Lundi 22 juillet 2019 | Dernière mise à jour 23:29

Valais Contesté, un parc éolien d'altitude veut y croire

Le projet de parc éolien de la Combe de Barasson, sur les hauts de la commune valaisanne de Bourg-Saint-Pierre, soulève des oppositions des écologistes.

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Ciblés par les écologistes pour leur impact et des rendements trop faibles, les parcs éoliens d'altitude soulèvent doutes et oppositions. Les responsables rétorquent qu'«il faut construire les éoliennes là où c'est possible» et assurent que leurs objectifs de production sont réalistes.

Fin juin, des organisations écologistes ont fait recours au Tribunal cantonal valaisan contre un parc éolien prévu dans la combe de Barasson, dans la région du Grand-St-Bernard, à plus de 2000 mètres d'altitude. Ils dénoncent des atteintes à l'avifaune et au paysage pour une production attendue «très faible» du site situé sur les hauteurs du village de Bourg-St-Pierre.

«Le WWF est en faveur de l'énergie éolienne mais celle-ci doit être produite dans la vallée du Rhône, où il y a de forts rendements. Nous ne voulons pas de sites en haute montagne avec une faible productivité et qui mettent en danger la biodiversité», déclare à Keystone-ATS Marie-Thérèse Sangra, chargée d'affaires régionale de l'organisation écologiste.

Encore loin du compte

Mme Sangra s'appuie sur un autre cas valaisan, celui du parc éolien de Gries près du col du Nufenen, situé à 2500 mètres d'altitude, ce qui en fait le plus élevé en Europe. Or, les résultats y sont très inférieurs aux attentes, selon elle.

Les quatre éoliennes installées (une première en 2011, les trois autres en 2016) avaient pour objectif une production annuelle de 10 gigawatts-heure (soit 10 millions de kWh). Or, après les deux premières années d'exploitation complète, les résultats sont encore loin du compte, avec 7,8GWh en 2017, et même 5,3 GWh en 2018, selon les chiffres fournis par les exploitants.

Sylvain Grange, chef de projet auprès de la société SwissWinds, à l'origine des projets du Grand-St-Bernard et du Nufenen, souligne les variations de production importantes inhérentes à l'énergie éolienne. «Celle-ci peut connaître des écarts-types de plus de 40% par rapport à la moyenne à long terme», explique-t-il à Keystone-ATS. L'année 2018 a par exemple connu très peu de vent.

«On sait que la production éolienne en plaine est très régulière, en raison de la prédominance des vents thermiques. En montagne, il y a surtout des vents tempétueux, de bise ou de foehn, qui sont beaucoup plus aléatoires», ajoute M. Grange.

Les difficultés techniques

Reste qu'il est très difficile de construire de nouvelles installations en plaine, en raison de l'importance donnée en Suisse aux critères liés à la protection des animaux et du paysage, qui ont, remarque M. Grange, autant de poids que ceux liés à la production.

«Si un site présente une grosse activité de chauve-souris ou se trouve sur les routes migratoires des oiseaux, il ne se fera certainement pas. Il faut donc construire les éoliennes là où c'est possible».

Sylvain Grange pointe par ailleurs les difficultés techniques de l'exploitation en altitude, par exemple le givrage des pales en raison du froid, les turbulences ou encore l'accès difficile au site.

Un objectif «réaliste»

Le responsable se montre toutefois optimiste, l'objectif de 10 GWh au Nufenen étant «réaliste». «Lorsque nous aurons résolu les problèmes comme nous avons pu le faire pour la première éolienne installée en 2011, nos calculs montrent que nous pourrons atteindre une production d'environ 9,6 gigawatts-heure».

Au Grand St-Bernard, où SwissWinds devra attendre le verdict des tribunaux avant de lancer les travaux qui devraient durer deux ans, l'objectif de production n'est pas encore défini avec précision. Il devrait se situer entre 10 et 20 gigawatts-heure, et dépendra du nombre et de la taille des éoliennes.

Sylvain Grange est là aussi confiant. «Selon notre expérience, l'emplacement est plus favorable qu'au Nufenen, car la cuvette de Barasson engendre des vents unidirectionnels. Nous disposons par ailleurs de données très complètes sur ce site, basées sur de nombreuses années de mesure des vents».

Le soutien de Berne

En Suisse, seul 0,2% des besoins en énergie sont actuellement couverts par l'énergie éolienne. La Confédération, dans le cadre de la stratégie énergétique 2050, souhaite faire passer cette part à 7%.

Sur la question des parcs éoliens en altitude, l'Office fédéral de l'énergie (OFEN) relève lui aussi que pour juger de la qualité d'un site, il faut attendre plusieurs années d'exploitation. Mais sur des sites appropriés, on peut aussi atteindre de bons résultats dans l'espace alpin, l'exemple d'Andermatt (UR) en témoigne, selon lui.

«Les sites alpins ont l'avantage d'être plus éloignés des espaces habités que ceux situés dans le Jura ou sur le Plateau», relève la porte-parole Sabine Hirsbrunner. «L'OFEN ne voit ainsi pas de raison de ne plus soutenir des projets en altitude».

Pour la Confédération, les risques sont limités. Avec le système de soutien en vigueur, soit la rétribution de l'injection axée sur les coûts, seule l'énergie effectivement produite est payée. «Un parc éolien qui produit peu d'électricité recevra aussi moins de subventions», pointe Sabine Hirsbrunner. (ats/nxp)

Créé: 12.07.2019, 11h47

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