Jeudi 4 juin 2020 | Dernière mise à jour 00:00

Berne Le combat des langues perturbe le ciel suisse

Malgré les décisions claires du Parlement, l'anglais reste la langue obligatoire pour certains pilotes. Benjamin Roduit (VS/PDC) estime que l'Office fédéral de l'aviation civile manque de fair-play...

Le Parlement a été clair: les pilotes doivent pouvoir continuer à parler dans une des langues nationales et non pas uniquement en anglais. Pour Benjamin Roduit (PDC/VS), l'OFAC doit obtempérer.

Le Parlement a été clair: les pilotes doivent pouvoir continuer à parler dans une des langues nationales et non pas uniquement en anglais. Pour Benjamin Roduit (PDC/VS), l'OFAC doit obtempérer. Image: istock/Keystone

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«En Valais ce sont 150 pilotes qui sont cloués au sol à cause de cette réglementation, dont le Parlement a clairement exigé l'année dernière qu'elle soit revue. En attendant, l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) fait traîner les choses et invoque des procédures en cours pour ne pas accepter de dérogations. C'est être un peu mauvais perdant.» Le conseiller national Benjamin Roduit (PDC/VS) est remonté contre l'OFAC, qui peine à revenir sur sa volonté d'imposer l'anglais comme seule langue pour communiquer dans le ciel suisse.

Langues nationales interdites

Pour rappel, en juillet 2019 est entrée en vigueur une nouvelle réglementation visant à obliger les pilotes à parler l'anglais, ce qui revenait à interdire les langues nationales aussi pour les vols à vue non commerciaux. La Commission des transports et des télécommunications (CTT) du Conseil national a réagi rapidement à cette situation, exigeant un retour en arrière.

Contre la liberté des langues

La CTT estimait que ce règlement est contraire à la Constitution qui garantit la liberté des langues et l'absence de toute discrimination. Il engendrerait aussi une inégalité de traitement pour les petits aérodromes comme Sion ou Payerne, par exemple, «qui devraient communiquer en anglais avec le pilote d'un planeur qui souhaite atterrir, alors que celui-ci pourrait toujours utiliser sa langue nationale avec l'aéroport intercontinental de Genève ou avec l'aéroport de Lugano.»

Rattraper le retard en anglais

L'année dernière la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, en charge de l'OFAC, avait défendu le règlement comme une mesure visant à harmoniser le langage dans le ciel suisse et à augmenter sa sécurité. Elle admettait que certains pilotes seraient contraints «de ne pouvoir ni atterrir ou décoller sur des aérodromes contrôlés du fait de leurs lacunes linguistiques». A eux de les combler...

Simonetta Sommaruga désavouée

Simonetta Sommaruga s'était un peu moquée de Benjamin Roduit, qui lui faisait remarquer qu'environ 150 pilotes amateurs se retrouvaient ainsi cloués au sol en Valais à cause de cette règle: «Vous dites qu'aucun des 150 pilotes n'est capable d'apprendre 50 mots en anglais?» Cette remarque un peu maladroite avait sans doute irrité le Conseil national, qui a sommé le Conseil fédéral de revenir en arrière par 138 voix contre 13. Puis le Conseil des Etats à l'unanimité.

Manœuvres dilatoires ?

Depuis, des dérogations ont été demandées, notamment pour l'aéroport de Sion, mais l'OFAC met les pieds au mur car «des procédures judiciaires ayant un objet identique aux demandes de dérogation sont en cours sur certains aérodromes.» La loi l'obligerait ainsi d'attendre qu'un jugement définitif soit prononcé «avant de poursuivre le traitement des dérogations demandées». Pour Benjamin Roduit, il s'agit là d'un prétexte d'une «arrogance mal placée», car le Parlement a clairement décidé le retour des langues nationales pour les pilotes.

Eric Felley

Créé: 11.03.2020, 07h44

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