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Débat sur le voile «La burqa? Mauvais combat, mauvais débat»

Présidente de la Commission fédérale contre le racisme, Martine Brunschwig Graf veut éviter que le débat sur le voile islamique dérape. Elle craint qu’on stigmatise les musulmans de Suisse.

Martine Brunschwig Graf: «J’aimerais que les autorités politiques suisses rappellent que les lois sont faites pour être appliquées mais qu’il ne faut pas en créer d’autres pour stigmatiser.»

Martine Brunschwig Graf: «J’aimerais que les autorités politiques suisses rappellent que les lois sont faites pour être appliquées mais qu’il ne faut pas en créer d’autres pour stigmatiser.» Image: Laurent Guiraud

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Interdiction de la burqa auTessin

Interdiction de la burqa auTessin Le Tessin s'est prononcé en faveur d'une initiative interdisant de dissimuler son visage en public.

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Dimanche 22 septembre 2013, le Tessin a interdit le port de la burqa dans l’espace public. Par ce vote, les Tessinois ont relancé le débat sur la place de l’islam, et ses traits les plus radicaux, en Suisse. Les Chambres fédérales doivent encore quittancer la «constitutionnalité» de ce texte approuvé par 65% des votants.

L’UDC songe à lancer une initiative au niveau national pour interdire le voile intégral, comme l’ont fait la France et la Belgique. La gauche aussi s’est lancée dans le débat: la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD) propose de punir les maris qui imposent des contraintes vestimentaires à leur épouse. Débat factice ou expression d’un vrai malaise parmi la population?

La présidente de la Commission fédérale contre le racisme, ex-élue fédérale du PLR, Martine Brunschwig Graf se démène pour apporter du calme, de la réflexion et de l’analyse dans un débat hautement émotionnel. Comme ce fut le cas mardi 1er octobre dans l'émission «Infrarouge» sur la RTS, lors d’un débat houleux et hors contrôle, la Genevoise a renvoyé dos à dos les incendiaires Oskar Freysinger et Nicolas «Abdullah» Blancho.

Le Matin – Le débat sur le voile islamique revient en force et la présidente de la Commission fédérale contre le racisme que vous êtes apparaît bien seule à prôner l’apaisement?

Martine Brunschwig Graf – Un des problèmes auquel nous sommes confrontés est que la communauté musulmane doit trouver des «musulmans citoyens» qui soient représentatifs. Faute de quoi tous les débats seront toujours dans l’excès. Excès de la part des gens qui viennent défendre leur pratique intégriste de l’islam auquel répond l’excès des gens qui stigmatisent la religion musulmane dans son ensemble.

Comme on a pu l’entendre, les médias ont-ils aussi une part de responsabilité?

Peut-être. Les médias n’aident pas parce qu’ils vont chercher des gens qui polarisent. Mais ce sont les musulmans de Suisse qui doivent se saisir du problème. Les autres religions ont réussi à se fédérer afin de pouvoir devenir un interlocuteur crédible pour les autorités et l’opinion publique. Quand il n’y a pas de référence, chacun peut dire n’importe quoi sans être contredit.

Vous parlez d’un débat né non pas d’une réalité observée, mais d’une opportunité politique à mettre en avant le sujet du voile islamique. Cela vous inquiète-il?

Je dis surtout que le discours des autorités politiques doit être clair. Dans le cas de la campagne de votation au Tessin, on a laissé disserter l’auteur de l’initiative contre la burqa ou les musulmans sans que personne ne rappelle qu’il s’agissait-là de discrimination qui n’avait rien à voir avec la sécurité, pourtant prétexte à l’initiative et au contreprojet. Le débat politique aurait dû être circonscrit, alors que seuls les propos extrémistes ont occupé le devant de la scène.

Le débat actuel stigmatise-t-il vraiment tous les musulmans ou uniquement les expressions extrémistes de cette religion?

Stigmatiser veut dire que l’on accuse implicitement ou explicitement tous les musulmans d’être extrémistes. On joue sur les mots, on laisse entendre qu’islam et fondamentalisme sont forcément liés et on permet à de plus en plus de gens d’affirmer que c’est la religion elle-même qui postule l’obscurantisme et la contrainte.

Mais certains traits de l’islam, ou des religions en général, ne sont-ils pas problématiques dans nos démocraties laïques ?

Voyez le cas de minarets. Celui de Wangen, que l’initiative voulait empêcher, n’a pas été construit. Non pas grâce à l’initiative, la demande de construction étant antérieure au vote, elle ne l’aurait pas empêché, mais parce que le projet n’était pas conforme à la loi actuelle sur les constructions. Ce qui permet de vivre ensemble, en démocratie, c’est l’Etat de droit. Il suffit de le respecter.

Qu’attendez-vous alors des autorités fédérales (mais aussi cantonales et locales) pour éviter que le débat dérape?

J’attends d’elles qu’elles rappellent les droits fondamentaux qui s’appliquent à tous les groupes de la population. Qu’elles soulignent aussi que l’immense majorité des musulmans vivent en bonne intelligence et respectent nos lois. J’aimerais qu’elles rappellent que les lois sont faites pour être appliquées mais qu’il ne faut pas en créer d’autres pour stigmatiser.

Et quels sont ces droits fondamentaux?

La liberté d’exercer sa religion est un droit fondamental. Celui de ne pas être discriminé en fonction de son origine, de ses convictions religieuses, de son sexe, notamment. Actuellement, les droits fondamentaux passent souvent au second plan et son singulièrement absents des discours politiques.

Le texte accepté par le Tessin est donc anticonstitutionnel ?

Le Parlement devra en juger. Pour l’heure, je constate qu’au Tessin comme ailleurs, on admet que la burqa ne fait pas problème et que les femmes au visage couvert sont rares. On a créé le problème pour mieux le combattre… Mauvais combat, mauvais débat.

Galerie photos sur le vote du Tessin

(nxp)

Créé: 03.10.2013, 13h43


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