Dimanche 20 octobre 2019 | Dernière mise à jour 14:11

Asile L'étrange diagnostic d'Ueli Maurer

Un document confidentiel émanant du conseiller fédéral éclaire la situation à la frontière sud avec l’Italie. Il montre surtout que la Suisse ne remet pas en cause ses pratiques.

Ueli Maurer explique que les gardes-frontière utilisent des pictogrammes pour communiquer avec les migrants.

Ueli Maurer explique que les gardes-frontière utilisent des pictogrammes pour communiquer avec les migrants.

Réaction: «Il faut agir, si on ne veut pas d’un petit Calais à Côme»

Cesla Amarelle (PS/VD) dénonce une attitude désinvolte et attentiste qui fait peu de cas de circonstances préoccupantes. «On ne peut pas laisser pourrir la situation et les gens s’accumuler à la frontière. Il faut agir maintenant, tant que le phénomène est gérable, avec quelques centaines de migrants. Et ce, si on ne veut pas d’un petit Calais à Côme.» La conseillère nationale estime que les interprètes sont une nécessité.

«Les migrants sont dans des situations humaines sensibles et parfois très compliquées qui ne peuvent pas être expliquées en moins de deux minutes avec des pictogrammes.» A ses yeux, les autorités ont aussi tout intérêt à donner des informations claires aux migrants. «Sinon, ils ne peuvent pas comprendre et s’adapter.»

De son côté, le DFF ne commente pas un rapport confidentiel. Il stipule simplement que les gardes-frontière font leur travail dans le respect des lois et des conventions internationales, collaborent avec le SEM et sont accompagnés par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés. «Aucun changement de pratique n’est intervenu», ajoute son porte-parole, Roland Meier. - (CF)

L'édito de Grégoire Nappey

Du zèle à la frontière du bâclage

La Suisse respecte-t-elle le droit d’asile,en particulier à l’un des points d’entrée névralgiques du pays, aux confins du Tessin? Ces dernières semaines, les critiques ont fusé, émanant de différentes organisations. Mineurs refoulés sans autre forme de procès, absence de prise en charge crédible des migrants, impossibilité de déposer une demande d’asile: les accusations sont graves, mais sont-elles fondées?

Non, à en croire la réponse que le ministre des Finances, Ueli Maurer, dont dépendent les douanes, a adressée à une commission parlementaire et que nous révélons. De manière assez laconique, il scande un «tout va très bien madame la marquise» qui ne fera que renforcer les détracteurs dans leurs convictions. On le sait, l’ambiance est à durcir le ton sur l’immigration. Même la ministre socialiste de Justice et Police, Simonetta Sommaruga, s’y emploie avec un certain zèle. Sans compter la pression de l’Allemagne, prompte à considérer la Suisse comme une passoire.

Il y a donc une certaine logique à se montrer sévère aux frontières face aux flux de migrants. Le pays ne veut et ne peut pas accepter tout le monde, ni se laisser traverser par des gens sans papiers voués à disparaître dans la nature ou à se retrouver agglutinés à la frontière allemande, qui pourrait elle-même se fermer. Soit.

Mais gare à la mauvaise foi. En mettant tous les migrants dans le même panier afin de les renvoyer plus facilement en Italie, cas Dublin ou pas, en ne traitant peut-être pas certains dossiers comme ils devraient l’être, la Suisse prend aussi le risque de se mettre en délicatesse avec le droit d’asile. Il y a des règles pour accueillir comme pour refuser du monde. Pragmatisme, oui, bâclage, non: on parle d’êtres humains.

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Aucune remise en question. Voilà ce qu’il ressort d’un document rédigé par Ueli Maurer, chef du Département fédéral des finances (DFF), à propos de la situation migratoire à la frontière sud avec l’Italie. Un texte transmis à la Commission de la politique de sécurité du Conseil national et que «Le Matin» a pu consulter.

ACCUSATIONS VITE ÉVACUÉES

Des refoulements vers l’Italie ont été dénoncés concernant des migrants désirant pourtant déposer une demande d’asile en Suisse. Face à cette accusation, Ueli Maurer se contente d’écrire: «Je ne peux pas confirmer les affirmations selon lesquelles le Corps des gardes-frontière (Cgfr) empêche de telles personnes de déposer une demande d’asile.» Les assertions de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) sont aussi balayées. La faîtière accusait les gardes-frontière de refouler des personnes ayant déposé une demande d’asile en Europe, alors qu’elles auraient droit à un recours. Là, le conseiller fédéral répond: «Lors du passage de la frontière, la question de savoir si la personne a déjà demandé l’asile dans un autre Etat Dublin ne se pose pas; elle est éclaircie par le Secrétariat des migrations (SEM) à un stade ultérieur.» Donc seulement si la personne dépose une demande d’asile en Suisse, car dans le cas contraire, elle est refoulée, sans vérification préalable.

SYSTÈME D REVENDIQUÉ

L’asile n’est pas de la compétence des gardes-frontière, mais du SEM. Par conséquent, aux yeux des ONG, ceux-ci ne devraient pas effectuer eux-mêmes le «tri» des migrants. Quid de leur formation pour procéder à cette évaluation? Cette dernière se fait sur la base d’un entretien. «Le domaine spécialisé Migration du commandement Cgfr instruit les personnes qui mènent les entretiens et procède à des contrôles de qualité.» Ueli Maurer précise aussi que, «dans le cadre de leur formation de base comme de leur perfectionnement, les gardes-frontière abordent les sujets relevant du droit des étrangers». Et les problèmes de langues? «Le Cgfr dispose de formulaires en plus de 50 langues. De plus, on travaille avec des cartes et des pictogrammes pour déterminer le pays d’origine et la destination souhaitée (…) on trouve toujours quelqu’un pour aider en cas de problème de compréhension. Quelques-uns des migrants ont vécu un certain temps en Italie et peuvent s’exprimer en italien. D’autres ont des connaissances de français ou d’anglais.»

AUCUNE INFORMATION

Les craintes des défenseurs des droits humains se confirment. A la question de savoir si les personnes reçoivent des informations sur leurs droits et la possibilité de déposer une demande d’asile en Suisse, Ueli Maurer rétorque: «Les autorités suisses ne transmettent pas de telles informations aux migrants à Côme.»

Créé: 14.09.2016, 13h01


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