Jeudi 17 janvier 2019 | Dernière mise à jour 05:48

Justice La circoncision vire au cauchemar

Un enfant de quatre ans a eu le gland sectionné lors du rituel pratiqué chez un médecin spécialiste établi à Genève. L’affaire se retrouve au Tribunal de police.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il avait 4 ans lorsque son père, Algérien réfugié en Suisse, l’a emmené chez l’urologue pour sa circoncision rituelle. C’était le 31 juillet 2014, dans un cabinet d’une permanence à Genève. Le médecin a, à l’époque, 700 circoncisions à son actif, 2500 aujourd’hui. Les gamins viennent de toute la Suisse, de France voisine. Ce quinquagénaire d’origine italienne s’est retrouvé hier sur le banc des accusés du Tribunal de police de Genève, prévenu de lésions corporelles graves par négligence.

Devant les juges, le calvaire du petit apparaît au grand jour. Avant de monter sur la table d’opération, sa mère a appliqué une crème anesthésiante sur son pénis. L’intervention débute vers 20 heures sous anesthésie locale avec trois injections dans l’organe. Le père de l’enfant prend des photos, comme cela se fait souvent lors de telles interventions, censées être «une fête», pour reprendre les termes du médecin. Au moment de l’incision, le garçon bouge son bassin. C’est le drame. Le médecin tranche le gland de son pénis qui tombe à terre. Le père le ramasse et l’urologue entreprend de le recoudre. Seulement voilà, selon l’acte d’accusation du Ministère public genevois, la sonde vésicale posée n’est pas à la dimension adaptée: il y a rupture de stock depuis quinze jours. «Il aurait dû être immédiatement transporté aux HUG», constate la procureure Judith Lévy Owczarczak.

Le petit garçon n’arrivera finalement aux urgences pédiatriques que vers minuit, après que le médecin a tenté de trouver une sonde à l’hôpital et à la pharmacie de garde. «Le médecin a voulu cacher sa responsabilité», assure Me Jacques Emery, avocat des parents du garçon. Au contraire, réplique le défenseur de l’urologue, Me Charles Joye, «mon client a insisté pour que le petit soit emmené aux urgences». Et d’assurer que c’est bel et bien «un événement imprévisible» – en l’occurrence la prise des photos – qui a provoqué l’accident chirurgical.

Pour la procureure, le praticien a clairement violé les règles de l’art médical. À l’hôpital, où il est resté près d’un mois, le garçon a dû subir quatre opérations. Pendant des mois, il n’a pas pu uriner normalement. «Son jet d’urine était partagé en deux ou trois. À l'école, une toilette lui était réservée», déclare sa mère, reconnaissant que, depuis sa dernière opération, il y a quatre mois, cela va mieux. «La forme de sa verge est satisfaisante même si elle est un peu cabossée, mais il y a une perte de substance au niveau du gland», a témoigné un médecin qui ne peut pas quantifier, pour le moment, la perte de sensibilité.

La procureure Lévy Owczarczak a demandé un verdict de culpabilité et une peine de 240 jours-amendes à 200 francs. Une peine assortie du sursis avec un délai d’épreuve de trois ans. Le médecin, lui, plaide l’acquittement. Le jugement sera rendu prochainement. (Le Matin)

Créé: 29.03.2017, 10h43

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters