Mardi 17 septembre 2019 | Dernière mise à jour 07:58

Grève des femmes Elle défile seins nus et subit «le sexisme» d’Yvan Perrin

Le politicien neuchâtelois a réagi à la photo d'une manifestante, poitrine dénudée, postée sur Facebook. Son commentaire: «La gravitation universelle est cruelle». «Le Matin» a interrogé la jeune femme et Yvan Perrin.

«On sait ce que je pense de la grève des femmes»



Yvan Perrin, vous vous trouvez beau?

Non!

Pourquoi s'en prendre au physique d'une manifestante?

À partir du moment où vous faites de votre corps un argument politique lancé dans l'espace public, il peut être débattu et critiqué, à l'exemple de la présidente de la Jeunesse socialiste Tamara Funiciello qui s'est mise en scène en brûlant son soutien-gorge pour la cause des femmes.

Vous n'allez citer que des femmes de gauche?

Je ne connais pas un homme de droite qui aurait utilisé sa plastique comme argument publicitaire.


Ndlr: en 2007, Yvan Perrin lui-même posait en simple slip sous l'ojectif du photographe Olivier Evard pour «l'Illustré». Le Neuchâtelois indiquait qu'en costume, en pantalon ou en maillot de bain, l'homme politique était un tout et soulignait que cette photo était à son avantage.

Pourquoi s'intéresser au physique des gens?

Je ne m'y intéresse pas, cela vient tout seul sur les réseaux sociaux.

Pourquoi critiquer le physique et pas l'opinion?

L'opinion, je l'ai déjà exprimée de manière générale: on sait ce que je pense de la grève des femmes.

Vous ne regrettez pas d'avoir dénigré cette jeune femme?

Je ne l'ai pas dénigrée, j'ai constaté un fait. Quelles que soient les raisons qui ont conduit à cette situation, le résultat a été mis en scène.

Seriez-vous prêt à lui envoyer un bouquet de fleurs?

Envoyer un bouquet de fleurs à une féministe? Surtout pas, malheureux! (ndlr: il manie l'ironie). Vous êtes le représentant de ce patriarcat intolérable contre lequel il y a lieu de lutter! Non! Non! Non! Mais j'aurais du plaisir à débattre.

Où est passée l'élégance chez Yvan Perrin?

«La bonne éducation, c'est du patriarcat. Aujourd'hui, il ne faut plus tenir la porte à une dame – ce que j'ai l'habitude de faire – pour ne pas la faire passer pour un être délicat».

En quoi avez-vous fait avancer le débat?

En quoi se balader seins nus fait avancer le débat? Discuter d'une égalité salariale, c'est une évidence, mais quand on lit des commentaires comme «bois mes règles» ou «bouffez nos clitos, pas nos salaires», ça fait avancer le débat? Ces dames se plaignent d'un manque de respect, mais quand vous êtes un homme blanc, hétérosexuel et chrétien, il ne vous reste qu'une chose à faire: c'est de vous pendre.

Vous critiquez aussi Poutine torse nu?

Non, je me dis qu'il y a encore à faire de mon côté... Poutine donne une image de la Russie solide et forte, mais je ne vois aucune cause qui me ferait défiler torse nu.

Faut-il être beau pour faire de la politique?

Heureusement pas (rire), ce serait fâcheux!... Ce n'est pas une condition, mais je pense que l'esthétique joue un rôle sur les affiches: quand vous voyez une jeune femme séduisante, vous regardez plus attentivement que si vous voyez un vieux notable sur le retour.

Si vous siégez à nouveau, allez-vous commenter le physique ou l'habillement de vos collègues?

Je ne l'ai jamais fait et je ne le ferai pas!

Qu'avez-vous fait le 14 juin?

La lessive (ndlr: il vit seul), mais je vous rassure, ce n'était le seul jour de l'année. Puis j'ai participé au repas de soutien des femmes UDC romandes.

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Le 14 juin, Océan prend part à la grève des femmes. Pour la Genevoise de 22 ans, les inégalités entre hommes et femmes ne se limitent pas aux évidentes différences salariales, mais ont également trait à la représentation des corps. La jeune femme choisit ainsi de marcher seins nus pour dénoncer l’hypersexualisation de la représentation féminine.

