Vendredi 19 juillet 2019 | Dernière mise à jour 11:40

Scandale Une fratrie genevoise au cœur d'un réseau de cannabis

Trois frères, dont deux actifs dans des établissements financiers genevois, sont accusés d’avoir recyclé des dizaines de millions d’euros pour le compte de dealers de cannabis de la banlieue parisienne. L’affaire éclabousse aussi des notables à Paris: une élue verte a été mise en examen.

Un des membres du réseau dirigeait une société de gestion de fortune dans le quartier de Rive, à Genève. Cet établissement, créé par son beau-père il y a 35 ans, est réputé pour son sérieux. L’affaire a mis en émoi la communauté séfarade à laquelle il appartient.

Un des membres du réseau dirigeait une société de gestion de fortune dans le quartier de Rive, à Genève. Cet établissement, créé par son beau-père il y a 35 ans, est réputé pour son sérieux. L’affaire a mis en émoi la communauté séfarade à laquelle il appartient. Image: Sébastien Anex

Le fonctionnement du «système de compensation»

Selon la justice genevoise, les trois frères aujourd’hui emprisonnés faisaient remonter l’argent de la drogue depuis Paris jusqu’à Genève grâce au système dit de «compensation», un mécanisme parfois utilisé par des gestionnaires de fortune en Suisse. Il permet de transférer à l’étranger, sans laisser de traces, de l’argent non déclaré déposé sur des comptes suisses.

La base de l’organisation du trio se situe à Paris. Un des trois frères y était en contact avec les dealers de banlieue. C’est lui qui aurait récolté et centralisé les millions de bénéfices du marché du cannabis.

L’argent sale était ensuite distribué, de main à main dans des enveloppes ou des sacs de toile, par coursier, aux clients parisiens de la société de gestion de fortune genevoise. Cette mécanique permettait aux clients de retirer leur magot non déclaré sans risquer un débit bancaire ou un voyage aller-retour chargé de liquide entre Paris et Genève.

Une fois l’argent versé aux clients français, le responsable de la société financière genevoise débite le compte de la somme correspondante. Avec l’aide du troisième frère à HSBC, le gestionnaire de fortune est soupçonné d’avoir retourné ces millions d’euros aux trafiquants, via des sociétés écrans aux Bahamas et à Panama.

La justice soupçonne le trio d’avoir perçu des commissions à chaque étape de ce trafic. Si ces soupçons s’avéraient fondés, les trois frères risqueraient très gros en Suisse, pour blanchiment aggravé et infraction grave à la loi sur les stupéfiants.

Les enquêteurs veulent maintenant comprendre où est parti cet argent recyclé. Car il a bien été réinvesti, sous couvert d’activités légales, sur des comptes de particuliers ou de sociétés. Et certains de ses destinataires pourraient être les vrais responsables d’un réseau européen de trafic de cannabis.

Florence Lamblin, élue verte et adjointe au maire du XIIIe arrondissement de Paris, a été mise en examen par la justice. (Image: Caroline Gautron/Maxppp)

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Des personnes exerçant des professions libérales, des chefs d’entreprise et même une élue écologiste, tous tombés dans les griffes de la justice française dans une affaire de blanchiment de l’argent de la drogue. L’affaire mise au jour mercredi lors d’une série de perquisitions à Paris et Genève a tourné au scandale politique hier avec l’arrestation de 17 personnes et la mise en examen de huit autres. Parmi lesquelles Florence Lamblin, adjointe au maire du XIIIe arrondissement de Paris, élue du parti Europe Ecologie libérale - Les Verts (EELV). L’évocation de son nom a fait courir les rumeurs les plus folles. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a poussé l’élue à la démission en jugeant l’affaire «très, très grave». La droite parisienne a aussitôt dénoncé la «permissivité» de la gauche face à la drogue.

