Mardi 20 février 2018 | Dernière mise à jour 19:36

Enlèvements d'enfants «Ce qui crée la psychose, c’est le doute, pas le fait»

En quelques jours, deux adultes ont été accusés à tort de s’en prendre à des élèves, dont un cas à Gletterens (FR). Cette psychose est-elle justifiée? Oui, pour la directrice de la Fondation pour la recherche d’enfants disparus.

Les tentatives  d'enlèvements d'enfants sont souvent des fausses rumeurs mal démenties par la police.

Les tentatives d'enlèvements d'enfants sont souvent des fausses rumeurs mal démenties par la police. Image: Keystone

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La semaine dernière, la presse révélait qu’un sexagénaire était accusé à tort par des enfants sur les réseaux sociaux d’être un prédateur sexuel rôdant aux abords de collèges du Val-de-Ruz (NE). Et on apprend ce mardi qu’un Chinois qui demandait son chemin a semé la psychose à Gletterens (FR) en abordant deux jeunes élèves et en tentant de les faire monter dans son véhicule. Tout le village a cru, à tort là aussi, à une tentative d’enlèvement.

Pour Diane Burgy, directrice de Fredi, la Fondation pour la recherche d’enfants disparus, international, basée à Belfaux (FR), rien de surprenant à ces réactions. Selon elle, avec les faits divers que les Suisses peuvent entendre dans les pays avoisinants, c’est normal que les parents s’inquiètent. «Pourquoi y aurait-il tellement de cas en France ou en Belgique et pas chez nous?», questionne-t-elle.

Police pas suffisamment transparente

En outre, la police n’est pas suffisamment transparente sur ce genre d’affaires, affirme-t-elle. Quand une rumeur circule, il faut qu’elle la démente mais avec plus d’arguments, selon elle. «Ce qui crée la psychose, c’est le doute, pas le fait. A chaque événement du type de celui de Gletterens, la police affirme qu’il s’agit d’une méprise, sans réellement expliquer pourquoi. Du coup, les gens n’ont plus confiance», critique-t-elle.

Pour Diane Burgy, il faut que la police donne immédiatement via un communiqué le résultat de ses enquêtes afin de rassurer la population. «Sinon les gens peuvent penser qu’on leur cache volontairement les choses. Trop de discrétion induit la méfiance.» Et de citer en exemple le cas neuchâtelois: « la police a bien dit que l’homme n’avait rien à se reprocher. Mais a-t-elle expliqué sa présence près des écoles? Non! C’est cela le problème. Or les gens ont besoin d’être informés clairement.»

Diane Burgy distille quand même quelques conseils simples de prévention dans un pays où l’on n’en fait pas assez, notamment dans les écoles. Pour éviter tout malentendu, notamment quand il s’agit de demander son chemin ou un renseignement, elle recommande une règle stricte : «un adulte s’adresse à un adulte, jamais à un enfant seul».

Apprendre à crier

Les enfants doivent également apprendre à se tenir, cas échéant, à distance respectable d’un véhicule qui s’arrête afin de ne pas pouvoir être saisis par l’un de ses occupants. Et surtout ils doivent apprendre à crier, hurler même en cas de problème, afin de se faire entendre.

Toutefois, rappelle Diane Burgy, ce sont les adultes qui sont responsables de la sécurité des enfants. «Un enfant vit le moment présent, il est donc capable de monter dans une voiture inconnue même s’il sait qu’il ne devrait pas le faire». Aux adultes donc de surveiller les jeunes, même s’ils n’en sont pas les géniteurs, estime la directrice qui en appelle à la citoyenneté : «un enfant est aussi notre enfant. Tout le monde en est responsable.»

D’autant qu’un enlèvement ou une disparition peuvent très vite survenir. «Il suffit d’une seconde d’inattention au supermarché par exemple, et le jeune n’est plus là», rappelle-t-elle. Dans ce genre de situation, il ne faut pas hésiter à crier fort pour ameuter le plus de monde, conseille-t-elle. «Mais souvent les adultes ne le font pas car ils ont peur de passer pour de mauvais parents», regrette-t-elle.

Suisse relativement épargnée

Néanmoins, le risque zéro n’existe pas. «Il y a 60% de comportements adéquats, mais 40% de malchance», dit-elle. Heureusement, souligne Diane Burgy, notre pays est relativement épargné par rapport à nos voisins. «Nous avons peu de surfaces inhabitées. En France, il est possible de traverser d’énormes étendues sans un chat. On peut donc faire subir n’importe quoi à un enfant enlevé sans que personne ne nous voie. En Suisse, c’est nettement plus difficile. Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons pas besoin d’être vigilant.» (nxp)

Créé: 13.02.2018, 17h23


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