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Bienne (BE) L'enclos de la discorde tient bon

Quatre menaces planaient sur le paddock promu œuvre d’art par le duo Haus am Gern. Sa construction a pourtant débuté.

OK pour le parking, k.-o. pour le paddock

Un paddock sans chevaux qui sent plus fort que l’écurie: c’est la drôle d’installation proposée à Bienne par un duo d’artistes. L’art contemporain, une fois de plus, suscite la polémique. C’est d’ailleurs son rôle, même si l’artiste n’y est parfois pour rien, comme avec le palmier métallique prévu à la prison de Gorgier (NE), projet déplacé sous prétexte que les détenus ne méritaient pas la dépense.

C’est du pour-cent culturel dont on parle dans le domaine public, celui qui est attribué par un jury lorsqu’un bâtiment est construit, rénové ou transformé. À Bienne, c’est d’un parking souterrain dont il s’agit. Une construction dont le budget a explosé dès que le terrain imbibé de toxiques a été dépollué.

Personne ne s’est opposé à la construction du parking souterrain. On peut ne pas aimer la conduite automobile et reconnaître à ceux qui ont une voiture le droit de parquer. Pourquoi n’en va-t-il pas de même pour le paddock? On peut ne pas apprécier l’art contemporain et reconnaître à ceux qui aiment ces œuvres le droit d’y goûter.
«À quoi ça sert?»

se demanderont les passants devant un enclos sans porte. Réponse des artistes: à susciter la réflexion sur l’utilisation de l’espace public. Une question fondamentale, dont la population n’est pas souvent saisie. Faut-il attribuer tel ou tel terrain aux enfants ou aux démunis? Tel ou tel bâtiment aux enseignes ou aux sprayeurs? Poser la question, c’est y répondre. Faut-il attribuer une esplanade à un artiste, deux citoyens ou le céder à des promoteurs? La réponse vaut le détour par Bienne.

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Les polémiques ont retardé sa construction d’une année, mais depuis une semaine, l’œuvre contemporaine «Texas» prend forme au cœur de Bienne. Après la pose de l’enclos et de la tribune en sapin qui seront peints en blanc, il restera à passer deux couches de peinture la semaine prochaine, avant l’inauguration prévue le 7 juin prochain.

La concrétisation de l’œuvre choisie par un jury indépendant pour la société Parking SA n’a été qu’une suite de controverses. Accès aux handicapés, sécurité des enfants, crainte de vandalisme et concurrence d’une patinoire: rien n’a été épargné au duo d’artistes Hans am Gern, alias Barbara Meyer Cesta et Rudolf Steiner, sur la nouvelle place de l’Esplanade, devant le Palais des Congrès.

Opposition rejetée

Composé d’une tribune placée dans un enclos sans porte, «Texas» est conçu comme une interrogation sur l’utilisation de l’espace public. La seule opposition formelle émanait de la guilde du quartier. Elle a été rejetée par l’autorité cantonale, mais «Texas» a été attaqué par les deux initiateurs d’une immense patinoire à ciel ouvert qui – pour sa première édition – a séduit 60 000 visiteurs cet hiver.

«Quand cette manifestation aura lieu, «Texas» sera provisoirement enlevé», affirme la conseillère municipale Silvia Steidle dans l’hebdomadaire «Biel Bienne». Les artistes n’en reviennent pas: «On n’enlèvera rien du tout! Que la neige ramassée sur la glace soit basculée dans le paddock, d’accord, mais céder la place à la machinerie de l’«Eisplanade», ça, non!»

Prairie détruite

La cohabitation entre la patinoire et le paddock a déjà porté préjudice à la réalisation des artistes. «La prairie sèche semée à notre intention par le service municipal des espaces verts a été détruite par les installations de la patinoire. Tassé, le sol est dur comme de la pierre: ce sont deux ans de perdu», déplorent les artistes. Labourage, semence, tout est à refaire pour un coût évalué à 10 000 francs. Une facture qui deviendra le prochain objet de litige. Devisé à 80 000 francs, «Texas» est financé par la société Parking SA, tandis que les 620 000 francs que coûte chaque hiver l’«Eisplanade» sont financés par des sponsors. Ces deux réalisations disparaîtront lorsqu’un projet immobilier se concrétisera.

Créé: 24.05.2018, 10h12

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