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Biodiversité La fin inexcusable du roi du Doubs

La Suisse n’est pas efficace face à la disparition des espèces. L’apron, le poisson emblématique du Doubs, en est la démonstration.

L’apron ne vit que dans le Doubs, en Suisse. Sa population
s’amenuise d’année en année.

L’apron ne vit que dans le Doubs, en Suisse. Sa population s’amenuise d’année en année. Image: Aquarius/WWF

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Les jours de l’apron sont comptés. Au dernier monitoring effectué l’été dernier dans le bras suisse du Doubs – une quinzaine de kilomètres entre Saint-Ursanne et Soubey (JU) –, on en a recensé… deux! Et, même si certains sont passés entre les mailles du filet, il n’y a quasi plus d’espoir de sauver de l’extinction cette espèce venue de la préhistoire, appelée aussi roi du Doubs.

«On a trop tardé avant d’agir», déplore Nicolas Wüthrich, porte-parole de Pro Natura. Pourtant, le déclin de l’apron, élu «poisson de l’année 2013» par la Fédération suisse de pêche, ne date pas d’hier.

Sensible à la qualité de l’eau

En fait, l’espèce (qui ne vit que dans le Doubs, en Suisse) est en nette régression depuis les années 1960. «L’apron est très sensible à la qualité de l’eau. Or, si la rivière a l’air très belle quand on la regarde, elle est en réalité pleine de micropolluants», déplore Lucienne Merguin Rossé, biologiste à Pro Natura.

Mais voilà, si la sonnette d’alarme a été tirée depuis longtemps, les choses n’ont commencé à bouger qu’en 2011, suite au dépôt d’une plainte du WWF, de Pro Natura et de la Fédération suisse de pêche contre la Confédération, pour «non-respect de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage».

Aujourd’hui, différentes mesures ont été prises. Toutefois, Daniel Hefti, collaborateur scientifique à l’Office fédéral de l’environnement, reconnaît que la population d’aprons du Doubs continue, pour le moment, de s’amenuiser. «Nous faisons tout ce que nous pouvons, assure-t-il. Nous travaillons sur plusieurs plans, en parallèle: l’amélioration de la qualité des eaux, avec notamment la modernisation des stations d’épuration; l’amélioration du milieu et le rétablissement de la migration des poissons… Mais cela prend du temps. Par ailleurs, avant de savoir comment agir, il a fallu identifier les déficits.»

Bref, autant dire que le roi du Doubs a le temps de s’éteindre définitivement (même si, en réalité, ils sont encore sans doute une petite cinquantaine plutôt que deux), avant que son milieu ne lui redevienne propice. «C’est frustrant, mais on ne peut pas parier que nous allons le sauver, dit encore Daniel Hefti. En revanche, l’apron est la pointe de l’iceberg. Derrière lui, il y a d’autres espèces qui bénéficieront des mesures prises.»

D’autres extinctions à craindre

Reste que la chronique de cette disparition annoncée laisse un goût très amer. «Le roi du Doubs est emblématique de l’extinction d’une espèce qui se passe en Suisse, et qui était prévisible. Malgré ça, on n’a pas pu l’empêcher», déplore Nicolas Wüthrich. Et si on n’y prend garde, d’autres vont suivre la même voie. Dont le grand tétras, qui souffre du manque de forêts ouvertes en altitude et du dérangement. Ou encore la rosalie des Alpes, un grand coléoptère qui vit sur les hêtres morts, aujourd’hui très rares.

Créé: 13.03.2017, 12h11

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