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Hystérie Choquant «à l'insu de son plein gré»

La caricature de banquier d’un artiste romand suscite la polémique outre-Sarine. L’accusation d’antisémitisme laisse son auteur sans voix.

Et si le racisme n’était pas là où tout le monde le cherche?

Le dessin de presse est forcément injuste. Prenez les Papous. Il s’en trouve assurément pour avoir réussi une brillante carrière dans la finance. Pourtant, les chances qu’un caricaturiste les croque vêtus d’un étui pénien dépassent largement celles de les retrouver en costard-cravate.

C’est le revers de la médaille.?Pour être immédiatement compréhensibles, ces illustrations doivent faire appel à une symbolique parfois peu subtile ainsi qu’à des mises en scène qui n’ont guère changé depuis 50?ans. Pour les banquiers, le cigare et le haut-de-forme font partie de l’attirail.

Que cela puisse agacer fait partie du jeu. Ce qui inquiète, c’est que l’on se mette à analyser la forme du chapeau ou des yeux du moindre personnage de professionnel de la finance, pour voir s’il ne pourrait pas faire penser à un Juif. Rechercher des traces de judéité dans chaque portrait de capitaliste: n’est-il pas là le racisme?

En Suisse alémanique, les Jeunes socialistes n’ont pas résisté à la pression. Peu après avoir trouvé une caricature géniale, au point de la diffuser sur Facebook, ils se sont laissé convaincre qu’en fait elle était très vilaine et qu’il convenait de la rejeter très vite dans les poubelles du Web. Réactives, ces girouettes!

«Désolés», disent-elles. «On s’est rendu compte qu’on pouvait mal interpréter le dessin.» Mais c’est bien là le problème: la vie est question d’interprétation, et si l’on doit calibrer chaque propos en fonction de son éventuelle réception, autant ne rien dire.

L’affaire du dessin de Pigr dépasse l’anecdote. Elle raconte un monde où l’acceptabilité d’une affirmation ne découle plus de son intelligence, mais de l’hypersensibilité générale.

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Etrange dimanche que celui du caricaturiste Pigr, Igor Paratte de son vrai nom. Plus d’une semaine après la publication d’une représentation de banquier vorace dans le satirique Vigousse, cet artiste de Crans-Montana (VS) a découvert avec stupéfaction que les accusations d’antisémitisme pleuvaient sur lui en Suisse alémanique.

En cause: la diffusion, vendredi, de ce dessin sur la page Facebook des Jeunes socialistes suisses. Transmis et traduit par ses soins, le dessin du Valaisan y a rapidement suscité les critiques des internautes, qui voyaient dans les traits de ce financier à chapeau noir et à favoris une resucée des pires caricatures des années 1930. Un sentiment visiblement partagé par le conseiller administratif de la Ville de Genève, Guillaume Barazzone (PDC), auteur d’un tweet très énervé, hier.

Passé entre les gouttes

Mal pris, les jeunes du PS ont successivement retiré la caricature, puis présenté des excuses pour son caractère prétendument raciste. Sans avertir le principal concerné: «C’est tellement débile que je n’ai pas envie de me justifier, réagit Pigr. Si j’avais voulu dessiner un Juif, je lui aurais mis une kippa.» Il redoute que cette polémique détourne l’attention du sujet de fond du dessin: le vote du 28 février sur la spéculation alimentaire. Le rédacteur en chef de Vigousse, Stéphane Babey, n’est pas moins abasourdi. Il précise que son journal, pourtant passé au peigne fin chaque semaine par la ligue de lutte contre l’antisémitisme Cicad, ne s’est attiré aucun reproche lors de la publication de cette caricature.

«En voyant le dessin, je n’ai pas pensé une seconde à un Juif», réagit Mix & Remix. Il reconnaît cependant que l’association d’un chapeau bizarre et de favoris sur le personnage du banquier peut faire penser à des papillotes: «Mais il faut vraiment chercher la petite bête.»

Le problème, à en croire Bertschy, le papa du diablotin Nelson, c’est que beaucoup aiment à jouer les censeurs: «On se fait attaquer pour un oui ou pour un non. Il y a toujours une communauté mécontente.» Un défi auquel Ben a peut-être trouvé la parade: dessiner les requins de la finance en… requins. «J’espère juste ne pas me faire tomber dessus par une société de défenseurs des squales.»

Créé: 25.01.2016, 15h35

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