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Innovation Des emballages bons à manger

Les nouveaux films alimentaires comestibles débarquent sur le marché. Ils sont en train de révolutionner notre existence, souvent à notre insu.

Ce qu’en pensent les grands distributeurs suisses

COOP Les emballages comestibles, le grand distributeur bâlois en a «entendu parler» mais il n’aurait pas reçu à ce jour des propositions concrètes. «Nous savons qu’il existe des pommes frites que l’on peut manger avec l’emballage», souligne Denise Stadler, porte-parole de Coop. «Même si nous estimons que cette démarche est fondamentalement intéressante, nous observons que le but d’un emballage consiste entre autres à protéger le contenu d’une contamination aux germes et à d’autres corps étrangers nuisibles. Or, pour protéger le contenu et son film alimentaire comestible, il faudrait un deuxième emballage pour protéger le premier.» En clair, Coop estime qu’un double emballage va à l’encontre «de notre philosophie écologique consistant à réduire le matériel d’emballage». De plus, rappelle en substance Denise Stadler, ces emballages sont encore bien plus chers que ceux qui font partie actuellement de l’assortiment.

MIGROS Le géant orange s’est penché sur la question de l’utilisation des «plastiques biologiques». «Un bilan interne a démontré que les plastiques biologiques ne sont pas forcément plus écologiques que ceux à base de pétrole, affirme Martina Bosshard, porte-parole de Migros. Il faut des cultures sur des surfaces considérables, l’utilisation de l’eau en grande quantité, des engrais, des pesticides pour faire pousser le matériel brut (le plus souvent du maïs), grand pourvoyeur en amidon.» Le grand distributeur zurichois attend par contre des résultats bien plus prometteurs avec la mise au point de «plastiques biologiques» fabriqués sur la base de déchets organiques. Martina Bosshard s’est aussi exprimée sur un autre produit, certes non comestible, mais biodégradable, le sac-poubelle du futur. Selon Migros, il existerait un risque que ce type de sac entraîne encore plus de littering car les utilisateurs estimeraient alors que le jeter n’importe où ne nuirait plus à l’environnement.

LA QUESTION DU JOUR: Etes-vous prêt à manger l’emballage?

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Comment empêcher la crème pâtissière de ne pas ramollir son support en pâte feuilletée? Cette question futile en apparence n’a pas été prise à la légère par l’Université de Bourgogne à Dijon, en France. «Nous avons développé un emballage comestible qui isole la crème pâtissière humide de la pâte, explique Frédéric Debeaufort, ingénieur agroalimentaire et spécialiste de l’emballage et des procédés alimentaires. Cela permet de garder le croustillant du gâteau beaucoup plus longtemps.» Le procédé est actuellement utilisé industriellement en France.

Ce n’est plus de la science-fiction. Des dizaines de laboratoires sur la planète se sont lancés, comme en Bourgogne, dans la recherche sur les emballages biodégradables dont certains se laissent manger sans interférer sur la consistance ou le goût du produit. Dans une récente édition du New York Times consacrée à ces nouveautés qui façonneront notre avenir, David Edwards, un bio-ingénieur de Harvard, prédit déjà que les emballages seront tous lavables, mangeables, ou vont se peler comme les oranges. Si des yogourts et des glaces en gobelet peuvent déjà se déguster avec leur contenant, David Edwards estime qu’il faut encore attendre un an ou deux avant que des boissons froides et même chaudes soient bues dans des gobelets comestibles.

Se libérer du pétrole Mais pour Erich Müller, le patron de Nutra Produkte SA à Unterägeri (ZG), le futur a déjà commencé: «Du film alimentaire comestible de notre société est actuellement utilisé dans des applications très diversifiées. De l’autocollant publicitaire sur des glaces aux films épicés pour les viandes en passant même par des sachets avec de la nourriture pour les rongeurs.» Si l’entreprise dispose d’un laboratoire dans la ville zougoise, les emballages sont fabriqués aux Etats-Unis par l’usine biochimique Reg Macquarie dont le siège est au Canada.

Nutra Produkte propose aussi des gaines pour saucisses et cervelas à base végétale. Mais dans le genre imitation sac en plastique à déguster, la société dispose déjà de tout un arsenal qui va de la nourriture pour chien, qui peut être chargé avec des médicaments, au risotto au safran dont l’emballage se dissout dans la casserole, en passant par des multiples sauces que l’on peut manipuler sans se salir avant de les consommer.

Reste que le grand pari des nouveaux emballages consiste à se libérer, au moins partiellement, du diktat pétrolier. «Les films alimentaires à base plastique ne peuvent se recycler. Il faut les brûler pour s’en débarrasser», rappelle Frédéric Debeaufort. Tout au contraire, les emballages biodégradables ne nécessitent pas une incinération. De plus, les polymères qui les constituent sont issus de matériaux organiques d’origine végétale ou animale très diversifiés. Quelques exemples: les algues marines, les carapaces de crevettes ou la caséine du lait. «Ces matériaux ne vont pas participer à la déforestation et à la désertification», remarque de son côté Erich Müller.

Un film même sur les pommes De plus en plus de films alimentaires comestibles sont présents dans notre alimentation sans que nous nous en rendions compte. Agrosup, une Haute Ecole d’agronomie de Dijon, a développé un film qui s’applique sur les pommes par vaporisation. Il est si fin qu’on ne le remarque pas. «Mis au point à la demande d’une chaîne de distribution, ce film permet d’empêcher la contamination du fruit par les multiples mains qui le touche sur les rayons des magasins. Il s’enlève quand on passe la pomme sous l’eau et si on croque le fruit sans le laver, ce film ne se remarque pas», explique Thomas Karbowiak, chargé de cours à Agrosup.

Mais malgré leurs multiples avantages, les films alimentaires de la nouvelle génération doivent encore composer avec les anciens tout en pétrole. Frédéric Debeaufort: «Pour un usage simple, comme celui effectué par la ménagère qui emballe ses aliments, un film de base pétrochimique est encore deux à trois fois meilleur marché que son pendant biodégradable.» (Le Matin)

Créé: 10.06.2012, 22h37

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