Mardi 16 octobre 2018 | Dernière mise à jour 11:42

Religion La distribution de Coran dans la rue inquiète

«Lis!», l'action de distribution gratuite de corans dans les rues joue un rôle central dans la radicalisation de jeunes gens en Suisse, selon des spécialistes.

«Lies!» (en allemand) a été fondée en Allemagne par le germano-palestinien Abou Nagie. Elle s'est depuis étendue à toute l'Europe, avec des ramifications aussi en Suisse.

«Lies!» (en allemand) a été fondée en Allemagne par le germano-palestinien Abou Nagie. Elle s'est depuis étendue à toute l'Europe, avec des ramifications aussi en Suisse. Image: DR/www.diewahrereligion.eu

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Quel est le rôle joué par l'association «Lis!»? La question dérange, tant à la police, auprès des autorités municipales qu'au Service de renseignement de la Confédération. Et les réponses varient peu: «Nous ne pouvons pas nous exprimer à ce propos». Elle constitue une plateforme de rencontres, affirment des experts. Les moyens manquent toutefois pour une action en justice.

Du reste, distribuer gratuitement aux passants le coran ne contrevient à aucune loi, à l'image de la bible. La question de la légalité peut en revanche se poser pour l'organisation qui la distribue, dont le nom apparaît toujours plus en lien avec le processus de radicalisation des djihadistes.

«Lies!» (en allemand) a été fondée en Allemagne par le germano-palestinien Abou Nagie. Elle s'est depuis étendue à toute l'Europe, avec des ramifications aussi en Suisse.

Terrain favorable à la radicalisation

Les spécialistes sont plus loquaces que les autorités, à l'instar de Lothar Janssen, président de l'Institut suisse pour l'évaluation de la violence, qui ne prend pas de gants. «'Lis!'» joue un rôle considérable dans l'entrée dans le radicalisme. Et ce partout où il est présent», déclare-t-il à l'ats.

Il s'agit là de l'état actuel des recherches, incontesté parmi les spécialistes. «Ces gens distribuent certes le coran de manière sympathique, mais ils sont tout sauf gentils. Ce sont des manipulateurs», illustre M. Janssen.

Il ne faut en effet pas se voiler la face: «Lis!» est très clairement un mouvement salafiste, courant fondamentaliste de l'islam sunnite. Il collabore étroitement avec le Conseil central islamique suisse (CCIS), Lothar Janssen en est persuadé. «Ils mettent en place un terrain favorable à la radicalisation des personnes instables.»

Légalement, ils sont cependant intouchables. «Personne n'arrive à les confondre, il n'y a aucun moyen de les interdire», déclare Lothar Janssen. Ils progressent de manière très intelligente et s'appuient sur les droits fondamentaux garantis par la démocratie.

Il n'y a rien d'illégal dans leur action. Pour les traduire en justice, il faudrait prouver qu'ils incitent à la haine. Confronter l'organisation à ces reproches est difficile. Elle dispose certes d'un site internet, mais les appels sur les numéros de téléphones allemands qui y figurent restent sans réponse.

Réseaux

«Il vaudrait mieux interdire cette organisation», estime le journaliste et co-auteur d'un essai François Ruchti. Mais légalement, c'est très difficile. Avec l'ancien cadre des renseignements suisses Jean-Paul Rouiller, il a analysé les trajectoires de dix djihadistes suisses.

Lors de leurs recherches, les deux auteurs ont constaté que de nombreux adeptes du djihad de Suisses et d'Allemagne avaient fréquenté l'organisation «Lis!» avant leur voyage en Syrie ou en Irak. L'organisation compte de nombreux partisans du djihad violent, explique François Ruchti à l'ats.

Les sympathisants de l'EI peuvent très facilement y connaître des personnes qui leur fourniront des informations et des contacts pour le voyage. L'organisation joue le rôle de plateforme de rencontre et de mise en réseau.

Une relation directe entre l'action de distribution de corans et l'EI ou d'autres organisations terroristes n'a pas pu être officiellement prouvée, selon le co-auteur du livre «Le Djihad comme destin. La Suisse pour cible? Enquête sur les réseaux islamistes».

Liberté de religion

Contrairement à Hambourg, où les autorités de la ville ont interdit l'action «Lis!», pour le moment, il ne se passe apparemment rien en Suisse. Comme le montre l'exemple de la ville de Winterthour.

En février, les autorités ont arrêté une des figures centrales de la scène salafiste en Suisse, qui est également le fondateur présumé de l'antenne suisse de «Lis!». Fin juin, la ville de Winterthour a annoncé faire l'examen d'une interdiction de l'action de distribution de corans.

Interrogée par l'ats à la mi-septembre, la police de la ville de Winterthour confirme que l'affaire est toujours au même point. Une nouvelle demande d'autorisation pour des actions de distribution cet automne a été déposée, a déclaré la porte-parole de la police.

L'interdiction est encore en examen. Le thème a été un peu retardé. L'autorisation sera probablement accordée, car du point de vue légal c'est la liberté de religion qui prévaut.

L'association «Lis!» est notamment active à Zurich, Berne, Bâle et en Suisse romande. Nul ne sait combien de livres ont été distribués en Suisse. Plus d'un million d'exemplaires ont été distribués en Allemagne, selon le site internet de l'association. (ats/nxp)

Créé: 30.09.2016, 12h50

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