Dimanche 22 juillet 2018 | Dernière mise à jour 05:21

Exclusif Burkhalter tacle les femmes

Le conseiller fédéral Didier Burkhalter sabre le concept diplomatique des «marrainages» si cher à Micheline Calmy-Rey. A-t-il un problème avec les femmes? Débat ouvert.

Image: Keystone

Les héritages de Micheline Calmy-Rey à la cave

La conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, avec sa poigne de fer, avait décidé d’inscrire dans sa politique sa sensibilité féministe. Elle était ainsi intervenue dans plusieurs registres au DFAE. En 2004, le 8 mars, journée internationale de la femme, elle avait lancé les «marrainages». Elle encourageait des députées à se montrer solidaires par l’acte d’autres femmes à travers le monde et s’engageait à soutenir les démarches.

«Les marrainages, c’était une spécificité suisse claire, parce qu’on avait une ministre des Affaires étrangères qui voulait aussi mettre l’accent sur ces programmes contre les violences faites aux femmes», résume Francine John-Calame (Verts/NE).


Autre héritage de Micheline Calmy-Rey: la parité dans le concours diplomatique. La Genevoise était même intervenue une fois avec fracas pour changer la sélection des candidats opérée par le comité responsable, et pousser en avant des femmes. Lors de la dernière volée, l’hiver dernier, cette parité n’a pas été respectée. «Le système 50%-50% de Micheline Calmy-Rey n’était pas juste. Mais avec les femmes PLR, nous avons quand même écrit à Didier Burkhalter. Car au final, lors du dernier concours, 3,5% des femmes ont été choisies, contre 10% des hommes qui avaient fait acte de candidature», indique Christa Markwalder (PLR/BE).

L'EDITO

Burkhalter et les femmes

Pas besoin d’être politologue pour le constater: il y a eu un gouffre entre Micheline Calmy-Rey et Didier Burkhalter aux Affaires étrangères. Les styles diffèrent, le ton diffère, les visions diffèrent. Mais en passant les clés du département à son collègue, Micheline Calmy-Rey n’avait sans doute pas imaginé que sa marque de fabrique soit si vite mise à la casse.

Sa marque de fabrique? Sa volonté de donner un visage plus féminin à la coopération et à la diplomatie helvétique. Ainsi la parité dans le corps diplomatique. Balayée. Ainsi, comme nous le révélons aujourd’hui, la formule des «marrainages», qui encourageait l’action de députées sur le terrain. A la poubelle. En une année, le conseiller fédéral Didier Burkhalter a revisité toutes les spécificités introduites par la Genevoise.

Chacun son style.Et celui de Calmy-Rey en a traumatisé plus d’un. Mais ce qui choque avec Didier Burkhalter, c’est la manière. Le Neuchâtelois met les deux pieds dans le plat sans s’en apercevoir. Il semble dire: pourquoi et à qui devrait-il rendre des comptes?

Plus piquant encore:le dernier examen de la Suisse par le Conseil des droits de l’homme a souligné en rouge les inégalités persistantes envers les femmes. Didier Burkhalter n’a pas entendu le message. Aujourd’hui, même les femmes de son parti commencent à se désolidariser. Le conseiller fédéral devra bien cesser de botter en touche. Au risque, sinon, de se retrouver affublé durablement de l’étiquette peu amène d’homme insensible.

Lise Bailat, Journaliste

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Le ministre Didier Burkhalter se met une nouvelle fois à dos la gent féminine. Après avoir coulé la parité dans les concours diplomatiques, le conseiller fédéral en charge du Département des affaires étrangères (DFAE) ne veut plus de la formule des «marrainages», comme l’a appris «Le Matin». Ce projet était l’une des fiertés de la politique de coopération de Micheline Calmy-Rey, qu’elle considérait comme une partie de son héritage. En 2011, avant de partir à la retraite, la Genevoise l’expliquait encore à Femina: «J’ai inventé la formule des marrainages avec les parlementaires suisses. Depuis le conflit en Bosnie, des femmes politiques suisses soutiennent, par des actes symboliques mais tangibles, des victimes de ces violences. Certaines sont allées sur place. Les politiciennes suisses sont aussi actives au Congo. Ces liens durent et j’en suis très fière, car il est rare de parvenir à attirer l’attention des médias sur ces questions de violences faites aux femmes.»

