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CarPostal Le dérapage coûtera cher

78 millions de subventions à rembourser, des enquêteurs à rémunérer: la facture sera salée. Et payée par le citoyen?

La directrice de La Poste, Susanne Ruoff, dit ne pas avoir été au courant des truquages et reste en place. Mais elle renonce temporairement à son bonus 2017.

La directrice de La Poste, Susanne Ruoff, dit ne pas avoir été au courant des truquages et reste en place. Mais elle renonce temporairement à son bonus 2017. Image: Photomontage Maxime Schmid - Gaetan Bally/Keystone

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Il y a des sorties de route qui finissent plus mal que d’autres. Celle, spectaculaire, de CarPostal risque d’avoir de lourdes conséquences. Même pour le porte-monnaie du citoyen.

Cette filiale de La Poste a caché les bénéfices qu’elle faisait sur ses lignes de transport subventionnées pour continuer à toucher ces subventions: 78,3 millions entre 2007 et 2015, payés par les cantons et les communes. Donc par les citoyens. Pour le conseiller national Jacques-André Maire (PS/NE), membre de la Commission fédérale des transports, c’est le statut même de CarPostal qui pose problème et qui a entraîné ces dérives: «C’est du service public à qui La Poste a fixé des objectifs de rentabilité globale.» Des activités rendues encore plus opaques par une manipulation à grande échelle: plus de 300 000 documents ont été saisis, auxquels pourraient venir s’ajouter 200 000 autres.

De nouveaux experts internes à La Poste, ainsi qu’un cabinet d’avocats et une fiduciaire, tous mandatés par Urs Schwaller, président du conseil d’administration de La Poste, vont les éplucher pour tirer l’affaire au clair. Des enquêteurs de luxe qu’il faudra payer, ce qui s’ajoutera aux millions que La Poste a promis de rembourser. Sans compter que tout le monde s’attend à ce que quelques millions supplémentaires aient aussi été détournés ces deux dernières années.

Avec plus de 500 millions de bénéfices, La Poste a largement les moyens de payer les pots cassés. Mais rappelons que, si le géant jaune n’est certes plus une société publique mais anonyme depuis 2013, la Confédération en reste l’unique actionnaire. Et que les millions qui serviront à rembourser les subventions et payer les coûts engendrés par l’affaire ni n’iront dans d’autres caisses fédérales, ni ne serviront à d’autres investissements. D’ailleurs, Urs Schwaller a bloqué jeudi tous les projets d’acquisition de CarPostal et ne lui a plus fixé d’objectif financier pour cette année «afin d’éviter les fausses incitations». On peut également craindre que, pour se refaire à l’avenir, on coupe dans les prestations ou les conditions de travail.

Ils touchaient des bonus

Quant aux dirigeants de CarPostal, ils ont vu leurs bonus 2017 bloqués. Car, oui, ils en touchaient. Si les bénéfices dissimulés n’ont pas directement fini dans leurs poches, ils ont servi à améliorer la marche de l’entreprise. Et donc probablement à augmenter ces bonus. «Une politique de bonus ne devrait pas être appliquée dans ce genre d’entreprises, regrette Jacques-André Maire. Est-ce cela qui a motivé ces truquages et a pu avoir pour effet pervers de casser les prix à l’étranger pour obtenir des marchés?» Car au volet suisse de l’affaire pourrait s’ajouter la facture française. CarPostal a été condamnée là-bas en 2016 à 11 millions de francs d’amende pour concurrence déloyale. Un recours a été déposé mais, s’il s’avère que les bénéfices cachés ont également permis de rogner les prix en France, il a peu de chances d’aboutir et il faudra payer.

Ne pourrait-on pas envisager, si des responsabilités sont reconnues et des condamnations prononcées, qu’une partie des sommes à verser ne vienne pas de l’argent de La Poste mais soit prise sur les anciens bonus? Si la directrice de La Poste, Susanne Ruoff, reste en place, elle a décidé de renoncer (enfin, le temps de l’enquête) à la part de son salaire variable de 2017. Ce qui représente tout de même plus de 300 000 francs, soit environ un tiers de sa rémunération totale.

Ce qui est sûr, pour Jacques-André Maire, c’est que, quoi qu’il arrive, «CarPostal ne sera plus jamais la même. Il faudra lui donner des objectifs clairs et un cadre contraignant. Mais elle pourrait aussi sortir très affaiblie de cette affaire et perdre des marchés.» Un nouveau directeur doit être nommé. «Il n’y a que des hommes alémaniques à la direction. Un ou une Latine serait bienvenu.» (Le Matin)

Créé: 17.02.2018, 09h56

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