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Danger Le drame des «enfants depakine»

Un médicament contre l’épilepsie comporte de graves risques pour les fœtus qui y sont exposés. En Suisse, des parents d’enfants affectés lancent une association.

Les deux enfants de Régine souffrent de troubles cognitifs et moteurs en lien avec l’exposition à la Depakine.

Les deux enfants de Régine souffrent de troubles cognitifs et moteurs en lien avec l’exposition à la Depakine. Image: Sebastien Anex

En Suisse, impossible de connaître le nombre de femmes enceintes qui prennent de la Depakine. (Image: Maxime Schmid)

Risques pour les enfants exposés

3 à 4 enfants sur 10

Marche tardive: ces enfants marchent souvent plus tard, et sont atteints d’autres troubles moteurs.

Retard de langage: des capacités verbales (parole
et compréhension) diminuées ont été relevées, ainsi que
des troubles de la mémoire.

L’autisme infantile est 5 fois plus fréquent chez
ces enfants.

Q.I. limité: les enfants exposés à la Depakine ont un Q.I. inférieur de 7 à 10 points à celui des enfants exposés à d’autres antiépileptiques.

1 enfant sur 10

Spina Bifida: c’est une malformation de la colonne vertébrale pouvant entraîner des conséquences neurologiques importantes.

Malformations de la face et des membres: un faciès typique des enfants exposés à la Depakine a notamment été mis en évidence.

Malformations des organes internes: de graves malformations du crâne, du cœur, des reins, des voies urinaires et des organes génitaux ont été relevées.

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«J’ai eu l’impression d’avoir bousillé la vie de mes enfants.» Quand Régine Fivaz-Favez apprend que le traitement antiépileptique qu’elle prend depuis une vingtaine d’années est responsable des problèmes de ses deux enfants, c’est le choc.

L’aînée, 14 ans, souffre d’importants troubles cognitifs et est scolarisée dans un établissement spécialisé. Son frère, 12 ans, a marché tardivement et se déplace encore aujourd’hui sur la pointe des pieds, les bras près du corps. Tous deux portent sur le visage des indices de l’exposition au médicament: lèvre supérieure fine, nez un peu large, front bombé, yeux plus écartés que la moyenne. Ce qu’on appelle le «faciès Depakine».

Pendant ses deux grossesses, aucun des médecins qui suivaient Régine ni les pharmaciens qui lui délivraient le médicament ne lui ont parlé de ces risques. «Mon neurologue m’a seulement indiqué que la Depakine augmentait très légèrement la probabilité de spina-bifida, une malformation de la colonne vertébrale, explique la Vaudoise. Ce n’est qu’en 2015, lorsque j’ai souhaité mettre en route un troisième bébé, que le gynécologue m’a informée que les femmes enceintes ne devaient pas prendre de Depakine. C’est là que j’ai fait le lien.»

Soulagement pour les enfants

Pour les enfants, le diagnostic a été un soulagement: «Au début, ça m’a beaucoup énervée, j’en voulais aux médecins, raconte l’aînée. Et puis ensuite, ça m’a fait du bien de savoir. Jusque-là, je pensais que j’étais juste débile!»

Les enfants de Régine ne sont pas des exceptions. Selon Swissmedic, l’institut suisse des produits thérapeutiques, sur dix bébés exposés à la Depakine in utero, trois à quatre subiront de graves troubles du développement. Un sur dix présentera des malformations congénitales. Le médicament en question, commercialisé par le laboratoire français Sanofi depuis une cinquantaine d’années, est utilisé pour le traitement de l’épilepsie, mais aussi des troubles bipolaires.

En France, selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament, 14 000 femmes enceintes ont pris de la Depakine entre 2007 et 2014. Ce qui laisse présupposer plusieurs milliers de victimes. Plus de 2500 cas d’enfants malformés ou souffrant de troubles du développement, et 450 décès liés à la Depakine ont déjà été rapportés à l’association française de victimes Apesac.

En Suisse, il n’existe aucun registre des prescriptions. Impossible donc de savoir combien de bébés ont été exposés, ni la proportion d’enfants atteints de malformations. Swissmedic n’a reçu que 10 annonces spontanées de malformations congénitales dues à la Depakine depuis 1994.

Thierry Buclin, chef de la division de pharmacologie clinique du CHUV et responsable du Service suisse d’information sur les tératogènes, explique ce chiffre modeste par la réactivité du corps médical suisse. «Mon impression est que nous avons pris cela plus rapidement au sérieux qu’en France, où une certaine légèreté semble s’être maintenue, face aux dangers sur la reproduction de ce médicament produit par un des fleurons de l’industrie pharmaceutique française.»

Pour Régine et d’autres parents d’enfants atteints du «syndrome de la Depakine» en Suisse romande, ces 10 cas pourraient au contraire être l’arbre qui cache la forêt. C’est pourquoi ils ont créé une association, l’ASSAC, dans l’idée de faire connaître les risques liés à la Depakine et de s’entraider.

Sandrine Ballin, une des membres fondatrices, n’a été informée ni par son gynécologue ni par son neurologue que les malformations de sa fille, déjà détectées lors de la grossesse, étaient liées à la Depakine. «Elle est née avec une hydrocéphalie et une double malformation cardiaque. A la maternité, j’entendais le personnel l’appeler le «bébé Depakine», mais je ne savais pas ce que cela voulait dire. Je suis tombée des nues quand ils m’ont expliqué!»

Pas d’indemnisation en Suisse

L’entreprise pharmaceutique Sanofi affirme avoir «informé sur le risque de potentielles malformations du fœtus depuis le début des années 1980» et avoir «alerté à plusieurs reprises les autorités de santé» ainsi que sollicité des modifications des documents d’information dès les années 2000.

Comment expliquer que ces femmes n’aient pas été prévenues? En France, une information judiciaire pour «tromperie aggravée» et «blessures involontaires» a été ouverte en septembre. Un dispositif d’indemnisation des victimes va par ailleurs être mis en place par le Ministère de la santé. En Suisse, rien de tel n’est prévu pour l’heure, selon Sanofi. (Le Matin)

Créé: 18.11.2016, 12h28


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