Lundi 21 octobre 2019 | Dernière mise à jour 22:05

Berne Face aux importations, le pain suisse veut sauver sa croûte

Menacé par des produits surgelés importés à bas prix, le secteur de la boulangerie monte à Berne pour demander des mesures. Grands amateurs de bon pain, les Genevois mènent la lutte.

Au Palais fédéral, Eric Emery, boulanger à Genève, en compagnie de Lisa Mazzone (Verts/GE), Hughes Hilpold (PLR/GE), Christian Lüscher (PLR/GE), Stéphane Oberson, boulanger à Genève, Adrian Kaiser, boulanger-pâtissier à Berne, et Robert Cramer (Verts/GE), président de la Semaine du Goût.

Au Palais fédéral, Eric Emery, boulanger à Genève, en compagnie de Lisa Mazzone (Verts/GE), Hughes Hilpold (PLR/GE), Christian Lüscher (PLR/GE), Stéphane Oberson, boulanger à Genève, Adrian Kaiser, boulanger-pâtissier à Berne, et Robert Cramer (Verts/GE), président de la Semaine du Goût. Image: le matin

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Chaque année une soixantaine de boulangeries tenues par des petits patrons indépendants mettent la clef sous le paillasson en Suisse. C'est l'érosion silencieuse d'un monde et d'un savoir-faire mis sous pression par la grande distribution, les stations-services et surtout par les importations toujours plus importantes de produits finis surgelés des certains pays de l'est.

Du blé déclassé

«Nous sommes là pour sensibiliser les parlementaires à cette problématique, relève le boulanger genevois bien connu Eric Emery. Ce n'est pas seulement le pain qui est concerné, mais toute la filière. Pour la première fois, on doit déclasser du blé en Suisse.» La Fédération suisse des producteurs de céréales s'est d'ailleurs joint à cette action à Berne placée sous le signe de la Semaine du Goût.

Genève encore bien fournie

Ce n'est pas un hasard si la profession est représentée par des Genevois: «Pour une petite ville comme Genève, nous avons encore aujourd'hui 65 artisans boulangers indépendants, explique Eric Emery, qui président leur association. En comparaison, à Bâle, il n'y en a plus que 9.»

Des croissants à 10 centimes

Il y a dix ans encore ce sont des boulangers qui livraient dans les stations-services et d'autres points de vente. Mais aujourd'hui, la possibilité de se fournir à bas prix dans certains pays comme la Pologne ou la Roumanie a cassé ce marché: «Sur catalogue, on trouve à acheter des croissants crus congelés pour 10 centimes...» Eric Emery vend le sien à 1,60 francs avec une marge brute de 11 centimes: «Le problème, c'est qu'à cause du principe du Cassis de Dijon, ces produits finis ne sont pas taxés et il n'y a aucune obligation de les déclarer.»

1400 km en camion...

Sur le marché règne une grande confusion, car les points de vente n'ont aucune obligation non plus de déclarer la provenance des produits: «Nous savons aujourd'hui que les consommateurs veulent des choses simples, poursuite le boulanger genevois, qu'ils veulent pouvoir acheter dans leur village ou dans leur quartier. Pour des raisons écologiques, ils ne veulent pas consommer des produits qui ont fait 1400 kilomètres en camion.»

Informer sur l'origine

A Berne, pour retrouver le goût du pain suisse et lutter contre l'érosion des boulangeries artisanales, il faudrait pouvoir agir sur ces importations de produits finis: «Ce n'est pas en limitant ce type d'importations, que l'on vendra moins de montres à l'étranger», justifie Eric Emery. Par ailleurs, les consommateurs devraient davantage s'informer sur le pain qu'ils mangent. Les restaurants et les boucheries affichent bien l'origine des viandes, pourquoi le secteur de la boulangerie ne s'y mettrait pas ?

Eric Felley

Créé: 19.09.2019, 13h01

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