappelant que ce métier a toujours été difficile. Il reconnaît toutefois que la société a évolué. «Aujourd'hui on ne veut plus se consacrer à 100% à sa carrière et on souhaite davantage de temps pour soi».

Quant au maigre salaire que perçoivent les apprentis, il est également à l'image de la profession, selon lui. «Par rapport à d'autres métiers comparables, comme celui d'horticulteur, nous gagnons 30 à 40% de moins», soupire-t-il.

Romands mieux lotis

Selon Martin Schmutz, responsable de la Divison Agriprof à l'USP, les cas des deux jeunes décrits par le Blick seraient toutefois des exceptions. La plupart du temps, cela se passe bien et les apprentis sont bien entourés. Il y aurait même moins de défection dans ce métier que dans les autres, selon les retours cantonaux que possède le responsable de la formation professionnelle, qui ne cite toutefois pas de chiffres.

En outre, les apprentis romands seraient mieux lotis. Ils travailleraient moins d'heures qu'en Suisse allemande. Ceci en raison des structures des exploitations davantage dévolues à la vigne et aux cultures en Suisse romande et plus au bétail en Suisse alémanique.

La relève n'est pas menacée

Pour le président de l’organisation faîtière de l’agriculture romande Agora, Laurent Tornay, il arrive que des jeunes arrêtent en cours de route. Mais ils appartiennent plutôt aux 20-30% d'apprentis qui ne sont pas issus du milieu agricole. «Ils peuvent être surpris par le travail considérable à faire dans une exploitation. Mais pour ceux qui viennent du familles paysannes, il n'y a pas de souci. Ils savent dans quoi ils mettent les pieds», raconte cet agriculteur valaisan. Et s'il y a des abus, ils peuvent être dénoncés par l'apprenti. Une commission professionnelle enquêtera alors sur sa situation et auprès du formateur.

Quant à l'avenir de la profession, Jacques Bourgeois estime que la relève n'est pas menacée. La preuve: les écoles d'agriculture sont pleines, ce qui montre l'intérêt des jeunes, affirme-t-il. Des propos corroborés par les chiffres: selon le Blick, le nombre d'apprentis est en augmentation ces 5 dernières années. En 2017, ils étaient 3045 à avoir entamé une formation de 3 ans contre 2730 en 2012, soit une hausse de 11,5%.

Créé: 26.03.2018, 14h13

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