Lundi 10 décembre 2018 | Dernière mise à jour 11:13

Malaise Crans-Montana: mauvais karma pour Sion 2026

La fermeture abrupte des remontées mécaniques de Crans-Montana a provoqué un traumatisme en Valais. Le comité pour les JO relativise.

Le coup de l’homme providentiel…

L’arrivée du milliardaire tchèque Radovan Vitek à Crans-Montana aurait pu inspirer Friedrich Dürrenmatt pour un de ses livres. En investissant des dizaines et des dizaines de millions de francs en peu d’années, il a mis la main sur le pouvoir économique du Haut-Plateau valaisan pourtant habitué aux grosses fortunes. Les communes n’ont pas su ou pu se mettre à l’abri d’un actionnaire qui, jusqu’ici, s’était contenté d’investir sans vouloir se mêler de politique locale.

Mais l’argent est plus fort que la politique. Tout à coup, c’est la douche froide. L’homme providentiel décide de fermer les installations en pleines vacances de Pâques et en pleine campagne pour les JO! À ses yeux, les Valaisans seraient soit pingres, soit ingrats, ou les deux. Les installations seront probablement rouvertes ce week-end, mais cet épisode ne sera pas passé inaperçu, notamment dans le cadre de la candidature de Sion 2026, où Crans-Montana est la pièce maîtresse du ski alpin.

Que le propriétaire des remontées mécaniques puisse agir de cette manière imprévisible fait peser une drôle de menace sur la station. Radovan Vitek a sans doute fait une erreur d’appréciation. Sa lune de miel avec ses hôtes valaisans est, en tous les cas, bien ternie.

Avec ce énième couac autour de la candidature, les partisans de Sion 2026 doivent se demander s’ils ont la poisse. Pas une semaine ne passe sans qu’un événement vienne faire douter l’opinion publique sur la réelle capacité ou l’intérêt du Valais à revendiquer l’organisation des Jeux.

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L’ancien conseiller national Stéphane Rossini est intervenu sur Twitter pour ironiser: «Après l’aéroport de Sion, Crans-Montana ferme… Et ça veut organiser des Jeux olympiques…» Aussitôt la porte-parole de la candidature de Sion 2026, Romaine Jean, lui a répondu, rappelant la bonne organisation des Championnats du monde de Crans-Montana il y a un peu plus d’un mois…

En pleine campagne pour la votation du 10 juin sur Sion 2026, les opposants ont récupéré cette affaire où un actionnaire principal (le milliardaire tchèque Radovan Vitek) met la pression sur une collectivité publique en fermant ses installations. Crans-Montana est le site du ski alpin dans le dossier valaisan. Certains ont qualifié cette opération de «prise en otage» des skieurs.

Du côté de la candidature, on veut garder la tête froide: «C’est une affaire entre les communes et l’actionnaire principal, commente Romaine Jean. Et tout le monde espère qu’elle pourra être rapidement résolue. En ce qui concerne la candidature, nous rappelons l’organisation, il y a un mois, d’une manche de Coupe du monde dames à Crans-Montana sur deux jours, avec 16 700 personnes, sans la moindre fausse note.» Elle estime que ce type de problèmes est inhérent au projet. «Si Sion obtient les Jeux olympiques, il faudra s’attendre, en huit ans, comme partout ailleurs, à ce qu’il y ait toutes sortes d’événements. Aujourd’hui nous travaillons sérieusement sur le dossier de candidature, et Montana a prouvé qu’elle était capable d’organiser une manifestation enthousiasmante, avec de fortes retombées pour la population.»

«Mauvaise foi»

Les remontées de Crans Montana Aminona (CMA) connaîtront un deuxième jour d’arrêt jeudi. Mais le président de CMA, Philippe Magistretti, minimise le lien avec Sion 2026: «Je pense qu’il faut être un peu de mauvaise foi pour dire cela. Le problème n’a rien à voir avec l’engagement de CMA pour le ski et la compétition. Ce qui est frustrant dans notre différend avec la commune, c’est que cela fait huit mois que nous tournons autour du pot. Mardi soir, les écoles de ski m’ont appelé et, en une heure, nous avons trouvé une solution. Tout comme l’Office du tourisme en a rapidement trouvé pour amener les skieurs à Anzère. Par contre, avec la commune, cela traîne depuis des mois…»

Ce mercredi, l’Office fédéral des transports a exigé des explications de la part de CMA, lui rappelant son obligation de transport liée à sa concession. Philippe Magistretti espère que la situation pourra se débloquer rapidement. Il en appelle à une intervention du chef du Département de l’éducation et de l’Économie Christophe Darbellay. «C’est la seule personnalité que je vois, qui a l’autorité pour le faire.» Le conseiller d’État confirme qu’il est prévu de réunir les protagonistes autour d’une table aujourd’hui. Le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud, y participera. Il regrette que les opposants aux JO 2026 aient profité de cette affaire pour faire de la récupération, mais il reste surtout «choqué par la décision irrationnelle de CMA et par le manque de respect de la société vis-à-vis de ses clients».

Pour lui, ce doit être l’occasion d’établir une convention solide entre les communes et CMA, où «chacun a des droits et des devoirs. Nous sommes condamnés à nous entendre, en particulier pour les gros projets qui nous attendent comme les Jeux olympiques. Arrêter les installations sur un coup de tête, ce ne sont pas des choses à faire. Cela ne doit pas se reproduire.» (Le Matin)

Créé: 04.04.2018, 17h50

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