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Interview Parti pirate international: «Ça ne va pas être facile»

Le nouveau président du parti, Guillaume Saouli, veut mettre fin au marasme dans sa formation. Le chantier qui s’ouvre devant le Genevois est gigantesque.

Image: Sebastien Anex

Le Parti pirate a-t-il une chance de s’imposer?

«Je donnais des cours à 15?ans»

Quand avez-vous vu un ordinateur pour la première fois?
J’avais 6 ans. C’était au Technicum, l’école d’ingénieurs de Genève où travaillait mon père. Il m’a dit: «C’est une machine qui joue aux échecs.» En fait, il s’agissait plutôt d’une grosse imprimante qui donnait la position des pièces du jeu. Et à 13 ans, mon père m’a collé dans les mains un Commodore 64.

Pourquoi avez-vous accroché?
C’était totalement différent de la mécanique sur un vélomoteur. On risquait aussi moins de se faire choper par la patrouille! Plus sérieusement, cela représentait un défi intellectuel que je ne retrouvais pas dans les autres loisirs. L’intérêt, c’était de pouvoir partager la connaissance. A 15 ans, je donnais des cours de traitement de texte à des personnes de 50 ans. A l’époque, on mettait des ordinateurs dans des bureaux, alors que les gens ne savaient pas comment en tirer parti. Ils préféraient leur machine à écrire électrique.

Et la politique?
J’ai commencé à m’y intéresser en 2002, alors que j’effectuais un mandat pour l’Etat de Genève. Je me suis rendu compte que la dimension technique ne suffisait pas. Il fallait aussi gérer tout l’aspect humain de l’informatique. Auparavant, pour obtenir un stylo, on avait besoin de 25 signatures. Du jour au lendemain, la personne au sommet de ces 25 échelons se retrouvait privée de son pouvoir car une machine prenait la moitié des décisions qu’elle assumait par le passé. Comment l’amener à renoncer? La technologie a changé les relations de pouvoir, et plus largement notre mode de vie. Il faut accompagner ces effets secondaires ou les anticiper.

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A 45 ans, Guillaume Saouli vient d’être élu à la tête du Parti pirate international (PPI) qui déplace son siège de Bruxelles à la Cité de Calvin. Ce natif de Genève installé à Gimel (VD), coprésident de la section suisse depuis un an et demi, n’est pas tendre avec sa formation.

Père de famille, président du Parti pirate vaudois, suisse et maintenant international, en plus de votre mandat au Conseil communal de Gimel et du lancement de votre entreprise, ça fait beaucoup... J’essaie de m’organiser au mieux pour gaspiller le moins d’énergie possible. J’ai appris à partager, déléguer, assurer un rôle de leadership, plutôt que de micromanagement. J’ai eu une septicémie il y a quatre ans qui m’a obligé à transférer la maîtrise de mon quotidien à une équipe médicale. Cela a été une expérience très intéressante qui m’a enseigné le lâcher-prise.

Dans quel état avez-vous trouvé le Parti pirate international? Ça ne va pas être facile de gérer le marasme dans lequel il est. Je m’attends à voir des gens se braquer comme toujours en cas de changement. Il y a quatre ans, le PPI a installé son siège à Bruxelles. Mais absolument personne n’a été embauché. Aucun compte bancaire n’a été ouvert. Et concrètement, rien n’a été produit. Le PPI s’est étiolé à travers des querelles intestines. Il y a eu des départs et des personnes ont fini par se désintéresser.

Comment en êtes-vous arrivés là? C’est le syndrome du pirate qui constitue le premier obstacle à notre développement. Les geeks sont très heureux derrière un écran, à débattre dans des forums, mais dans la rue, c’est plus compliqué.

Ce n’est pas un cliché? Non. Beaucoup ne comprennent pas que l’on ne s’adresse pas à un humain de la même façon qu’on manipule une ligne de code. Il ne suffit pas de décider de quelque chose pour le voir appliqué. Il faut accompagner, expliquer, collaborer. Les projets nécessitent énormément de temps en Suisse. Il faut le prendre en compte quand on fait de la politique. Nos messages ne peuvent pas être intégrés par la population à la vitesse de transmission d’un e-mail. On ne peut pas aller plus vite que la société. Pour certains adeptes de Liquidfeedback (ndlr: plate-forme qui vise à instaurer une démocratie directe), cette lenteur est intolérable.

Comment allez-vous mettre le parti en ordre de marche? En deux semaines, nous avons fait fi de 4 ans d’inaction. Les éléments administratifs se mettent rapidement en place, malgré les vacances estivales. Je me donne douze mois pour dépasser le mode brouillon, sortir le bateau pirate du fin fond du port et lui donner les moyens d’exister véritablement. Et dix-huit mois pour lancer les projets sur la base desquels j’ai été élu.

C’est-à-dire? Cinq projets qui seront lancés d’ici deux ans: étendre les Conventions de Genève à la cyberguerre pour protéger la population, lutter contre la prolifération des cyberarmes, soutenir l’économie numérique et immatérielle, défendre les droits humains numériques et promouvoir la démocratie.

Pourquoi le parti se porterait-il mieux à Genève qu’à Bruxelles? Nous devons mener un travail de fond sur le long terme, donc ne pas être tributaires des élections européennes tous les quatre ans. Et puis, il est plus stratégique de nous établir au sein de la Genève internationale, de ses organisations internationales et ses ONG, que d’être proches des institutions européennes.

Comment expliquez-vous vos échecs aux élections, alors que vos thèmes sont plus actuels que jamais? Premièrement, parce que le pirate vit dans un monde numérique et a des difficultés face à des organisations humaines aux règles complexes. Deuxièmement, le parti est né totalement ex nihilo en 2009, avec des gens qui n’avaient aucune culture politique, ne connaissaient pas le fonctionnement des institutions et tenaient des discours fermés: «On a raison. Ils ont tort. Point.» Nous étions dans une démarche marginalisante et nous en avons payé le prix. Nous avons touché les technophiles, mais pas le grand public.

Vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère… A quoi me servirait de ripoliner la situation, alors que tout est public? Il s’agit d’une question de transparence, à l’image de ce que doit être la démocratie. C’est douloureux, ce n’est pas évident au quotidien. Mais on doit admettre ses erreurs. C’est un principe fondamental pour nous. C’est comme cela que l’on apprend.

N’y a-t-il pas aussi un problème de définition du parti? En Suisse, un énorme travail a été accompli ces trois dernières années, se résumant peut-être en trois mots: humaniste, libéral et progressiste. Cependant pour le PPI, il est clair que tout reste à faire. Relève-t-il du libéralisme social? Du socialisme libéral? De l’humanisme libéral? La définition fait toujours défaut.

On ne sait pas ce qu’est un pirate? Si. Il est le trait d’union entre la société numérique et les citoyens. Il veut leur donner les moyens d’entrer dans ce monde en toute sécurité. Par exemple, en Suisse, nous lançons ce lundi notre campagne contre la loi sur le renseignement sur laquelle nous nous prononcerons le 25 septembre. Et ce, parce que nous ne voulons pas remettre les clés de nos données à des gens notoirement incompétents n’ayant aucun égard pour notre sphère privée.

Créé: 06.08.2016, 09h00

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