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Boudry (NE) / Somalie Excisions au pays jugées devant un tribunal suisse

Une femme répond de mutilations génitales sur ses filles en Somalie, avant son entrée sur le territoire helvétique.

Une femme répond de mutilations génitales sur ses filles en Somalie, avant son entrée sur le territoire helvétique. 
(Photo d'illustration)

Une femme répond de mutilations génitales sur ses filles en Somalie, avant son entrée sur le territoire helvétique. (Photo d'illustration) Image: iStock

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Comme 98% des femmes en Somalie, l’accusée qui a fait face au Tribunal de police de Boudry, mercredi, a été excisée. Mais si elle devait répondre aux questions de la présidente, c’est parce que, avant d’arriver en Suisse, elle a également fait subir à ses deux filles la mutilation génitale. Et parce que le Code pénal vise à punir l’acte, même lorsqu'il est pratiqué à l’étranger.

La Somalienne, en habits traditionnels et avec l’aide d’une interprète, a, à la surprise de son avocate et face au sourire narquois de la procureure, cherché à défendre une nouvelle version selon laquelle la grand-mère aurait organisé l’excision des fillettes à son insu alors qu’elle tenait un stand au marché de Mogadiscio. Cette version n’a convaincu personne parmi le tribunal exclusivement féminin qui siégeait pour trancher le cas de cette pratique aux racines patriarcales.

«Un acte barbare»

La procureure Nathalie Guillaume-Gentil Gross, après avoir rappelé que l'excision représente un acte qui s'apparente à de la torture, a requis une peine de prison de 18 mois avec sursis: «Le but n’est pas de prononcer une peine, mais de faire passer un message. L’excision est interdite, peu importe où elle est pratiquée.»

L’avocate de l’accusée Béatrice Haeny, a, elle, rappelé le parcours de vie de celle qui a vécu la terreur des shebabs, qui est illettrée, et qui est arrivée en Suisse par regroupement familial pour retrouver un mari qui lui a fait subir des violences conjugales. «C’est un acte barbare, ignoble et d’un autre temps. Mais il faut tenter de comprendre cette autre culture. Toutes les femmes en Suisse qui ont fait exciser leurs filles devraient donc être condamnées? Sous la pression, elle a répondu à un impératif culturel et doit être acquittée», a-t-elle plaidé.

Juger en Suisse un acte commis à l'étranger?

Le débat s’est porté sur l’application de ce nouvel article du Code pénal. Peut-il faire condamner une femme pour des excisions même si elle n’avait alors aucun lien avec la Suisse? Oui, selon la procureure, qui a mentionné «l'universalité de la poursuite» prévue dans l'article. Non, selon l'avocate, qui interprète le même texte en y lisant une manière de réprimer le «tourisme de l'excision», où des fillettes établies en Suisse seraient excisées dans leur pays d'origine. Le verdict sera rendu jeudi après-midi. (Le Matin)

Créé: 11.07.2018, 22h51

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