Samedi 11 juillet 2020 | Dernière mise à jour 20:54

Revenus Les écarts salariaux se creusent, les firmes aggravent la crise

Le syndicat Unia dénonce les pratiques de multinationales qui versent des dividendes à leurs actionnaires tout en recevant des indemnités de chômage partiel de l’État.

Chez Roche, le salaire du dirigeant Severin Schwan s’élève à plus de 15 millions de francs, soit 308 fois le salaire le plus bas de l’entreprise en Suisse.

Chez Roche, le salaire du dirigeant Severin Schwan s’élève à plus de 15 millions de francs, soit 308 fois le salaire le plus bas de l’entreprise en Suisse.

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Les écarts salariaux continuent de se creuser dans les entreprises, constate Unia. Les multinationales exacerbent en outre la crise économique du coronavirus en versant des dividendes à leurs actionnaires tout en recevant des indemnités de chômage partiel de l’État.

Le rapport entre les salaires les plus bas et les plus élevés dans les entreprises s’est établi 1 à 148 en 2019, contre 1 à 142 en 2018, indique l’étude sur les écarts salariaux 2020 du syndicat Unia. Celle-ci se focalise sur 37 groupes suisses, dont 33 sont cotés en Bourse.

L’augmentation des écarts est principalement due aux salaires plus élevés des directeurs de Roche, Novartis et Richemont par rapport à l’année précédente.

Roche remporte la palme

Le plus grand écart de rémunération se situe au sein de la société pharmaceutique Roche. Le salaire de son dirigeant, Severin Schwan, s’élève à plus de 15 millions de francs, soit 308 fois le salaire le plus bas de l’entreprise en Suisse.

UBS suit Roche à la deuxième place avec un écart de 1 à 241. Credit Suisse, dans les trois premiers ces dernières années, a vu son écart de rémunération passer de 1 à 243 à 1 à 206 à la suite du scandale de la filature d’Iqbal Khan.

La troisième place est occupée cette année par Nestlé avec un écart de 1 à 230. C’est chez Richemont que l’écart de rémunération s’est le plus creusé, passant de 1 à 121 à 1 à 193.

À l’autre extrémité de l’échelle des salaires, il y a beaucoup de bas revenus, par exemple dans la vente. Si ces employés sont au chômage partiel en raison de la pandémie du coronavirus, et ne reçoivent que 80% de leur salaire habituel, il leur est souvent difficile de faire face financièrement, note Unia.

Dividendes et soutien étatique

L’étude du syndicat se concentre cette année sur le lien entre la politique des entreprises visant à maximiser la valeur actionnariale à court terme et les conséquences de la crise du coronavirus pour les sociétés et leurs employés.

Les multinationales suisses exacerbent la crise économique due à la pandémie, constate-t-elle. En effet, les grandes entreprises cotées en Bourse «sacrifient la valeur créée par leurs employés au profit des directeurs et des actionnaires». Cela tandis qu’elles «négocient calmement avec l’État» et reçoivent des indemnités pour le chômage partiel.

Les énormes sommes d’argent ainsi «gaspillées» disparaissent à nouveau sur les marchés financiers et sont donc retirées de l’économie réelle. En d’autres termes, les patrons, les conseils d’administration et les actionnaires renforcent les effets de la crise par leur comportement «égoïste» et sont les principaux moteurs d’une inégalité sociale toujours plus grande.

Ainsi, sept des entreprises étudiées bénéficient des indemnisations du chômage partiel du gouvernement, mais ont distribué pendant la crise du COVID-19 des dividendes s’élevant à près de 4 milliards de francs aux actionnaires. Cinq d’entre elles ont même augmenté leurs distributions de dividendes par rapport à l’année précédente. Le groupe de technologie médicale Straumann a annoncé en outre un licenciement collectif.

Le Confédération garantit 60 milliards de francs d’aide étatique aux entreprises pendant la crise afin de sauver des emplois et continuer à payer des salaires, relève Unia. Et non pas pour verser des dividendes aux propriétaires des entreprises.

Dividendes en hausse

Les versements aux actionnaires (dividendes et rachats d’actions) ont par ailleurs augmenté en 2019. Ils se sont élevés à 63 milliards de francs au total.

La redistribution aux actionnaires progresse aussi. Sur la valeur ajoutée totale générée dans les 37 groupes, seulement 67% sont allés au 1,6 million de salariés et 33% sont allés dans les poches des actionnaires.

Un cas extrême, EMS Chemie

Le cas le plus extrême est celui d’EMS Chemie. Les actionnaires y reçoivent 66% de la valeur ajoutée totale et les quelque 2800 employés seulement 34%.

Les trois filles de l’ancien conseiller fédéral UDC Christoph Blocher, qui détiennent 70% des actions, ont versé 326 millions de francs de dividendes en 2019. Cela représente 87 millions de francs de plus que les frais de personnel pour l’ensemble des employés.

Les entreprises continuent par ailleurs à contourner l’interdiction légale des indemnités de départ. Unia cite en exemple l’ancien patron d’ABB, Ulrich Spiesshofer, qui empocherait 13 millions de francs d’ici avril 2021, alors qu’il n’est plus en fonction depuis avril 2019. (ATS/Le Matin)

Créé: 26.06.2020, 08h38

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