Mercredi 17 juillet 2019 | Dernière mise à jour 04:48

Énergie La colère souffle sur les hélices

Le combat contre l’éolien met le feu aux Franches-Montagnes, terre jurassienne de contestation.

Trois villageois aux opinions opposées habitent à moins de 300 mètres des deux éoliennes.

Trois villageois aux opinions opposées habitent à moins de 300 mètres des deux éoliennes. Image: Charly Rappo

L'édito: Produire pour et par une région

Pourquoi tant de résistance écologiste, alors qu’il s’agit de sortir du nucléaire? A Saint-Brais (JU), les éoliennes proches des habitations ont été sabotées. Elles font figure d’épouvantails. Mais pas seulement elles: le paysan qui a installé des panneaux solaires sur le versant nord d’un toit est accusé d’encaisser des subventions sans produire grand-chose…

Des éoliennes, quand on roule de Montfaucon à Saint-Brais, on en voit tourner une quinzaine au loin, sur les crêtes entre Mont-Soleil et Tramelan. Les promoteurs bernois ont-ils mieux négocié avec les habitants? Ou simplement mieux communiqué? C’est peut-être là le nerf de la guerre.

Tandis que le sabotage de vendredi dernier indigne jusqu’au ministre jurassien de l’Environnement, les deux principales figures du combat contre ces moulins des temps modernes passent leurs vacances l’un en Autriche, l’autre en Italie, des pays où les parcs éoliens sont immenses, mais assumés, loin des habitations.

Quand une société de Liestal (BL) produit à Saint-Brais de l’énergie verte achetée virtuellement à Zurich, il y a forcément quelque chose d’alémanique qui hérisse le poil d’un Jurassien. Le président des actionnaires parle d’un «acte politique inacceptable, tel que la Suisse ne connaît pas», ignorant par là même l’histoire d’un canton qui s’est aussi construit à coups d’attentats.

Pour faciliter l’émergence d’une énergie renouvelable, peut-être faudrait-il qu’elle soit produite par et pour ceux qui l’utilisent. Sinon, il subsistera en périphérie le sentiment d’être traités en citoyens de seconde zone. Le sabotage de vendredi dernier apporte de l’eau au mauvais moulin: il crispe chiens et chats au lieu de les rapprocher.

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Trois jours après le sabotage d’un parc éolien à Saint-Brais, tout semble calme aux abords des deux éoliennes de 120 mètres qui surplombent depuis 6 ans ce village, situé à 967 m d’altitude. Les lettres «FLS» grattées sur un caisson et un pylône par un activiste semblent faire écho au FLJ du Front de Libération du Jura d’avant la création du canton, mais personne ne sait s’il faut lire Front de Libération de Saint-Brais. Au pied de l’éolienne 1, la station électrique carbonisée est sanglée pour retenir la porte fracturée. L’incendiaire a aussi grimpé les quinze marches menant à la porte d’accès du pylône, pour arracher six lames métalliques sur la porte, sans parvenir à entretenir les flammes à l’intérieur.

Qui a accédé à cette prairie entre Saint-Brais et Montfaucon, vendredi soir, en passant vraisemblablement par un chemin d’accès compartimenté par trois clédars? C’est vers 20 h 30 que l’incendie de la production électrique a été signalé à la police jurassienne.

«La bise a soufflé durant un mois. C’est le vent qui a créé le plus de nuisances sonores», indique Jean-Daniel Tschan, président de l’association Librevent et fer de lance des opposants, en suggérant que «quelqu’un a peut-être pété les plombs». Depuis, les pales tournent lentement et inutilement. Face au chemin d’accès, en bordure de la route cantonale, deux habitants qui résident à moins de 300 m du parc éolien ont des avis diamétralement opposés: «Ce sabotage est une atteinte à la démocratie», dit la paysanne. «La démocratie n’a jamais existé», rétorque Claude Bourquard, luthier. «Quand le brouillard propage le bruit des pales, ça fait un boucan d’enfer. Et,, entre les pales, il n’y a pas de silence comme entre deux voitures», explique ce dernier. Hier, il n’avait pas connaissance du sabotage: c’est «Le Matin» qui l’a informé… La paysanne, elle, tient à son anonymat, par crainte d’embrouilles: «Ces éoliennes, je ne les remarque plus. Quand la bise les fait tourner plus vite, c’est que le temps ne permet pas de se tenir dehors.» Vendredi soir, comme les 220 villageois, elle a subi une coupure de courant d’une heure sans guère s’en formaliser.

Désaccord profond

Sur les réseaux sociaux, c’est l’artiste Philippe Queloz qui est montré du doigt, auteur d’une œuvre où les mots «désinformation», «colonisation», «industrialisation» et «spéculation» forment le mât et les trois pâles d’une éolienne. Sa maison affiche «Non aux éoliennes». «Quand j’ai appris le sabotage, je me suis dit qu’il servait la cause des partisans, pas celle des opposants», se défend le Jurassien. Le maire Fredy Froidevaux a dit son indignation au Quotidien Jurassien en évoquant les opposants: «Ces gens font eux-mêmes plus de bruit que les deux machines qui sont sur la colline!» Le conseiller national Eric Nussbaum a condamné le sabotage, ce à quoi Jean-Daniel Tschan rétorque qu’«il ferait mieux de produire l’électricité dans son canton et de ne pas créer de nuisances aux Jurassiens».

Ce n’est pas «Non», mais «Nein» qui a été tracé par l’incendiaire sur une plaquette, comme pour répondre dans la langue de la société ADEV Windkraft. «N’y voyez pas l’esprit des Franches-Montagnes. On ne veut pas passer une fois de plus pour des Indiens», implore une agricultrice, en précisant que le bénéfice généré par le parc éolien va à la commune, pas à un particulier.

Le fossé entre les partisans et les opposants du courant éolien se creuse dans tout l’arc jurassien, mais son symbole reste Saint-Brais en raison de la proximité du parc et du village. «C’est moins l’éolienne qui est combattue que le profit réalisé par l’homme», précise Claude Bourquard. Vous avez dit têtu? «Disons que dans ce petit coin de pays, nous sommes aussi bien éduqués qu’ailleurs, mais nous nous laissons moins manipuler», conclut-il en souriant.

Créé: 18.10.2016, 13h08

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