La mention inattendue du nom de la suspecte dans une affaire de blanchiment de l’argent de la drogue pour un montant se chiffrant à des millions d’euros s’est éclaircie avec les explications de l’avocat de Florence Lamblin, Jérôme Boursican. Les sept personnes entendues vendredi par la justice française, puis relâchées, auraient été les victimes d’un mécanisme de «compensation» (lire ci-contre) mis en place par trois frères d’origine marocaine, dont deux sont actifs professionnellement à Genève. Le trio offrait aux détenteurs de comptes suisses non déclarés de «rapatrier» leurs avoirs en France, discrètement et en liquide. Mais l’argent livré à ces notables parisiens dans des enveloppes ne venait pas de Suisse: il était réceptionné auprès de trafiquants de cannabis actifs dans la banlieue parisienne.

A chacun son rôle

L’avocat de Florence Lamblin a confirmé hier que sa cliente possédait 350'000 euros sur un compte suisse non déclaré, issu d’un bas de laine familial datant des années 1920. Une «personne de confiance» l’aurait «mise en relation avec quelqu’un qui a rapatrié cet argent en France», a expliqué l’avocat au Parisien. Cette personne se serait révélée «être impliquée» dans l’affaire de blanchiment. Les trois frères, dont «Le Matin Dimanche» connaît l’identité, font partie des personnes arrêtées en France et en Suisse lors du coup de filet des enquêteurs, mercredi, réalisé simultanément dans les deux pays. L’un a été arrêté à Paris. Les deux autres à Genève. Ce coup de filet est le résultat d’une vaste enquête lancée par les policiers français, en collaboration avec leurs homologues genevois.

Tout a commencé en février dernier. La brigade antistups française serait tombée sur la trace du trio par hasard, après avoir démantelé une importante filière de vente de cannabis – les policiers parlent de huit tonnes de marchandise – aux pieds des barres d’immeubles de Nanterre. Les enquêteurs se sont rendu compte qu’une dizaine de millions d’euros issus de ce trafic remontaient jusqu’au bout du lac Léman pour être recyclés. L’enquête a par la suite permis d’établir que ce manège criminel ne touchait pas la seule banlieue de Nanterre, mais une grande partie du marché du deal de cannabis parisien.

L’organisation était rondement menée. Chaque membre avait un rôle à jouer. Il y avait d’abord un premier frère à Paris. C’est lui qui aurait centralisé la récolte des millions de bénéfices des dealers. C’est lui également qui aurait géré les contacts avec les détenteurs de comptes suisses.

Les deux autres frères étaient basés à Genève. L’un est gestionnaire de fortune indépendant. Il était responsable depuis 2010 d’une société de gestion de fortune dans le quartier de Rive, au centre de Genève. Cet établissement, créé par son beau-père il y a 35 ans, est réputé pour son sérieux sur la place financière. Il a été arrêté dans sa maison à Conches. Il est toujours en détention à Champ-Dollon. L’affaire a mis en émoi la communauté séfarade à laquelle il appartient.

Employé de HSBC suspendu

L’organisation comptait un troisième maillon au bout du lac, au sein de la banque britannique HSBC. Le troisième frère installé à Genève y travaillait. Il aurait utilisé sa position privilégiée dans l’établissement pour ouvrir des comptes et transférer les sommes d’argent blanchi. Un quatrième membre de la famille assume un poste à la direction générale de la banque. Il n’aurait toutefois pas été inquiété par la justice. Selon nos informations, un employé de HSBC a été suspendu. La grande banque dit avoir collaboré avec les autorités dans cette affaire «depuis plusieurs mois», sans donner plus de précision au sujet du cadre en question.

Au moins un des deux Genevois nie les faits qui lui sont reprochés. Son avocat a expliqué vendredi au «Matin Dimanche» que son client ne se doutait pas de l’origine illicite des fonds. Il aurait été abusé par une personne de confiance. A la lecture du dossier, son conseil estimait que l’affaire relevait de la simple fraude fiscale selon la loi française, et non du blanchiment, ni du trafic de stupéfiants. Il reviendra à la justice genevoise d’établir comment les sommes collectées auprès des dealers parisiens leur ont été rendues. Une source proche de la banque HSBC ne s’explique pas comment un tel manège a pu se dérouler en son sein sans éveiller les soupçons.

Créé: 14.10.2012, 09h27

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