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Enchères Des bijoux de Marie-Antoinette vendus à Genève

Sotheby’s va vendre à Genève la collection de joyaux des Bourbon-Parme, dont plusieurs ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette.

La reine n’a jamais porté son célèbre collier

L’incroyable affaire du collier a inspiré de nombreuses fictions: un roman d’Alexandre Dumas, des aventures d’Arsène Lupin et de «Blake et Mortimer», sans compter plusieurs films, dont un avec Hilary Swank. Ce collier de 1245 carats comportant 540 diamants a été réalisé par Boehmer et Bassange, joailliers de la cour, pour la maîtresse de Louis XV, Madame du Barry. Mais le roi meurt et c’est vers la nouvelle reine, Marie-Antoinette, que les bijoutiers se tournent. Elle n’en veut pas: trop cher! C’est alors qu’une intrigante, la comtesse de La Motte, monte une incroyable escroquerie. Faisant croire au cardinal de Rohan, battu froid par la reine, qu’elle peut le faire revenir en grâce, elle lui dit que Marie-Antoinette veut acheter le collier sans que cela se sache et qu’il servira d’intermédiaire. Pour le convaincre, on lui fait rencontrer secrètement la reine. En fait, il s’agit d’une prostituée qui lui ressemble. Le stratagèmefonctionne et le collier arrive dans les mains des complices de la comtesse, qui en vendent les pierres. Mis au courant, le roi et la reine, s’estimant bafoués, font arrêter le cardinal qui est jugé par le Parlement de Paris. Ce dernier l’acquitte, infligeant un véritable camouflet à Marie-Antoinette et salissant une image de la famille royale déjà bien ternie. La Révolution se nourrira de ces ressentiments, qui contribueront également à envoyer la reine sur l’échafaud en 1793.

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Ce n’est pas une révolution dans le monde des enchères, mais presque. Sotheby’s va proposer à Genève, le 12 novembre, une fabuleuse collection de bijoux surgie du passé. S’ils ont pu être portés lors de réceptions et dans le cadre d’événements privés, ils n’étaient plus apparus en public depuis plus de 200 ans.

Il s’agit de joyaux appartenant à la famille Bourbon-Parme, transmis à ses descendants de génération en génération. Des parures portées dans les cours de France, d’Espagne, d’Autriche et d’Italie. Et parmi les pièces les plus prestigieuses mises en vente, des bijoux ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette. Son goût célèbre pour les joyaux et son destin tragique donnent une valeur historique incomparable à ces trésors.

Cette vente est une surprise pour la joaillière genevoise Yaël Cantini-Baszanger, qui n’avait jamais entendu parler de cette collection. Elle qui est pourtant la descendante directe de Paul Bassange qui, avec Charles Auguste Boehmer, étaient fournisseurs officiels de diamants à la cour de Louis XVI et qui ont créé le fameux collier qui fit tant parler de lui (lire encadré).

Soustraits aux révolutionnaires

«Ce collier ne figure évidemment pas dans le catalogue de vente, puisqu’il fut démonté et dispersé. Mais il est possible que certains diamants vendus viennent de chez mon ancêtre, voire d’une version première du collier. Le roi a notamment offert à la reine, à la naissance du dauphin, deux diamants poires, en cadeau de relevaille, c’est-à-dire au moment où elle pouvait se relever après l’accouchement.» Des gemmes qui pourraient avoir été transmises aux héritiers, voire être remontées dans d’autres parures. À la veille de la tentative de la famille royale de fuir la France, en mars 1791, Marie-Antoinette passe des heures à emballer ses bijoux dans du coton avant de les mettre dans un coffre de bois. Si l’évasion du roi et de la reine s’arrête à Varennes, les joyaux, eux, échappent aux révolutionnaires et finissent par parvenir à l’empereur d’Autriche, neveu de Marie-Antoinette. Le couple royal guillotiné, le dauphin mort en prison à 10 ans, c’est Marie-Thérèse de France, seule rescapée, qui en hérite après avoir passé trois ans à l’isolement total avant d’être libérée et envoyée en Autriche.

Pour de riches collectionneurs

Elle-même n’eut pas d’enfant et léguera ses bijoux à sa nièce et fille adoptive, Louise de France, duchesse de Parme. Depuis, ces joyaux, ainsi que ceux d’autres branches nobles, sont restés dans la famille. Et c’est sans doute l’un des descendants qui les met en vente aujourd’hui sans que Sotheby’s n’en précise les raisons.

Une centaine de pièces seront proposées à Genève le 12 novembre. Certains bijoux témoignent également des liens de la famille Bourbon-Parme avec celle des Habsbourg, qui dirigea l’Empire austro-hongrois jusqu’en 1918. Yaël Cantini-Baszanger suivra cette vente avec intérêt, «mais je n’aurai pas les moyens d’acheter quoi que ce soit. Je pense que les musées non plus, malgré la valeur historique de ces pièces. Et je vois mal un autre bijoutier en acheter.»

Selon elle, ils finiront probablement chez de riches collectionneurs étrangers. S’ils sont passionnés d’histoire, peut-être les prêteront-ils pour des expositions. Et la République, mettrait-elle la main au porte-monnaie pour acquérir des vestiges de la royauté? Quoi qu’il arrive, Yaël Cantini-Baszanger a, elle, un privilège: elle peut à loisir admirer le fameux collier de la reine. Car sa famille possède l’une des trois répliques existantes (les deux autres sont aux châteaux de Versailles et de Breteuil). Mais les diamants sont faux, évidemment.

Créé: 15.06.2018, 17h21

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