Mardi 18 septembre 2018 | Dernière mise à jour 23:32

Lausanne (VD) Il a dû fuir face aux dealers

Un commerçant d’un quartier lausannois où règne le trafic de drogue raconte pourquoi il a dû quitter la ville.

Le kiosque du commerçant qui est parti se situe à l’angle rue du Maupas-ch. des Cèdres.

Le kiosque du commerçant qui est parti se situe à l’angle rue du Maupas-ch. des Cèdres. Image: Maxime Schmid

«Ça ne sert plus à rien d’appeler la police, car elle en a aussi ras le bol», déclarait Stelian* dans l'émission «Temps présent» en 2011. (Image: RTS)

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«J'ai préféré fuir ce quartier de Chaudron face aux pressions. J’ai vendu mon commerce et j’ai quitté le centre-ville de Lausanne pour une commune voisine, plus tranquille.» Stelian* ne regrette pas son choix. Patron du kiosque et bureau de tabac à l’angle de la rue du Maupas-chemin des Cèdres durant 16 années, il a vu l’arrivée des trafiquants de marijuana et de cocaïne dans ce quartier d’ordinaire paisible.

Et, tout comme le cinéaste Fernand Melgar ces temps-ci, il s’est révolté contre l’omniprésence de ces dealers et de leurs clients, jour et nuit, face aux commerces, aux habitations et aux écoles. «C’était devenu invivable, d’ailleurs habitants et commerçants avions fait signer une pétition à l’époque qui demandait aux autorités politiques lausannoises d’enfin réagir face à cette situation qui s’était enracinée au détriment de notre qualité de vie.» En vain, hormis une entrevue avec le responsable de la sécurité publique communale de l’époque, Grégoire Junod, et désormais syndic de la capitale vaudoise.

Témoignage à la télévision

Mais le tournant dans la vie de Stelian a lieu après sa participation à un reportage de la Télévision romande pour l’émission «Temps présent». Diffusée en novembre 2011, elle était intitulée «Les dealers ont pourri mon quartier». Déjà. Il y témoigne, parmi d’autres, à visage découvert, pour dénoncer l’omniprésence des dealers africains et le sentiment d’impunité qui règne. «Après la diffusion de ce reportage, l’ambiance a changé dans le quartier, se souvient Stelian. Des dealers ont commencé à me menacer en me pointant du doigt, ou en faisant le signe d’une lame passant sous le cou. Certains m’ont filmé, et un soir j’ai même été entouré par un groupe d’individus.»

Les pressions menaçantes et l’incurie des autorités finissent par faire craquer Stelian. En 2013, il prend la décision de céder son commerce et de partir de Lausanne: «J’y ai été obligé, souligne-t-il, car un drame serait sinon survenu.» C’est pourquoi Stelian dit comprendre la colère ainsi que «les craintes réelles» exprimées par Fernand Melgar ces derniers jours. Cela fait suite à ses prises de position dans des médias et sur des réseaux sociaux pour dénoncer la présence et l’attitude de certains trafiquants de drogue à proximité immédiate de deux établissements scolaires.

Pour mémoire, un drame a failli se produire trois ans après le départ de Stelian, dans la même rue où il gérait son kiosque. En août 2016, des commerçants exaspérés avaient eu des échanges verbaux peu amicaux avec des revendeurs de drogue africains. Le ton était monté, les menaces avaient fusé de part et d’autre, et un marchand s’était retrouvé encerclé par une quinzaine de dealers. L’un d’eux l’avait alors frappé avec un couteau au cou et au bras avant de prendre la fuite. Le blessé avait fini au CHUV mais sa vie n’était pas en danger.

Déjà des promesses en 2016

Après ce grave incident, le nouveau patron de la Sécurité publique de la ville, Pierre-Antoine Hildbrand, avait annoncé qu’il renforcerait la présence de policiers dans ce quartier considéré comme sensible. «Quand j’entends et je vois ce qu’il s’y passe encore, presque deux ans plus tard, je ne regrette pas de l’avoir quitté. Si j’y étais resté, cela aurait pu mal finir», constate Stelian.

La situation dans le quartier semble s’être apaisée depuis quelques jours. Soit après la manifestation de ras-le-bol d’habitants qui a réuni quelque 200 personnes le 30 mai dernier. Puis l’annonce par la Ville de Lausanne que des policiers en uniforme seraient postés de 8 h à 22 h en permanence sur place dès le 15 juin. Au niveau politique, les réactions et propositions se poursuivent cependant. Deux interpellations urgentes sont abordées cette semaine sur la problématique du trafic de drogue sur le domaine public au Parlement communal lausannois.

Et au Parlement fédéral, à Berne, la conseillère nationale socialiste vaudoise Rebecca Ruiz abordera la peine plancher d’un an, prévue par le Code pénal pour les petits trafiquants; peine inapplicable dans les faits. Son collègue vaudois UDC Michaël Buffat a déposé le 6 juin dernier une initiative parlementaire sur un thème similaire.

*Prénom d'emprunt (Le Matin)

Créé: 13.06.2018, 09h02

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