Vendredi 10 juillet 2020 | Dernière mise à jour 20:20

Berne Covid-19: «Cela fait beaucoup de monde à protéger...»

Les trois médecins romands du Parlement suivent avec intensité l'évolution de l'épidémie. Pour eux, les mesures prises sont justes malgré de nombreuses inconnues, notamment sur sa durée.

Michel Matter (VL/GE), Brigitte Cottaz (PS/VD) et Pierre-Alain Fridez (PS/JU), les trois médecins romands qui siègent à Berne, suivent le développement de l'épidémie avec une attention toute particulière.

Michel Matter (VL/GE), Brigitte Cottaz (PS/VD) et Pierre-Alain Fridez (PS/JU), les trois médecins romands qui siègent à Berne, suivent le développement de l'épidémie avec une attention toute particulière. Image: Alessandro della Valle/Keystone

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Michel Matter, vice-président romand de la Fédération des médecins suisses et membre de la Fédération des entreprises romandes, connaît son baptème du feu au Parlement avec l'épidémie du Covid-19. Aucun des aspects de cette situation n'échappe à ses réflexions. Avec sa double-casquette, il précise d'emblée: «La priorité c'est la santé, comme je l'ai dit pourla 5G, la santé avant le business...» Il se félicite qu'Alain Berset et l'OFSP ont pris les choses en main: «Pour la communication, c'est important d'avoir quelqu'un qui prend le lead, qui soit le pilote.»

Au service des autres

Son premier souci va au personnel soignant: «Médecins, infirmières, infirmiers, assistantes, tout le monde a son importance, ce sont des gens qui s'engagent. La plupart ont aussi des familles, des parents, des enfants... Mais c'est leur métier, ils se mettent aussi en danger au service des autres.» Pour cette raison, il défend l'apport indispensable du personnel soignant frontalier: «Jusqu'à nouvel ordre, toute personne en bonne santé, qui n'a pas de température ou de symptome, doit pouvoir passer la frontière.»

A partir d'un certain âge...

Le Genevois voit, plus loin, un impact social: «Je constate que cette épidémie renforce le lien transgénérationnel. Ce sont les personnes de 65 ans et plus qui sont à risque. Certaines sont en bonne santé à cet âge. Mais à partir de 75 ans, il n'y a plus grand monde qui ne fait pas de l'hypertension, du diabète, qui n'a pas de problèmes cardiaques ou vasculaires, etc... Cela fait beaucoup de monde à protéger.»

«Tout le monde reste sur les dents...»

Il reste qu'une épidémie, cela doit avoir un début et une fin. Michel Matter ne fait pas de prévision. Mercredi, Patrick Mathys de l'OFSP a estimé avec beaucoup de précaution que l'épidémie pourrait être derrière à fin mai.... Michel Matter, faisant référence aux deux courbes d'évolution publiées par «The Lancet» – «l'une en pain de sucre et l'autre en colline» – constate: «Dans les deux cas, la masse de gens au milieu est la même. Mais si la courbe est moins raide, la situation est plus tranquille... Enfin tranquille n'est pas le mot, car tout le monde reste sur les dents.»

Taux de décès bas en Suisse

Pour le conseiller national et médecin de famille Pierre-Alain Fridez (PS/JU), c'est un nouveau virus qu'on connaît peu: «On ne sait pas encore par exemple, s'il a la caractéristique de la grippe, qui diminue au printemps pour revenir à l'hiver. Aujourd'hui, on constate en Chine et en Corée le début d'une décrue, mais peut-être qu'on dépiste moins qu'au début.» Sur le plan suisse, le Jurassien se veut serein: «Je constate pour l'instant que le nombre de décès est bas comparé à l'Italie. Il faut rappeler que la plupart des gens ne risquent rien. Ils doivent surtout prendre les mesures d'hygiène et veiller à ce que chacun ne devienne pas un vecteur de transmission.»

Pas tous en même temps

La spécialiste vaudoise Brigitte Crottaz (PS/VD) observe l'inéluctable progression: «Nous sommes en pleine phase ascendante et la semaine prochaine on risque d'arriver à une saturation comme en Italie. Il faudra alors concentrer les forces des hôpitaux pour traiter les cas graves et arrêter les opérations électives. Entre-temps, il faut tout faire pour freiner l'épidémie, pour que les gens arrivent les uns après les autres dans les hôpitaux et pas tous en même temps.»

Le pic au début avril ?

Cela dit, Brigitte Crottaz ne se fait pas d'illusions: «Malgré nos mesures, on voit que l'épidémie prend le même chemin que dans les pays qu'elle a touchés. D'après les observations faites en Chine et en Corée, le nombre de cas a augmenté durant six semaines avant d'atteindre le plateau de la courbe. On peut dire en Suisse qu'elle a commencé à mi-février et qu'à fin mars ou au début avril, on devrait avoir atteint ce plateau.»

Mais rien n'est moins sûr. «Ce qui est impressionnant, constate-t-elle, c'est de penser qu'on se prépare depuis longtemps pour affronter un tel événement. On sait que cela va arriver un jour, mais quand cela se produit, on se rend compte à quel point on ne maîtrise pas tout...»

Eric Felley

Créé: 12.03.2020, 09h10

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