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Poignant Darius Rochebin: «Ma mère a vécu un enfer»

Irène Rochebin avait fait partie des orphelins placés en institution dans les années 1950. Hier, la Confédération leur a rendu hommage. Le journaliste raconte pour la première fois.

Image: Christian Bonzon

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Une page sombre de notre histoire a resurgi hier lors d’un hommage officiel rendu par la Confédération aux enfants victimes de placements forcés ou d’internements. «Au nom du gouvernement suisse (…) je vous demande pardon», a déclaré à Berne Simonetta Sommaruga. Et la ministre de la Justice d’ajouter: «De nombreuses femmes et de nombreux hommes dans cette salle ont été maltraités physiquement et psychiquement, méprisés, humiliés ou abusés sexuellement.»

Pendant la moitié du XXe siècle, 100 000 enfants ont été placés dans des institutions, incarcérés sans jugement, parfois stérilisés ou abusés. L’histoire d’Irène Rochebin, la maman de Darius, présentateur vedette du TJ, illustre ces «enfances volées». «Ma mère, née en 1940, n’est plus de ce monde. Je pense qu’elle aurait été touchée par cette cérémonie officielle.» Le récit de Darius est bouleversant. «Elle était issue d’une famille que l’on qualifiait de «marginaux» au motif que ma grand-mère avait volé du linge à l’étendage. Du coup, ma maman a été placée en orphelinat de l’âge de 8 ans jusqu’à sa majorité.»

A son fils, elle confiera le récit de ces placements à répétition. «Il y avait les châtiments corporels, les coups, les douches glacées, les privations aussi, comme ce tout petit pot de confiture pour deux jours censé durer un mois. La discipline était organisée par les plus grandes sous un régime de terreur. C’était un monde d’une dureté extrême. L’isolement affectif était total.» Rares sont les permissions permettant de retourner dans le foyer familial. Et puis il y avait les travaux chez les paysans pour cette main-d’œuvre docile à bon marché. «La fille de ferme devait exécuter les tâches les plus ingrates.»

Grossesse à l’asile psychiatrique

Le sort va s’acharner lorsque Irène tombera enceinte de la demi-sœur de Darius. «C’est encore plus représentatif de cette époque. Elle avait rencontré un maçon italien à l’âge de 17 ans qui allait disparaître dans la nature. A cause de son simple statut de fille-mère, comme l’on appelait à l’époque les mères célibataires, ma mère a été criminalisée. Elle a subi un internement et a été maintenue pendant sa grossesse en asile psychiatrique. Cet épisode l’a poursuivie toute sa vie. Elle me racontait combien avait été difficile le fait de vivre cette période-là en entendant les cris des patients qui lui parvenaient depuis les autres chambres.» Le sentiment de peur ne l’a jamais lâchée. «Lorsque j’étais enfant, elle me disait: «Tiens-toi bien parce que l’on peut te retirer de force.» Pour moi qui ai eu une enfance tellement heureuse grâce à elle, cela paraissait impossible. Elle craignait d’attirer l’attention des autorités, de retomber dans la marginalité.»

Les livres avaient beaucoup compté pour cette femme autodidacte. «Elle avait une culture très solide. Je lui dois beaucoup, se souvient le journaliste. Je suis assez ému à l’idée qu’elle le serait elle aussi, en voyant qu’il y a enfin, aujourd’hui, une forme de reconnaissance de la part des autorités.» (Le Matin)

Créé: 12.04.2013, 14h05

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