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Expérience Les écoliers troquent leurs cahiers pour un ordinateur portable

Deux classes d’une école primaire valaisanne travaillent depuis un semestre avec des ordinateurs portables et un tableau noir interactif. Un projet pilote qui pourrait faire des émules.

Ordinateurs personnels, tableau blanc interactif: depuis la rentrée d’août dernier, deux classes du collège d’Ardon (VS) testent un nouveau dispositif pédagogique. Et les premiers résultats sont très concluants.

Ordinateurs personnels, tableau blanc interactif: depuis la rentrée d’août dernier, deux classes du collège d’Ardon (VS) testent un nouveau dispositif pédagogique. Et les premiers résultats sont très concluants. Image: Le Matin

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Six mois que Noah, 12?ans, n’a plus entendu la craie crisser contre le tableau noir. Et que, chaque jour ou presque, il troque son crayon pour le clavier d’un petit ordinateur portable. Rien de traumatisant, bien au contraire: «Nous avons plusieurs ordinateurs à la maison, c’est donc pas nouveau. En avoir un ici, ça rend les cours plus attractifs.» Un avis largement partagé par ses petits camarades. Un sondage effectué auprès des élèves après un semestre d’utilisation a abouti à un résultat soviétique: le taux de satisfaction dépasse les 95%. «C’est trop d’?la bombe!» résume un autre écolier. Nous sommes au collège d’Ardon, en Valais, où deux classes de sixième année, soit une quarantaine d’enfants, participent au projet pilote «classes numériques». Au mur, c’est désormais un tableau blanc interactif qui jouxte le crucifix. Le dispositif permet à l’enseignant de projeter des supports de cours, de les annoter depuis un ordinateur placé sur le pupitre.

Entre portable et tablette

Autre nouveauté: chaque élève dispose de son propre ordinateur portable. L’écran pivote à 180?degrés et permet de le transformer en tablette que l’écolier peut utiliser avec un stylet. «La plupart du temps, ils préfèrent utiliser le clavier, même si cela peut paraître moins intuitif, relève le directeur du collège, Pierre-Henri Monnet. Ils le considèrent comme plus rapide et plus précis.» L’ensemble des ordinateurs communiquent par wi-fi avec celui de l’enseignant.

D’un seul clic, ce dernier peut envoyer un exercice à l’ensemble des élèves. Le questionnaire s’affiche alors simultanément sur tous les écrans. Il est accompagné d’un compte à rebours qui rappelle le temps imparti. L’élève tape ensuite directement ses réponses sur l’ordinateur. Aussitôt qu’il a fini, sa copie virtuelle est retournée à l’enseignant et automatiquement passée en revue. Sur le tableau blanc interactif s’affiche au fur et à mesure le score des élèves qui ont terminé. «L’enfant peut ainsi rapidement se situer par rapport à ses camarades, explique Pierre-Henri Monnet. Mais cet outil est surtout intéressant pour l’enseignant qui voit rapidement si un élève est largué et peut donc lui réexpliquer.» A terme, le but est de pouvoir personnaliser l’apprentissage. Les exposés aussi se préparent sur l’ordinateur. «On apprend à mettre en page et à aller chercher des images sur Internet», illustre Noah.

Correction automatique

«Ce que je préfère? La correction automatique de l’orthographe», annonce sa camarade Jessica, «bientôt 12?ans», avec un grand sourire. Elle n’est pas la seule. Pour plusieurs élèves, il s’agit d’un avantage indéniable de l’ordinateur, capable de corriger les fautes de frappes… et leurs propres lacunes en orthographe.

Evidemment, la remarque n’enchante pas leur professeur. «Ils vous ont dit ça? réagit-il en fronçant les sourcils. C’est le type d’argument qui justifie que ces nouveaux moyens d’enseignement soient utilisés en complément de ceux existants. L’idée n’est pas de se passer complètement des livres et des cahiers.» D’ailleurs, à Ardon, les élèves utilisent rarement leur ordinateur plus d’une heure et demie par jour. «Il faut ménager leur vue, ajoute l’enseignant. Nous ne voulons pas leur imposer de passer la journée les yeux rivés sur un écran.»

A la fin des cours, l’ordinateur reste en classe. «Mais, à terme, il est tout à fait envisageable que l’élève puisse le prendre à la maison pour faire ses devoirs», estime Pierre-Henri Monnet. Et, puisque toutes les explications que l’enseignant donne sur le tableau blanc sont enregistrées, il lui serait également possible de les revoir à domicile. Six mois après son lancement, le projet de classe numérique entre à présent dans sa seconde phase. «Après avoir apprivoisé le côté technique, nous allons davantage nous concentrer sur les questions pédagogiques», précise Pierre-Henri Monnet. Le défi? Faire passer le contenu du programme scolaire au numérique. Pour certaines matières, comme le français ou les maths, il existe déjà des ressources en ligne. Mais sur des thèmes plus spécifiques, il faut créer les exercices de A à Z. «Nous avons fait un test avec l’histoire du Valais, c’est concluant mais cela prend du temps et implique de repenser complètement ses cours pour profiter au maximum de cette nouvelle technologie. En quarante?ans d’enseignement, je ne m’étais jamais autant remis en question», témoigne le directeur.

Un coût «supportable»

Achat de matériel, formation des enseignants, création de contenu, maintenance: la classe numérique a évidemment un coût: 20?000?francs pour les ordinateurs, un peu moins de 10?000?francs pour deux tableaux blancs interactifs et entre 20?000 et 30?000 francs pour la formation et le contenu. «Un coût tout à fait supportable pour un projet sur-mesure comme celui-ci», estime la présidente de la commune d’Ardon, Lise Delaloye. Le projet a été mené en collaboration avec Widdoo, une entreprise locale, spécialisée dans le déploiement d’environnements pédagogiques en ligne. «D’autres écoles de la région se montrent déjà intéressées, se réjouit Alexandre Comby, son directeur. Notre solution permet de les mettre en réseau afin que les enseignants partagent le contenu.»

Le canton ne cache pas son intérêt. «S’il y a une solution qui fonctionne, comme cela semble être le cas à Ardon, nous n’allons pas réinventer la roue dans chaque école», annonce Claude Roch, conseiller d’Etat valaisan en charge de l’Education, qui devrait se pencher sur la question ces prochains mois. (Le Matin)

Créé: 08.04.2012, 12h09

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