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Montagne Les étrangers prennent trop de risques

Les accidents se multiplient et sont bien souvent le fait d’alpinistes étrangers qui manquent d’expérience ou de patience.

Des alpinistes font du bivouac sauvage (ici au Mont-Blanc) pour payer moins. Ils se coupent ainsi des informations sur la sécurité disponibles dans les cabanes.

Des alpinistes font du bivouac sauvage (ici au Mont-Blanc) pour payer moins. Ils se coupent ainsi des informations sur la sécurité disponibles dans les cabanes. Image: MAXPPP

Faut-il introduire des règles pour réduire le nombre de drames?

ÉDITORIAL

L’exploit, c’est parfois de renoncer

Début juillet, huit alpinistes sont morts en cinq jours en Suisse. Jeudi passé, neuf autres perdaient la vie dans une avalanche au Mont-Blanc (F). Deux jours plus tard, toujours à Chamonix, un Espagnol et sa petite amie polonaise étaient retrouvés morts gelés au fond d’un trou censé les protéger du froid. Ils étaient partis la veille malgré une météo catastrophique avec un GPS dont ils ne savaient pas se servir.

Ces drames,qu’ils relèvent de la fatalité ou de l’inconscience, nous rappellent cette évidence rabâchée par les sauveteurs à chaque tragédie: en montagne, le risque zéro n’existe pas! Le problème, c’est que, dans l’esprit de certains, ce constat asséné comme un leitmotiv n’est que théorique. L’avalanche qui pourrait naître de cette pente poudreuse? Le pont de neige qui s’effondre, dévoilant une profonde crevasse? La chute de pierres ou de sérac? C’est pour les autres. Pas maintenant. Pas ici. En tout cas, pas pour eux.

Espérer s’affranchir totalement de ces risques est impossible. Sans doute font-ils même partie intégrante du plaisir d’embrasser la haute montagne. Mais il faut en revanche savoir les analyser et les réduire si nécessaire en ayant recours aux compétences d’un guide. Et, quand c’est impossible, savoir renoncer même à la plus belle des courses. Pour beaucoup, et certains des drames récents l’ont montré, cet exploit est plus difficile à réaliser que d’atteindre le plus exigeant des sommets.

Ces personnes doivent se responsabiliser. Leur vie vaut mieux qu’une course avortée. En l’ignorant, ils risquent de mourir, mais aussi d’entraîner avec eux les sauveteurs qui devront les tirer d’un mauvais pas.

Laurent Grabet, journaliste

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Depuis mi-avril, quinze alpinistes ont trouvé la mort dans les Alpes suisses. Parmi eux, des Espagnols, des Allemands ou encore un Polonais. Soit au total douze étrangers, dont une bonne part ont fait preuve d’imprudence. Parfois sans s’en rendre compte. Le Hollandais de 20?ans qui a fait une chute de 700?mètres en descendant la Dent-Blanche le 7 juillet en est un bon exemple, puisqu’il n’était pas encordé à son compagnon.

Sans le matériel adéquat

Pour Jean-Marie Bornet, chef prévention de la police valaisanne, ces statistiques ne doivent rien au hasard: «Plus on connaît le territoire dans lequel on évolue, plus on le respecte et moins on s’expose à ses dangers. On constate chaque année que les drames les plus graves sont en général le fait des alpinistes les moins expérimentés. Lesquels viennent souvent de loin.»

Certains sont mal ou pas équipés, au point de parfois se balader sur un glacier sans corde (et d’envoyer sur les roses les alpinistes trouvant à y redire). «D’autres ont du matériel dernier cri mais ne savent pas vraiment s’en servir», déplore Bruno Jelk, guide et sauveteur à Zermatt. Mais il y a aussi, parmi ces alpinistes, une belle proportion de sportifs expérimentés, entraînés et équipés. Le problème est que, pour eux comme pour les autres, renoncer au sommet convoité lorsque les circonstances l’exigent relève de l’exploit.

Le célèbre alpiniste Jean Troillet n’est pas surpris par cette attitude: «Certains partent le vendredi soir d’Espagne ou de Pologne et roulent toute la nuit. Le lendemain ils montent au refuge et le surlendemain partent à l’assaut d’un sommet. Si la météo n’est pas favorable, c’est évidemment plus dur pour eux de rentrer que pour moi, qui peut revenir quelques jours plus tard.»

Facteur économique

«Sans compter que le facteur économique favorise souvent une certaine précipitation», ajoute Jean-Marie Bornet. Notamment concernant les alpinistes venus des pays de l’Est et pour qui s’offrir un guide relève du scénario de science-fiction. Ces derniers veulent rentabiliser leur périple au maximum. Pour économiser la nuitée en cabane, ils campent parfois à même les glaciers. Ce faisant, ils se coupent des précieuses informations dispensées par le gardien de cabane et pourtant susceptibles de les dissuader de tenter une ascension devenue trop dangereuse.

Ce «camping sauvage», très répandu et jusque-là toléré à Chamonix, est désormais dans le collimateur des autorités. Les deux accidents mortels de la semaine passée ont en effet remis sur le tapis le problème de la surfréquentation du massif. De son côté, Pierre Mathey, chef des guides valaisans, est contre toute réglementation de la haute montagne. «Un espace de liberté qui doit le rester, commente-t-il, et ne surtout pas redevenir l’apanage d’une élite qui a les moyens, comme ce fut le cas aux débuts de l’alpinisme.»

Créé: 16.07.2012, 22h51

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