Spécificité helvétique

Les marrainages avaient aussi cours en Colombie. En neuf ans, quatre voyages ont eu lieu, ainsi que des rencontres dans notre pays. Une spécificité helvétique. Après le départ de Micheline Calmy-Rey, différentes élues se sont inquiétées à Berne de la pérennité de l’opération. Dont la conseillère nationale Francine John-Calame (Verts/NE), qui a participé activement aux marrainages: «Les femmes rencontrées étaient ravies de nous voir. Cela montrait qu’elles existaient aux yeux de l’étranger. Pour elles, c’est hyperimportant. Si elles perdent notre appui, la Suisse mènera un programme de coopération comme tant d’autres.» Un retour à la normalité qui se précise. A notre question, «les marrainages ont-ils encore cours»? Le DFAE répond en effet très diplomatiquement. «Il est important, dans notre travail de renforcement des droits de l’homme, de collaborer avec beaucoup d’acteurs. Dans ce contexte, nous réfléchissons actuellement à la manière de diversifier et d’élargir un engagement des députées et députés sur les thèmes de coopération et de promotion de la paix». Autrement dit, les marrainages tels qu’introduits en 2004 sont morts.

Didier Burkhalter veut-il à ce point se séparer de tout l’héritage féminin de sa prédécesseur? Certaines élues en sont persuadées. La conseillère nationale Christa Markwalder (PLR/BE) vole au secours de son ministre. «Je ne pense pas que cela soit le but de Didier Burkhalter ou que sa décision soit le signe d’une mauvaise volonté. Il s’agit peut-être plutôt pour lui de définir une nouvelle stratégie de politique internationale.»

Femmes PLR inquiètes

Reste qu’en se distanciant des «marrainages», une année après son arrivée au DFAE, Didier Burkhalter ne marque pas des points auprès des femmes. «J’ai l’impression que, pour lui, les projets «femmes» ne sont pas prioritaires. Regardez aussi ce qu’il a fait avec les diplomates», estime Maria Roth-Bernasconi. Même les femmes PLR ne sont pas contentes de la tournure prise au DFAE. «Nous avons écrit une lettre au conseiller fédéral Burkhalter suite au concours diplomatique pour lui faire part de notre incompréhension. Il nous a répondu qu’il était très sensible à la parité, qu’il souhaite l’égalité. Je ne pense pas que ce sujet ne l’intéresse pas, mais, du coup, je suis aujourd’hui très étonnée. Il faut reconduire ce programme de marrainages ou même de parrainages. Cela a du sens de promouvoir les femmes à travers la coopération», affirme leur présidente, Carmen Walker Späh.

Didier Burkhalter aurait-il un problème avec les femmes? La conseillère nationale féministe Maria Roth-Bernasconi (PS/GE) sourit. «En tout cas, aucune sensibilité par rapport à l’égalité! C’est une vraie émanation de son parti qui pense que l’égalité, ça vient tout seul.» Le vice-président du PLR, Christian Lüscher, réplique: «Didier Burkhalter a le souci de l’égalité des sexes. Il veut d’ailleurs rétablir l’égalité qui a été mise à mal par Micheline Calmy-Rey. La politique de cette dernière en la matière avait miné la diplomatie. Quand on supprime des quotas artificiels, on revient à la normale», souligne-t-il. Mais d’autres anecdotes courent dans la Berne fédérale, qui ne servent pas le Neuchâtelois. En arrivant au DFAE, il s’est séparé de son chauffeur, une femme, jusqu’alors au service de Micheline Calmy-Rey. Les raisons de ce geste restent obscures. A ceux qui se préoccupaient du sort professionnel des femmes de diplomates suisses envoyés à l’étranger, il aurait répondu: «Elles peuvent aussi faire du bénévolat.»

Sauf pour son épouse

S’il s’est mis les femmes à dos en politique, en privé il en va tout autrement. L’omniprésence à ses côtés de son épouse, Friedrun Sabine Burkhalter, qu’il a connue en stage linguistique à Londres alors qu’elle avait 16 ans, attendrit ou dérange, mais ne laisse pas indifférent. Les occasions de voir les Burkhalter main dans la main sont aussi nombreuses que sont rares celles de voir le ministre dans les médias. Une preuve, pour ses camarades de parti, que le Neuchâtelois est sensible aux questions de genre. «Il saute aux yeux que Didier Burkhalter n’est pas misogyne. D’ailleurs, on le voit fréquemment avec son épouse, ce qui démontre qu’il n’est pas antiféministe et ne veut pas cacher les femmes! Les griefs qui lui sont faits sont totalement absurdes», affirme Christian Lüscher. Entre la volonté rigide d’égalité de Micheline Calmy-Rey et l’insensibilité de Didier Burkhalter aux questions de genre, le juste milieu reste quand même à trouver. (Le Matin)

Créé: 18.01.2013, 11h24

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