«Une image oppressante»

«L’image véhiculée dans les films, la publicité et les médias est extrêmement oppressante. Une femme ne peut pas «être» simplement. Il faut qu’elle se maquille, s’épile, s’habille d’une certaine manière, soit mince, grande mais pas trop, sexy mais pas trop… Ces contraintes poussent énormément de femmes à ne pas se sentir bien dans leur peau. J’ai défilé pour revendiquer la liberté et la beauté des diverses morphologies.» Océan se dit «déterminée à lutter contre l’enfermement des corps des femmes dans des canons de beauté absurdes et dégradants et souhaite que l’on s’habitue à voir des individus indépendants de tout impératif esthétique».

Seule et communicative

Vendredi, la gestionnaire de projets en développement durable ne parade pas aux côtés des blocs de manifestantes seins nus: «Ma démarche était personnelle. Si j’étais seule parmi la foule habillée, c’était pour montrer que c’est possible de se balader ainsi dans l'espace public sans honte. Et aussi pour faciliter le dialogue». Océan, libérée et pacifique, a ainsi pu échanger avec de nombreux manifestants. Mais pas que!

Sur le chemin de la Genevoise, une journaliste de Radio Lac l’interroge et la prend en photo. Cette image est postée sur le compte Facebook de la radio. Buzz assuré. Plus de 200 commentaires, dont des attaques sur le physique de la jeune femme. Parmi ceux-ci, celui d’Yvan Perrin: «La gravitation universelle est cruelle».

«L'affligeante bêtise d’Yvan Perrin»

Au lendemain de la grève, les posts ont l’effet d’une sacrée gueule de bois pour Océan: «Beaucoup de personnes ont jugé mon corps de manière très dégradante. Heureusement que j’ai confiance en moi et que je m'aime comme je suis!» Perrin était un nom inconnu jusqu’à samedi pour la jeune femme. Elle est aujourd’hui affligée par «la bêtise du politicien».

«Il fait partie des personnes qui pensent que les corps de femmes sont des objets que l’on peut se permettre de juger continuellement. Ceci est la preuve d’une grande bassesse et témoigne d’un sentiment de supériorité par rapport à autrui.» Océan indique toutefois «avoir de l’empathie pour ce monsieur qui doit beaucoup manquer d’amour pour lui-même et pour les autres».

Aucune excuse

Ce commentaire était-il une blague à deux balles d’Yvan Perrin? «Je n'ai pas cherché à être humoristique en publiant mon commentaire», soutient l'ancien conseiller national UDC, désireux de siéger à nouveau à Berne après avoir explosé en vol au Conseil d'État neuchâtelois, en raison d'une dérive alcoolique.

Rencontré chez lui, à La Côte-aux-Fées (NE), Yvan Perrin assume son commentaire. L'ancien inspecteur de police n'envisage pas une seconde de s'excuser. «Elle faisait partie d'une manifestation dont les revendications étaient très claires».

Un débat au ras des pâquerettes

Selon ses dires, Yvan Perrin n'avait pas l'intention d'apporter une pierre au débat, mais de commenter un élément de ce dernier qu'il situe au «ras des pâquerettes». Lui prétend «faire de son mieux pour mettre en avant la femme en général».

«Les problèmes des femmes méritent un débat plus élevé que la question de savoir où se trouve le clitoris», martèle Yvan Perrin, client de Facebook. À l'adresse de la brocardée, il assène: «Quand votre corps incarne un argument politique, il faut admettre qu'il soit débattu».

Des attaques sexistes

Une justification qui ne convainc pas le collectif genevois de la grève. «Les remarques qui tendent à hypersexualiser le corps des femmes sont la preuve que les problèmes de patriarcat et de sexisme perdurent», selon Aude Martenot, porte-parole du groupe. «Nous sommes outrées par les propos d’Yvan Perrin. Ils font partie des attaques sexistes que l’on dénonce. Nous soutenons la jeune femme face à un individu qui n’a visiblement pas encore mené un travail de réflexion personnelle à ce sujet».

Une égalité toujours pas atteinte

Pour les grévistes du bout du lac, «les dramatiques écrits du politicien montrent toutefois qu’une corde sociale sensible, relevant d’un problème fondamental est touchée». Aude Martenot ajoute: «C’est facile de se permettre ce genre de charges quand on est en situation d’oppresseur. Monsieur Perrin, lui, n’a pas à faire face chaque jour à une analyse critique de sa gestuelle et de sa manière de s’habiller ou de se tenir. Malgré son inscription dans la Constitution fédérale, l’égalité n’est malheureusement toujours pas atteinte.»

Créé: 21.06.2019, 11h33

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