Jeudi 15 novembre 2018 | Dernière mise à jour 03:57

Hospitalité Une famille de réfugiés à la cure

Depuis deux ans, deux prêtres de Saint-Maurice (VS) hébergent quatre Érythréens sur la situation desquels l’Office des migrations se prononcera bientôt. Rencontre.

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Depuis deux ans, Gilles Roduit et Guy Luisier ne sont plus «deux prêtres un peu rustres perdus dans une cure trop grande pour eux, ressemblant à un refuge pour vieux célibataires». Ces deux chanoines de Saint-Maurice (VS) ne manquent pas d’autodérision car c’est ainsi qu’ils résument l’arrivée dans leur vie d’Elsa Mail-Mulugeta, réfugiée érythréenne de 32 ans, et de ses trois fistons, Bruk, 8 ans, Maelaf, 7 ans, et Fker, 5 ans.

«On a un tempérament d’altermondialistes. Je passe la moitié de mon temps au Congo pour y fonder une communauté et Gilles a travaillé avec les sœurs de Mère Teresa en Haïti», explique le Père Luisier, 56 ans. Les deux religieux n’ont pas eu à se faire violence pour répondre à l’appel lancé par le pape François en septembre 2015. Au plus fort de la crise des réfugiés, le Saint-Père avait invité chaque paroisse à accueillir des migrants.

Leur papa s’est volatilisé

Les deux prêtres s’étaient tournés vers le Service des migrations valaisan. Quelques jours plus tard déboulaient Elsa et sa tribu. «On aurait dit trois petites souris qui tenaient la main de leur maman et nous regardaient timidement», se souvient le Père Luisier. La «phase d’apprivoisement réciproque» s’est déroulée à merveille. Le fait que la famille d’Elsa soit chrétienne orthodoxe l’a facilitée.

Au début du repas que nous avons été invités à partager avec eux à la cure, le quatuor se signe. Elsa, la cheffe de clan, irradie de dignité, de force et de douceur. Son français est sommaire, alors c’est Bruk, son aîné scolarisé, comme ses frères, à Saint-Maurice, qui joue les interprètes. Le gamin fanfaronne: «On a appris le français en une semaine!»

Malgré sa joie, son regard est teinté d’une lueur grave. Le récit de l’arrivée en Suisse de sa famille laisse entrevoir pourquoi. Il y a cinq ans, le père de Bruk a été arrêté par l’armée érythréenne car il n’était pas rentré à temps à sa caserne. Elsa n’a plus jamais eu de nouvelles de lui. Après s’être expatriée au Soudan, la mère de famille a pu réunir les 3500 dollars nécessaires à financer son voyage grâce à une cousine vivant aux États-Unis.

Ils échappent à la noyade

Après une éprouvante traversée du désert libyen, la jeune femme et ses enfants ont embarqué sur une «coquille de noix» avec 200 autres personnes. Mais leur bateau est tombé en panne en pleine Méditerranée. Les passagers n’ont dû leur salut qu’à un navire norvégien qui croisait dans la zone… L’histoire est aussi classique que forte.

«Ce sont des gens incroyablement courageux avec une foi à déplacer les montagnes», résume le Père Roduit, 58 ans. Une fois en Italie, Elsa a réussi à ne jamais coucher ses empreintes digitales sur un papier officiel. C’est grâce à cela qu’elle a pu demander l’asile en Suisse et non pas en Italie comme l’y aurait obligée la procédure Dublin. «Jésus nous a accompagnés dans notre chemin. Je le remercie chaque jour», lâche l’Érythréenne.

Les deux prêtres sont un peu devenus ses papas d’adoption et les grands-pères de ses fils. Leur complicité fait plaisir à voir. Guy Luisier a appris à ses protégés à faire du vitrail. Quant au sportif Gilles Roduit, il les emmène en montagne. «On partage plusieurs repas par semaine ensemble. Cette proximité nous a prouvé une nouvelle fois que, quelles que soient la couleur, la religion et les richesses de chacun, l’humanité est une et qu’on a tous un destin commun», résume le Père Luisier.

Presque comme une famille

Le religieux confesse que cette expérience lui a permis de toucher du doigt les joies de la vie de famille. Dans leur grande majorité, ses paroissiens apprécient ce choix, notamment lorsque, à leur arrivée à la cure, résonnent des rires d’enfants. «Il y a bien eu quelques inquiétudes autour du fait qu’une famille sans père s’installe chez nous, mais c’est resté minoritaire», relève le Père Luisier.

Il y a peu, Elsa a été entendue par l’Office des migrations, à Berne. La trentenaire espère décrocher un permis B. «Notre désir est qu’elle et sa famille restent habiter leur trois-pièces de la cure même si leur statut change, explique le Père Roduit. S’ils devaient nous quitter du jour au lendemain, ce serait dur!» (Le Matin)

Créé: 15.01.2018, 11h16

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